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Ebola en RDC : appel à un changement de paradigme dans la riposte pour gagner le temps communautaire

Ebola

Deux mois et quatorze jours après la déclaration officielle de la 17ᵉ épidémie d’Ebola en République démocratique du Congo, le Conseil national des fora d’ONG humanitaires et de développement (CONAFOHD-RDC) appelle à un changement de paradigme dans la réponse à cette nouvelle flambée. Pour son point focal national et coordonnateur, le Dr De-Joseph Kakisingi M., la bataille contre Ebola ne se gagnera pas uniquement dans les centres de traitement ou les laboratoires, mais d’abord au cœur des communautés.

À l’occasion d’un café de presse organisé ce mardi 28 juillet 2026 à Kinshasa, le responsable du CONAFOHD-RDC a placé son intervention sous le thème : « Être plus rapide qu’Ebola : la réponse doit désormais gagner le temps communautaire. » Cette prise de position intervient alors que la flambée actuelle continue de susciter de fortes inquiétudes. Selon les acteurs de la santé publique, la rapidité de propagation du virus exige une mobilisation renforcée et une adaptation des stratégies de riposte.

« Nous partageons pleinement l’inquiétude exprimée par les responsables sanitaires et humanitaires : nous devons être plus rapides que le virus. Nous souhaitons attirer l’attention sur un point essentiel : être plus rapide que le virus Ebola n’est pas seulement une question de logistique ou de moyens médicaux. C’est avant tout une question de stratégie », a déclaré le Dr De-Joseph Kakisingi.

Pour lui, cette rapidité ne doit pas être comprise uniquement sous l’angle des moyens médicaux ou logistiques. Elle doit intégrer une dimension essentielle : le temps communautaire.

« Le virus ne commence pas sa propagation dans un laboratoire ou dans un centre de traitement Ebola. Il commence dans une famille, dans un quartier, dans une communauté. Lorsque le premier cas est confirmé, plusieurs chaînes de transmission sont souvent déjà en cours. C’est pourquoi nous parlons, depuis le début de cette flambée, du temps communautaire de l’épidémie, qui est très important. Le temps communautaire, c’est cette période décisive qui précède l’arrivée des équipes spécialisées et durant laquelle les communautés peuvent encore empêcher le virus de se propager », a-t-il expliqué.

Selon le coordonnateur du CONAFOHD-RDC, lorsque le premier cas est officiellement confirmé, plusieurs chaînes de transmission peuvent déjà être actives. D’où l’importance d’intervenir avant que l’épidémie ne prenne de l’ampleur.

« Notre objectif doit être de couper les chaînes de transmission dès leur apparition. C’est dans cette logique que le CONAFOHD-RDC a proposé une approche différente : construire une véritable ceinture communautaire autour des zones déjà affectées. Il s’agit de préparer les communautés situées autour des foyers, de former les relais communautaires, de mobiliser les leaders locaux, d’organiser des systèmes d’alerte précoce et de renforcer la communication de proximité afin d’empêcher le virus de franchir de nouvelles frontières », a-t-il indiqué.

Face à cette réalité, le CONAFOHD-RDC propose une approche fondée sur la création d’une ceinture communautaire de prévention autour des zones touchées.

Cette stratégie repose sur plusieurs actions : renforcer les relais communautaires, impliquer les leaders locaux, développer les systèmes d’alerte précoce, améliorer la communication de proximité et préparer les populations vivant autour des foyers actifs.

« Nos premières analyses, réalisées notamment en Ituri et dans la Tshopo, montrent que les principaux obstacles à la riposte ne sont pas uniquement médicaux. La confiance, les rumeurs, la communication de proximité et l’implication des communautés influencent directement la vitesse de propagation du virus. Elles montrent également que les organisations locales ont commencé à agir avant même l’arrivée des financements, démontrant ainsi que la première réponse est toujours communautaire », a-t-il déclaré.

Ces observations démontrent également, selon lui, que les organisations locales jouent un rôle déterminant dans les premières heures d’une crise sanitaire.

Dans cette perspective, le CONAFOHD-RDC a développé l’initiative dénommée ALLCE (Action locale de lutte contre Ebola). Cette approche ne vise pas à remplacer les dispositifs médicaux existants, mais à les compléter en renforçant l’action précoce au niveau local.

« C’est précisément pourquoi nous avons développé ce que nous avons appelé ALLCE, ou Action locale de lutte contre Ebola. Cette approche ne remplace ni les laboratoires, ni les équipes de surveillance, ni les centres de traitement, ni la vaccination. Elle les complète. Son objectif est simple : agir avant que le virus ne prenne de l’avance. Les événements récents confirment malheureusement l’urgence d’un changement d’approche. Les mouvements de grève du personnel, les fuites de patients, la circulation des rumeurs et les incompréhensions observées dans certaines communautés traduisent une crise de confiance qui fragilise la réponse. Une réponse efficace ne peut pas reposer uniquement sur les outils médicaux. Elle doit aussi restaurer l’adhésion des populations », a-t-il soutenu.

Pour le CONAFOHD-RDC, cette approche pourrait contribuer à réduire les délais entre l’apparition des premiers signes d’alerte et la mise en œuvre des mesures de contrôle. Le Dr Kakisingi a également attiré l’attention sur les difficultés sociales qui peuvent fragiliser la riposte. Les mouvements de grève du personnel, les réticences observées dans certaines communautés, les rumeurs et les incompréhensions constituent, selon lui, des facteurs qui ralentissent les interventions.

« Aujourd’hui, nous appelons les autorités sanitaires, les partenaires techniques et financiers, ainsi que l’ensemble des acteurs de la réponse, à faire du pilier communautaire une priorité stratégique. Nous proposons notamment de déployer une ceinture communautaire de prévention autour des zones affectées, d’investir massivement dans les organisations locales déjà présentes sur le terrain, de financer rapidement les initiatives communautaires capables d’agir immédiatement, de mettre en place des mécanismes permanents d’analyse des perceptions communautaires et d’intégrer pleinement l’approche ALLCE dans la stratégie nationale de riposte », a-t-il fait remarquer.

Dans ce contexte, le CONAFOHD-RDC appelle les autorités sanitaires, les partenaires techniques et financiers ainsi que les organisations impliquées dans la riposte à faire du pilier communautaire une priorité stratégique. Parmi les recommandations formulées figurent notamment le déploiement d’une ceinture communautaire de prévention autour des zones affectées, le financement rapide des initiatives locales, le renforcement des organisations communautaires existantes, ainsi que l’intégration de l’approche ALLCE dans la stratégie nationale de riposte.

Pour le Dr De-Joseph Kakisingi, l’urgence est désormais d’agir avant que de nouvelles chaînes de transmission ne s’installent.

« Face à Ebola, chaque heure compte. Chaque alerte communautaire précoce peut éviter une nouvelle chaîne de transmission. Chaque communauté préparée peut empêcher l’apparition d’un nouveau foyer. Être plus rapide qu’Ebola, c’est avant tout gagner le temps communautaire. C’est dans la communauté que se décidera l’issue de cette flambée. La déclaration du coordonnateur humanitaire semble ouvrir une nouvelle phase. Cette phase est celle de la proactivité. Nous devons donc quitter l’attentisme pour la proactivité, aller plus vite qu’Ebola et lui barrer la route de la propagation » a-t-il soutenu

Cette nouvelle interpellation intervient alors que la République démocratique du Congo fait face à sa 17ᵉ épidémie de maladie à virus Ebola. Deux mois après sa déclaration, l'apparition de nouveaux cas dans plusieurs provinces porte désormais à cinq le nombre de provinces touchées : l'Ituri, le Nord-Kivu, le Sud-Kivu, la Tshopo et le Haut-Uele.

Malgré l'expérience acquise lors des précédentes épidémies, la riposte reste confrontée à de nombreux obstacles. En Ituri notamment, des mouvements de grève des prestataires et du personnel de santé ont perturbé certaines opérations. Les grévistes dénoncent des retards dans le paiement de leurs primes, des conditions de travail difficiles ainsi que le non-respect de plusieurs engagements pris à leur égard.

À ces difficultés s'ajoute une insécurité persistante dans plusieurs zones affectées, compliquant le déploiement des équipes sanitaires. Certains centres de traitement ont même été visés par des attaques de groupes armés, illustrant la complexité de la lutte contre cette nouvelle épidémie d'Ebola

Clément MUAMBA