Intervenant lundi lors du Space live organisé par Stanis Bujakera Tshiamala, Maître Jean Mbuyu, président du collectif des avocats de Ramazani Shadary et Aubin Minaku, a livré un témoignage détaillé sur les conditions de détention de ses clients, dénonçant les modalités de remise de nourriture imposées par le Conseil national de cyberdéfense (CNC).
Selon l'avocat, le dispositif a évolué en plusieurs étapes depuis le début de la détention. Dans un premier temps, les épouses des détenus se rendaient à un lieu central où elles étaient prises en charge dans un véhicule, cagoulées, puis conduites jusqu'au lieu de détention. Ce n'est qu'une fois arrivées dans une pièce que la cagoule leur était retirée, leur permettant de remettre elles-mêmes la nourriture à leur mari. Ce système a ensuite été remplacé par un dispositif centralisé au siège du CNC : un responsable y réceptionnait la nourriture, l'ouvrait, la contrôlait, photographiait son contenu, selon Me Mbuyu, avant de la transmettre aux détenus, tandis que les épouses étaient autorisées à voir leur mari une fois par semaine.
Me Mbuyu affirme que ce dispositif a, depuis, été à son tour supprimé. Désormais, dit-il, ce sont des agents qui appellent les épouses pour leur indiquer un lieu de rendez-vous improvisé, « nous sommes à la gare », « nous sommes près de Telecom » — où la nourriture doit être remise en pleine rue, à des individus que les familles ne peuvent identifier. L'avocat s'interroge sur les garanties sanitaires d'un tel système et dénonce l'absence de tout encadrement susceptible de vérifier la manipulation des aliments. Il estime que ce mode opératoire prive ses clients d'un traitement conforme à celui réservé à des détenus placés dans un établissement pénitentiaire régulier, où visites, identification des interlocuteurs et échanges directs restent possibles — et rappelle que les épouses, en dépit de leurs réticences, se voient contraintes d'accepter ces conditions par crainte pour l'alimentation de leurs maris.
Plus largement, Me Mbuyu réitère que la Constitution encadre les voies légales par lesquelles une personne peut être accusée et se défendre, rappelant qu'un service qui détient des individus sans les présenter à un parquet ni à un juge, et sans permettre à leur famille ou à leur avocat de les rencontrer, les traite en réalité comme des « prisonniers privés ».