Grève des médecins : aux Cliniques universitaires de Kinshasa, les blocs opératoires et plusieurs autres services désertés

Cliniques universitaires de Kinshasa
Cliniques universitaires de Kinshasa

À l’entrée des Cliniques universitaires de Kinshasa, situées à l’université éponyme (UNIKIN) dans la commune de Lemba, il n’y a pas d’engouement comme à l’accoutumée. Ici, comme dans tous les hôpitaux de l’État congolais, les médecins, membres de plusieurs syndicats, observent une grève sèche depuis juin dernier, réclamant notamment une dizaine de mois de salaire et primes impayés, la mécanisation de leurs collègues ainsi que l’amélioration des conditions de travail.

Sur la cour de cet établissement de santé de la RDC, des membres des familles et patients sont visiblement voués à eux-mêmes. Assis sur des bancs aux entrées des services organisés, ils attendent désespérément ces médecins qui, pour la plupart, ne viennent pas depuis le lancement de l’opération « hôpitaux sans médecins » par le syndicat national des médecins (Synamed). Les rares blouses blanches présentes, trainaillent çà et là, sans toucher à quoi que ce soit.

« Je suis dans les services de chirurgie, on ne fait rien jusque-là, car les médecins n’arrivent pas. Ceux qui sont là ne font rien, et c’est vraiment compliqué », s’indigne une infirmière stagiaire.

Dans les couloirs visités par ACTUALITÉ.CD cet avant-midi, il se constate une timidité inhabituelle. Pas des chassés–croisés. À l’entrée même du couloir du service des urgences, une note indique clairement : « Les médecins sont en grève ». Dans le parage, seuls les médecins et infirmiers stagiaires qui font des navettes.

Dans les services de chirurgie, radiologie et stomatologie, c’est un silence radio. Les salles d’opération de chirurgie, où devraient se trouver des malades, sont par contre en pleine réfection, des martèlements se faisant entendre jusqu’au rez-de-chaussée. Il est midi, mais le bureau du Synamed des cliniques universitaires (CUK) est toujours cadenassé.

 

« Depuis plusieurs jours, ils sont absents. Ils ne se pointent pas », nous dit une administrative.

Toutes nos tentatives d’interviewer la direction générale n’ont pas abouti. L’assistant du médecin directeur nous a donné une réponse sèche et sans équivoque : « ce n’est pas la direction qui a décrété la grève, c’est le syndicat. Allez le voir, pas ici », a-t-il dit.

Le Synamed, qui avait durci la grève lors d’une déclaration à l’issue de son assemblée générale du 6 juillet dernier, fustige le non-respect des engagements pris par le gouvernement et l’indifférence de la Première ministre malgré les instructions du président de la République.

« Il est fort regrettable de constater qu’en dépit de l’instruction du président de la République, adressée à la Première ministre, de recevoir le Synamed Asbl et d’ouvrir le dialogue social en faveur des médecins des services publics de l’État membres du Synamed Asbl, la cheffe du gouvernement est restée indifférente. Cela traduit un mépris à l’égard des médecins des services publics de l’État et de la population bénéficiaire de leurs prestations », regrettait Jhon Senga Lwamba, secrétaire exécutif national du Synamed.

Néanmoins, ce mouvement de grève sèche ne concerne pas les provinces l’Ituri, le Nord-Kivu et le Sud-Kivu, frappés de plein fouet par la résurgence de l’épidémie d’Ebola Bundibugyo.

Le syndicat avait enfin précisé que, durant cette période de débrayage, seuls les services d’urgence et les banques de sang resteront opérationnels. La prise en charge des cas urgents sera assurée selon un système de polarisation dans certains hôpitaux, sous la supervision des médecins directeurs, des chefs de département et des chefs de staff.

Samyr LUKOMBO