Un nouveau procès s’ouvre ce jeudi 4 juin devant la Haute Cour militaire où les généraux d’armée (quatre étoiles), le plus haut grade au sein des Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC), seront jugés. Il s’agit des généraux d’armée Christian Tshiwewe, ancien chef d’état-major général des FARDC, et John Numbi, ancien inspecteur général des FARDC, l’une des figures les plus controversées de l’appareil sécuritaire congolais.
Aux côtés de ces hauts gradés figurent d’autres prévenus, à savoir le général-major Maurice Nyembo Kufi ainsi que trois généraux de brigade : Chinyabuuma Kamukinde, John Ngoy wa Kabila et John Sangwa Muhemedi. Trois colonels complètent le groupe des militaires poursuivis : Guy Mukombozi Zahinda, Pathy Sangwa Lumbu et Christophe Tshibangu Kenge. À ceux-ci s’ajoute un civil, Pascal Nyembo Muyumba, ancien Directeur général du Centre d’Expertise, d’Evaluation et de Certification des substances minérales précieuses et semi-précieuses (CEEC).
Selon l’extrait de rôle rendu public par la Haute Cour militaire, les dix prévenus répondent à des chefs d’accusation particulièrement graves : complot, trahison, apologie du terrorisme, propagation de faux bruits, violation des consignes, désertion à l’étranger, détention illégale d’armes et de munitions de guerre, ainsi qu’incitation de militaires à commettre des actes contraires au devoir et à la discipline.
Cette affaire fait suite à une importante réforme récemment opérée par le gouvernement, à savoir l’ordonnance-loi n° 26/003 du 31 janvier 2026 modifiant les articles 35 et 67 du Code judiciaire militaire. Ce texte permet désormais, en cas d’insuffisance de magistrats du grade requis, la désignation de magistrats de grade inférieur pour connaître des affaires impliquant des prévenus de grade supérieur.
Cette réforme a profondément modifié la donne et constitue un élément majeur ayant permis de lever certains obstacles procéduraux longtemps invoqués dans des dossiers sensibles relevant de la justice militaire.
« En temps de guerre, la justice militaire est un outil crucial pour maintenir la discipline au sein de nos forces armées et lutter contre l’impunité. La réforme permet, lorsque la composition du siège l’exige, que des magistrats de grade inférieur mais de même catégorie puissent juger un prévenu. Cette mesure pragmatique contribuera à désengorger nos prisons militaires, aujourd’hui confrontées à une surpopulation préoccupante. Cette réforme ne constitue ni une entorse juridique ni une violation constitutionnelle. Elle garantit au contraire que la RDC reste conforme à ses engagements internationaux tout en adaptant ses institutions aux réalités du terrain », avait soutenu le Ministre d'État de la Justice et Garde des Sceaux, Guillaume Ngefa lors de l'examen de ce texte au Sénat.
Ce nouveau procès vient allonger la liste des affaires judiciaires impliquant des hauts gradés et officiers généraux des FARDC, dans un contexte marqué par la guerre d’agression menée par le Rwanda à travers la rébellion de l’AFC/M23, soutenue par Kigali dans l’est de la RDC. Parmi les griefs généralement retenus dans ce type de dossiers figurent notamment le complot, la trahison, l’exécution d’ordres illégaux ainsi que l’accomplissement d’actes ou d’instructions contraires à la loi dans l’exercice de leurs fonctions.
Si le général d’armée John Numbi avait quitté le pays après sa révocation de ses fonctions d’inspecteur général des FARDC, une situation assimilée par la justice militaire à un acte de désertion, le général d’armée Christian Tshiwewe comparaît, quant à lui, après plusieurs mois de détention. D’abord placé en garde à vue au sein du Conseil national de cyberdéfense, il a ensuite été transféré à la prison militaire de Ndolo. Il en est de même pour plusieurs autres officiers mentionnés dans cet extrait de rôle, qui comparaîtront également en qualité de prévenus devant la Haute Cour militaire.
Clément MUAMBA