Invité vendredi du Space live organisé par Stanis Bujakera Tshiamala, le professeur de science politique Bob Kabamba Kazadi (Université de Liège) a livré une analyse détaillée de la place qu'occupe aujourd'hui Joseph Kabila dans l'échiquier politique congolais, concluant que l'ancien président continue de peser malgré les procédures judiciaires engagées à son encontre.
Pour situer Joseph Kabila dans « l'équation » politique congolaise, le professeur décrit un espace structuré autour de trois pôles : le pouvoir en place, traversé par des tensions internes au sein de l'Union sacrée ; l'opposition armée, incarnée par l'AFC/M23, et l'opposition non armée, elle-même divisée entre plusieurs forces, dont le C64.
C'est dans ce troisième pôle que l'analyste situe l'ancien président, qui a créé le mouvement « Sauvons la RDC » pour continuer à peser dans le débat politique. Selon lui, le poids réel de Joseph Kabila dépendra largement de la capacité de cette opposition non armée à se structurer et à parler d'une seule voix, ce qui pourrait alors lui permettre de porter son message autour du retour à la paix en RDC.
Interrogé sur la question de savoir si Joseph Kabila représente encore quelque chose aujourd'hui, alors qu'aucune manifestation de soutien ne s'est organisée après sa condamnation à mort, pas même dans son fief du Katanga, le professeur Kabamba Kazadi rappelle que le poids politique en RDC repose, selon lui, sur deux critères indissociables : une capacité d'attractivité sociopolitique, c'est-à-dire la possibilité de mobiliser des soutiens en échange de postes ou d'opportunités, et une capacité financière. Deux caractéristiques que l'analyste dit retrouver sans ambiguïté chez l'ancien président.
Il en veut pour preuve l'acharnement judiciaire et patrimonial dont Joseph Kabila fait l'objet, procès, saisie de biens, arrestations de partisans, qui n'aurait, selon lui, aucune raison d'être si l'ancien chef de l'État ne représentait plus rien politiquement. Il cite également les sanctions américaines prises à son encontre comme un indicateur supplémentaire de son poids réel, rappelant que « on ne sanctionne que ceux qui comptent », à l'image des sanctions déjà prises contre des militaires rwandais ou des membres de la rébellion.