66 ans après l’indépendance : entre souveraineté, responsabilité et quête d’une destinée commune, quel héritage du 30 juin 1960 ?

Trafic sur le boulevard du 30 juin à Kinshasa
Trafic sur le boulevard du 30 juin à Kinshasa

Soixante-six ans après la proclamation de l’indépendance de la République démocratique du Congo, le débat sur l’héritage du 30 juin 1960 demeure plus vivant que jamais. Si la souveraineté politique constitue l’acquis le plus visible de cette date fondatrice, plusieurs intellectuels et acteurs de la société civile estiment que le véritable héritage réside désormais dans la capacité des Congolais à transformer cette indépendance en développement, en cohésion nationale et en maîtrise de leur destin.

À travers une série de contributions recueillies à l’occasion de cette commémoration, trois regards différents convergent sur une même interrogation : qu’a réellement légué le 30 juin 1960 aux générations actuelles ?

Une souveraineté encore à concrétiser

Pour Solèy Ilunga, chercheur en relations internationales, l’indépendance représente avant tout une promesse qui reste largement à accomplir. « L’héritage le plus important du 30 juin 1960 n’est pas un acquis, mais une promesse souveraine ; une clé que nous avons reçue, mais dont nous n’avons pas encore pleinement appris à tourner la serrure », dit-il. 

Il décrit cette souveraineté comme un « héritage en état de jachère stratégique », considérant que le véritable tournant actuel réside dans le passage « d’une mémoire passive à une conscience agissante ».

À ses yeux, l’indépendance ne saurait se limiter à une célébration annuelle. Elle se construit quotidiennement « dans les faits économiques et intellectuels ».

L’une des réflexions développées par Solèy Ilunga porte sur la relation entre patrimoine culturel et ressources minières.

Il estime que les deux dimensions, souvent présentées comme distinctes, devraient au contraire être envisagées comme complémentaires.

« Notre sous-sol est une force brute. Sans une culture de la valeur ajoutée, sans ce logiciel identitaire qui nous apprend à transformer, à négocier et à innover, ce sous-sol reste une malédiction », affirme-t-il.

Pour lui, les langues nationales, les savoirs traditionnels et les systèmes communautaires devraient constituer le « code source » capable d’orienter une exploitation des ressources naturelles davantage tournée vers le développement humain.

Cette lecture rejoint un débat de fond régulièrement alimenté en RDC sur la nécessité de transformer localement les matières premières afin d’accroître leur valeur ajoutée et de renforcer les retombées économiques nationales.

L’indépendance comme responsabilité collective

De son côté, Nelly Mutay, présidente de l’Académie d’Art Oratoire et Leadership (EUP), insiste davantage sur la dimension civique de l’héritage. Elle considère que « le plus grand héritage du 30 juin 1960 n’est pas seulement la souveraineté politique, mais la responsabilité qu’elle nous a léguée ».

Selon elle, l’indépendance a donné aux Congolais « le droit de décider de leur destin », mais cette liberté implique une exigence permanente. « Le développement d’une nation ne dépend pas uniquement de ses richesses naturelles, mais avant tout de la qualité de ses femmes et de ses hommes », souligne-t-elle.

Elle appelle ainsi à bâtir une République fondée sur « l’intégrité, l’excellence, la justice, l’unité et le sens du bien commun ».

Pour Nelly Mutay, « être indépendant, c’est aussi être responsable de ses choix, de ses institutions et de l’avenir que l’on prépare aux générations suivantes ».

Une lecture critique de l’après-indépendance

Massimbo Mufaji Kilobo, militant au sein l’Urgences panafricanistes de Kemi Seba  a, quant à lui, une analyse particulièrement critique du parcours national depuis 1960. Selon lui, l’héritage de l’indépendance « n’est pas malheureusement ce qu’il devait être ».

Il rappelle les événements du 4 janvier 1959 comme un moment fondateur de mobilisation collective contre le régime colonial belge, durant lequel différentes communautés congolaises auraient dépassé leurs appartenances ethniques pour poursuivre un objectif commun.

À ses yeux, cette unité s’est progressivement effritée après l’indépendance. Il évoque notamment « la division », « le tribalisme », « l’absence de conscience collective » ainsi qu’une difficulté persistante à définir une mission nationale partagée. « Les générations qui se sont suivies après l’indépendance peinent encore à identifier la mission qui est la leur », affirme-t-il.

Massimbo développe également une réflexion autour du potentiel géostratégique de la RDC.

Il rappelle l’immensité du territoire national, l’importance des ressources minières, le rôle du bassin forestier du Congo dans la régulation climatique mondiale ainsi que la biodiversité exceptionnelle du pays.

À partir de ces éléments, il défend l’idée que la RDC disposerait des atouts nécessaires pour exercer un rôle majeur sur la scène internationale.

S’appuyant sur une citation de Frantz Fanon — « Chaque génération doit, dans une relative opacité, découvrir sa mission, la remplir ou la trahir » —, il estime que les générations post-indépendance n’ont pas encore pleinement assumé cette responsabilité.

Le 30 juin 1960 a lieu la cérémonie officielle de l'indépendance du Congo à Léopoldville, en présence du roi Baudouin, du président Kasavubu et du Premier ministre Lumumba, ainsi que de nombreuses délégations étrangères et d'une foule assemblée au palais de la Nation.

66 ans après, le pays a connu 5 différents présidents à sa tête en trois républiques. 

James Mutuba