Intervenant mercredi lors du Space live organisé par Stanis Bujakera Tshiamala, le professeur Tharcisse Loseke Nembalemba a livré une analyse pour le moins singulière de la crise sécuritaire à l'Est de la RDC, rejetant catégoriquement le terme même d'« agression » et allant jusqu'à comparer favorablement la gouvernance de l'ère Kabila à celle d'aujourd'hui.
Interrogé sur la difficulté, pour les acteurs de l'opposition, à se désolidariser de l'agression comme le demande le président Tshisekedi pour participer au dialogue national, le professeur s'en est directement pris au narratif gouvernemental porté selon lui par le ministre de la Communication Patrick Muyaya : « Vous parlez de l'agression [...]. C'est le narratif de Muyaya où on manipule le peuple comme si c'était un peuple idiot. » Pour lui, la réalité serait avant tout celle d'une crise interne : « La réalité, c'est qu'il y a des Congolais qui ne partagent pas les points de vue de la gouvernance du pouvoir de Kinshasa et qui veulent que ça change. »
Sur les rapports des experts des Nations unies documentant la présence de l'armée rwandaise en RDC, ayant justifié plusieurs vagues de sanctions internationales contre Kigali et contre Joseph Kabila lui-même, Tharcisse Loseke s'est montré ouvertement sceptique : « J'ai l'impression que vous adulez ces fameux experts des Nations Unies qui apparemment sont en train de manipuler aussi la population [...]. Ils ont le monopole de la vérité, ce qui est faux. Il y a beaucoup de contre-vérités dans tout ce qu'ils racontent. » Il est allé plus loin en qualifiant le simple usage du mot « agression » d'aveu de faiblesse : « Lorsqu'on parle de l'agression, c'est qu'on avoue qu'on est faible [...]. Il ne faut même pas citer ces mots-là, c'est choquant, c'est humiliant. »
Interrogé sur la porosité des frontières congolaises, il a évoqué les intérêts économiques de certains opérateurs du Nord-Kivu tournés vers Kigali plutôt que vers Kinshasa, citant une mission gouvernementale de 2017 : « Ils ont découvert que la plupart des hommes d'affaires Nande ont leurs affaires à Kigali plutôt qu'au Congo, à Goma [...]. Nous avons beaucoup d'argent, des milliards qui volent en fumée. »
Sur le dialogue national lui-même, le professeur Loseke s'est montré tout aussi critique, jugeant que le format proposé par Félix Tshisekedi viserait avant tout à se maintenir au pouvoir : « Il ne veut traiter qu'avec les gens qui sont autour, dans sa cour, ou les gens qui peuvent rejoindre sa cour. Moi, c'est pas ça le dialogue ». Il plaide à l'inverse pour un « dialogue congolais inclusif » traitant des causes profondes de la crise, qu'il juge « ethniques, politiques, culturelles ».
C'est toutefois sa mise en cause directe de la gouvernance actuelle qui a le plus marqué, assortie d'une comparaison assumée avec l'ère Kabila : « Un pays où la corruption est devenue le mode de vie [...]. Tout se dégrade : l'éducation, les infrastructures. » Et d'ajouter, non sans nostalgie : « Puisque ce n'est pas Kabila qui empêche qu'on paie les enseignants à temps. À l'époque de Kabila, nous avions notre salaire le 20 de tous les mois, même si c'était relativement maigre. Et à l'époque, les routes, il n'y avait pas autant d'embouteillages qu'aujourd'hui. » Il conclut en dénonçant ce qu'il considère comme une manipulation de l'opinion publique par le pouvoir actuel, « un narratif qui peut faire plaisir à certaines personnes, malheureusement, qui ne réfléchissent pas ».