Intervenant jeudi lors du Space live organisé par Stanis Bujakera Tshiamala, Lambert Mende Omalanga a répondu avec vigueur à un contradicteur qui lui prêtait des propos qu'il conteste avoir tenus sur son propre passé rebelle. « Permettez-moi de constater que vous êtes un peu entremêlés les pinceaux », a-t-il lancé, avant de préciser : « Me dire que j'ai dit que je n'ai jamais été rebelle... Vous me faites dire des choses que je n'ai pas dites. Nous sommes en train de parler ici. J'enregistre moi-même l'émission, je ne me souviens pas avoir dit que je n'ai jamais été rebelle. Non. » Il a tenu à clarifier sa position exacte : « J'ai dit : je n'ai pas été au front avec une arme pour combattre. On peut être dans un mouvement rebelle et ne pas être au front. »
L'ancien porte-parole du gouvernement a ensuite développé un argumentaire juridique, insistant sur le caractère strictement individuel de la responsabilité pénale : « Je voudrais vous rappeler quand même, parce que vous êtes un intellectuel, que la responsabilité pénale est individuelle. Ce n'est pas le fait d'avoir été membre d'un groupe qui s'appelle AFC/M23, ou par le passé AFDL, ou encore par le passé plus récent RCD Goma ou CNDP qui fait de vous un criminel. Encore faut-il avoir pris une arme, avoir tué, et avoir été reconnu comme tel par un juge. Ce n'est pas vous qui proclamez qui est criminel et qui ne l'est pas. » Il a ajouté : « Il n'y a pas de responsabilité collective. Ça n'existe pas. C'est une violation même des droits humains. C'est une atteinte même au droit de la défense, puisque même un criminel on lui demande de se justifier. » Il a jugé son interlocuteur hâtif dans ses conclusions : « Donc là vous allez un peu trop vite en besogne à dire : quiconque a été dans un groupe, etc. Ce n'est pas notre vision. »
Il a par ailleurs rappelé la position présidentielle sur les mouvements armés actuels, qu'il dit avoir déjà exposée : « Même dans l'explication que j'ai donnée, j'ai dit que le président estime que même les gens de l'AFC/M23, "Sauvons le Congo", pour autant qu'ils décident de rompre les amarres et condamner l'agression, seront les bienvenus dans ce dialogue. »
Reprenant la formule qu'il avait déjà utilisée plus tôt dans l'échange, il a reproché à son interlocuteur d'avoir occulté une partie de sa déclaration initiale : « Et moi je vous avais dit aussi à l'ami qui m'a interrogé pour la première question : la fin d'une chose est préférable à son commencement. Vous êtes passé sur ça, vous n'avez plus voulu répéter cela. » Il a alors explicité, plus clairement que lors de son premier échange sur le sujet, la nature de cette « fin » qu'il oppose à son « commencement » : « J'ai dit : au commencement j'ai pris, je suis allé dans une rébellion. Mais à la fin, moins d'un an après, j'en suis sorti. Vous avez aussi envoyé ça par pertes et profits, je ne sais pas pourquoi. » Il a même formulé, pour la première fois de façon aussi explicite, un aveu direct : « J'ai commencé, c'était une erreur, mais à la fin j'ai pris conscience. Et c'est pourquoi M'zee Kabila m'a invité ici. Et vous êtes passé sur ça comme si cela n'avait pas eu lieu. »
Il a reproché à son contradicteur un traitement selon lui partial de ses propos : « Il faut quand même avoir l'objectivité de répondre sur l'ensemble d'une déclaration, et pas s'acharner sur des parties qui permettent de critiquer, et laisser dans l'ombre les parties qui paraissent un peu plus, euh, moins critiquables. Donc il faut être plus objectif à mon point de vue. »
Généralisant son propos, Lambert Mende a inscrit sa propre trajectoire dans une réflexion plus large sur l'erreur et le repentir, qu'il adresse à ceux qui collaborent aujourd'hui avec le Rwanda : « Personne n'est saint. Vous savez, nous tous, chacun a des défauts, chacun pose un acte répréhensible dans sa vie. L'essentiel c'est de ne pas persévérer dans l'erreur. Et c'est le message que nous envoyons à nos amis qui sont aujourd'hui englués dans cette complicité avec le Rwanda. » Il a toutefois tenu à se démarquer de toute posture moralisatrice : « Mais je n'ai pas dit que parce que je dis cela, moi je deviens un saint et vous devenez mon procureur pour me juger. Qu'est-ce que ça veut dire ça ? »