Crise alimentaire mondiale : la RDC parmi les principaux foyers de faim aiguë

Femmes et bébés dans un centre de prise en charge de malnutrition à Kaniola
Femmes et bébés dans un centre de prise en charge de malnutrition à Kaniola

La République démocratique du Congo (RDC) figure parmi les dix pays qui concentrent à eux seuls les deux tiers des personnes confrontées à une insécurité alimentaire aiguë dans le monde. C’est ce que révèle le dernier rapport du Réseau mondial contre les crises alimentaires, qui dresse un tableau préoccupant de la faim à l’échelle planétaire. 

Aux côtés de l’Afghanistan, du Bangladesh, du Myanmar, du Nigéria, du Pakistan, du Soudan du Sud, du Soudan, de la Syrie et du Yémen, la RDC reste l’un des principaux foyers de cette crise. Si certains de ces pays, notamment l’Afghanistan, le Soudan du Sud, le Soudan et le Yémen, affichent les situations les plus critiques, la RDC demeure durablement affectée par une insécurité alimentaire sévère.

Selon le rapport, les conflits constituent la principale cause de la faim aiguë dans le monde, et la RDC n’échappe pas à cette réalité. L’instabilité persistante dans plusieurs régions, en particulier dans l’Est du pays, continue de provoquer des déplacements massifs de populations, de perturber les activités agricoles et de limiter l’accès à l’aide humanitaire. Cette situation fragilise davantage des millions de ménages déjà vulnérables.

À l’échelle mondiale, 266 millions de personnes réparties dans 47 pays ont souffert d’insécurité alimentaire aiguë en 2025, soit près de 23% de la population analysée. Ce chiffre, en légère hausse par rapport à l’année précédente, illustre une tendance inquiétante, avec une gravité de la faim atteignant son deuxième niveau le plus élevé jamais enregistré. Le nombre de personnes en situation de faim catastrophique (phase 5 de l’IPC) a, lui, été multiplié par neuf depuis 2016, note le rapport. 

La malnutrition aiguë constitue un autre indicateur alarmant. En 2025, 35,5 millions d’enfants en ont été affectés dans le monde, dont près de 10 millions dans une forme sévère. Dans plusieurs contextes, dont ceux marqués par des conflits et des déplacements, cette malnutrition est aggravée par la faiblesse des services de santé, l’insuffisance alimentaire et la propagation de maladies.

Le rapport souligne également que des situations de famine ont été identifiées en 2025 à Gaza et dans certaines régions du Soudan, témoignant d’une aggravation des crises alimentaires, largement alimentées par les conflits et les restrictions d’accès humanitaire.

Les perspectives pour 2026 restent préoccupantes. Les auteurs du rapport mettent en garde contre la poursuite, voire l’aggravation de l’insécurité alimentaire aiguë, sous l’effet combiné des conflits, des chocs climatiques et des incertitudes économiques mondiales. Les tensions géopolitiques, notamment au Moyen-Orient, pourraient en outre perturber davantage les marchés alimentaires et énergétiques, avec des répercussions sur les pays déjà fragilisés, dont la RDC.

Face à cette situation, les Nations Unies et l’Union européenne appellent à un renforcement des investissements dans des systèmes alimentaires résilients, à une meilleure adaptation aux changements climatiques et à un engagement politique accru pour prévenir les crises. Pour la RDC, où les causes structurelles de la faim demeurent profondément ancrées, ces recommandations apparaissent plus que jamais cruciales.

Selon le Programme alimentaire mondial (PAM), un Congolais sur quatre, soit quelque 26,6 millions de personnes, ne peut satisfaire ses besoins alimentaires de base. Environ 6,4 millions de personnes souffrent de malnutrition aiguë, un chiffre qui n’a pas diminué depuis vingt ans.

James Mutuba