Le gouvernement kényan, à travers son ministère de la Santé, a annoncé un renforcement des mesures de préparation et de réponse face à l’épidémie de maladie à virus Ebola (MVE) de Bundibugyo, qui touche actuellement certaines zones de la République démocratique du Congo et de l’Ouganda. Cette épidémie a été déclarée par l’Organisation mondiale de la Santé comme une urgence de santé publique de portée internationale, tandis que les Centres africains de contrôle et de prévention des maladies l’ont qualifiée d’urgence de sécurité sanitaire continentale.
Compte tenu de la forte mobilité régionale liée au commerce et aux déplacements transfrontaliers dans le cadre de l'EAC, selon un communiqué du ministère kényan de la Santé rendu public vendredi 22 mai 2026, les autorités sanitaires estiment que le Kenya demeure exposé à un risque élevé d’importation du virus. Toutefois, le ministère précise qu’"aucun cas confirmé de maladie à virus Ebola n’a été signalé au Kenya au 21 mai 2026".
Dans le document précité, les autorités kényanes indiquent que plusieurs personnes récemment arrivées de la RDC et s’étant présentées dans des établissements de santé pour d’autres pathologies ont été isolées, testées et déclarées négatives, tout comme leurs contacts.
"Je tiens à rassurer tous les Kenyans : au 21 mai 2026, aucun cas confirmé de maladie à virus Ebola n'a été signalé au Kenya. Grâce à un système de surveillance renforcé, trois personnes ayant récemment voyagé en RDC et se présentant dans des établissements de santé pour des maladies sans lien avec le virus Ebola ont été isolées, examinées et testées. Tous les résultats se sont révélés négatifs. Quatre autres personnes les ayant accompagnées à l'hôpital ont également été testées et leurs résultats étaient négatifs. La sécurité sanitaire des Kenyans est une priorité pour le gouvernement kényan", renseigne le ministère de la Santé du Kenya.
Mesures prises par le gouvernement
Se fondant sur la législation kényane, le ministère de la Santé, par l’intermédiaire de l’Institut national de santé publique du Kenya (KNPHI), indique avoir activé un dispositif multisectoriel robuste de préparation et de réponse, comprenant :
• L’activation du Système de gestion des incidents (SGI) afin de coordonner les activités nationales de préparation et de réponse en collaboration avec les comtés et les partenaires ;
• L’activation des Centres d’opérations d’urgence de santé publique aux niveaux national et des comtés ;
• La mise en alerte d’équipes d’intervention rapide prêtes à être déployées immédiatement ; et
• La coordination continue avec les comtés, l’OMS, le CDC Afrique et les partenaires régionaux.
D’après le communiqué du ministère kényan de la Santé, le gouvernement a par ailleurs renforcé le dépistage et la surveillance à tous les points d’entrée, y compris les aéroports et les postes frontaliers terrestres. Au 21 mai 2026, au total, 42 447 voyageurs ont été dépistés, dont 2 965 au cours des dernières 24 heures. À ce stade, aucune quarantaine généralisée n’est imposée aux chauffeurs routiers ni aux voyageurs. Selon le document, le Kenya met en œuvre des mesures renforcées de dépistage fondées sur les risques, d’évaluation des voyageurs, de surveillance et d’intervention rapide, conformément au Règlement sanitaire international et aux recommandations de l’Organisation mondiale de la Santé.
Préparation des laboratoires et des services cliniques
Le Kenya a désigné quatre laboratoires nationaux pour le dépistage d’Ebola : le Laboratoire national de santé publique, le KEMRI Nairobi, le KEMRI Kisumu, ainsi qu’une plateforme de laboratoire mobile permettant un déploiement rapide en cas de besoin.
Le ministère indique également avoir identifié 22 comtés à haut risque, mobilisé 118 personnes pour une intervention rapide et sensibilisé plus de 880 agents de santé nationaux et départementaux à la préparation et à la riposte contre Ebola.
Selon le communiqué du ministère de la Santé, des sessions continues de sensibilisation des agents de santé sont en cours, tandis que des centres d’isolement et de traitement ont été identifiés et équipés d’équipements de protection individuelle et de fournitures essentielles. Les procédures opérationnelles standard pour les mécanismes de riposte aux frontières, dans les hôpitaux et au sein des communautés ont également été finalisées et diffusées.
Sensibilisation communautaire et information du public
Selon le communiqué, le ministère poursuit ses campagnes de sensibilisation et de communication des risques auprès du public, ciblant les communautés frontalières, les agents de santé, les transporteurs et les autres populations vulnérables. Il est conseillé au public de rester calme mais vigilant et de consulter immédiatement un médecin en cas d’apparition des symptômes suivants : fièvre, grande faiblesse ou fatigue, maux de tête et douleurs musculaires, vomissements ou diarrhée, douleurs abdominales, ou saignements ou ecchymoses inexpliqués dans les cas graves, en particulier après un voyage récent dans les zones touchées de l’est et du nord-est de la RDC ainsi que dans les zones frontalières de l’ouest de l’Ouganda.
Il est également conseillé au public de maintenir une hygiène personnelle rigoureuse, d’éviter tout contact avec les fluides corporels des personnes malades, d’éviter de manipuler des animaux malades ou morts, et de se fier uniquement aux informations officielles diffusées par le ministère de la Santé, l’Institut national de santé publique du Kenya (KNPHI), l’Organisation mondiale de la Santé et les Centres africains de contrôle et de prévention des maladies.
Les informations sur la préparation à Ebola et les principaux messages de santé publique sont accessibles via le *719#, l’Institut national de santé publique du Kenya et les plateformes de communication du ministère de la Santé. Le public est prié de s’abstenir de diffuser des informations non vérifiées susceptibles de provoquer une panique inutile. Le ministère continuera de suivre de près la situation et d’informer le public au fur et à mesure de son évolution.
Le Kenya demeure sûr et ouvert
Selon le communiqué du ministère de la Santé, le gouvernement kényan a tenu à assurer les touristes, les investisseurs, les délégations internationales et les voyageurs d’affaires que le Kenya demeure sûr et ouvert. Les visiteurs sont encouragés à continuer de voyager tout en coopérant aux mesures de contrôle sanitaire mises en place aux points d’entrée. Il est toutefois conseillé aux Kényans d’éviter tout voyage non essentiel dans les zones touchées jusqu’à ce que l’épidémie soit totalement maîtrisée.
Le ministère de la Santé indique rester en état d’alerte maximale et continuer de travailler en étroite collaboration avec l’Organisation mondiale de la Santé, le CDC Afrique, les gouvernements régionaux et les partenaires au développement afin de prévenir l’entrée et la propagation de la maladie à virus Ebola dans le pays. Il appelle par ailleurs tous les citoyens, les responsables communautaires, les responsables politiques, les institutions religieuses, les médias et l’ensemble des parties prenantes à poursuivre leurs efforts conjoints afin de renforcer la préparation nationale et de préserver la santé et la sécurité de tous les Kényans.
En date du 15 mai 2026, une épidémie d’Ebola a été confirmée dans la province de l’Ituri, dans le nord-est de la République démocratique du Congo. Il s’agit d’une souche rare du virus pour laquelle il n’existe ni vaccin homologué ni traitement spécifique.
Les conflits, les importants mouvements de population ainsi que la faiblesse du contrôle gouvernemental rendent difficiles le traçage des contacts et les efforts de riposte, tout en augmentant le risque de propagation à d’autres régions du pays et aux pays voisins. La grave situation humanitaire dans la région, où plus de 26 millions de personnes sont confrontées à une insécurité alimentaire aiguë, accroît davantage leur vulnérabilité. La malnutrition, les déplacements de population et la fragilité des services de santé contribuent à un risque élevé d’infection et de mortalité.
Malgré les difficultés majeures d’accès aux communautés touchées, les autorités sanitaires congolaises se montrent optimistes et affirment disposer d’une connaissance approfondie ainsi que d’une expérience avérée dans la lutte contre les épidémies d’Ebola. L’agence de santé publique de l’Union africaine, les Centres africains de contrôle et de prévention des maladies (CDC Afrique) et l’OMS multiplient les échanges dans le cadre d’une riposte régionale coordonnée visant à briser les chaînes de transmission.
Clément MUAMBA