Lors du Live Space X de Stanis Bujakera Tshiamala et Patient Ligodi, Jean-Claude Tshilumbayi a été confronté aux déclarations du président de la CENI Denis Kadima sur le retard de la feuille de route électorale et le manque de financement.
ACTUALITE.CD : J'ai eu récemment un entretien avec Denis Kadima, le président de la CENI. Il m'a expliqué qu'une année est déjà perdue sur la feuille de route électorale, que les décaissements ne suivent pas et que la CENI n'a même pas les moyens d'organiser les élections de 2028. Dans ce contexte, comment pouvez-vous sérieusement envisager d'organiser un référendum constitutionnel ?
Jean-Claude Tshilumbayi :"Le message de Denis Kadima est fondé, il attendait de l'argent qu'il n'a pas eu. Mais cela ne justifie pas qu'un peuple renonce à interroger l'efficacité de son texte fondateur. Il faut faire la différence entre deux logiques : une élection sert à placer des animateurs au pouvoir, à se distribuer les compétences de gestion. Un référendum, lui, a une vocation bien plus importante, redresser ce qui est cassé, renforcer l'État, lui donner les moyens de se protéger et de faire face aux agresseurs. Ce ne sont pas les mêmes urgences.
Mais concrètement, d'où viendra l'argent pour le référendum si la CENI n'en a pas pour les élections ?
Vous confondez les priorités. La raison pour laquelle il n'y a pas d'argent, c'est que cette guerre injuste, imposée par ceux à qui le peuple n'a pas donné mandat, a coûté 13 milliards de dollars depuis qu'elle a commencé. Quand l'État est menacé de ruine, les mécanismes prioritaires sont ceux qui protègent l'État lui-même. C'est ça la réalité. Et je rappelle que depuis 2018 et 2021, des perdants aux élections ont préféré prendre les armes. Celui qui s'est proclamé président élu en 2021 est devenu chef de la rébellion. Il dit vouloir arriver à Kinshasa, prendre le pouvoir et changer la Constitution par les armes. Voilà le vrai problème de financement.
Mais vous reconnaissez quand même que le pays est en guerre et que parler de référendum dans ce contexte peut paraître déplacé ?
C'est exactement l'inverse. Si la Constitution était efficace, personne ne prendrait les armes pour renverser les institutions. Et la CENCO ne demanderait pas de mettre la Constitution de côté pour aller régler les problèmes de l'État par le dialogue. Nous sommes tous confondus dans l'évidence que la Constitution ne s'adapte plus aux réalités d'aujourd'hui. Quand la Constitution elle-même devient le problème, le pays court le risque de devenir un bateau ivre. Les uns prennent les armes. Les autres demandent de suspendre la Constitution pour adopter un « pacte social du vivre ensemble » par le dialogue. C'est en réalité une nouvelle Constitution que la CENCO propose, elle le sait, et moi aussi, puisque j'ai étudié dans les mêmes écoles que ces évêques.
Est-ce que vous dites que changer la Constitution aujourd'hui pourrait mettre fin à la guerre ?
Je dis que si on change la Constitution aujourd'hui pour la rendre efficace, avec des mécanismes dissuasifs contre la prise du pouvoir par les armes, avec des provinces dotées de vrais moyens, demain la guerre peut prendre fin.
Est-ce que c'est la Constitution qui empêche de mettre fin aux ADF, à la CODECO, au Mobondo ?
Les ADF tuent plus que tous les autres groupes armés, c'est un fait. Mais si nous avions des provinces efficaces, non affaiblies par une Constitution qui ne leur a pas donné les moyens nécessaires, le gouverneur, en tant que représentant de l'État, n'aurait pas laissé ces groupes s'enraciner. Il aurait été l'œil efficace de l'État en province.