Daddie Minaku réclame la libération de son époux détenu au CNC dans des conditions "éprouvantes et insoutenables"

Près de trois mois après l’arrestation de son époux, Aubin Minaku, ancien président de l’Assemblée nationale et vice-président du PPRD de l’ancien chef de l’État Joseph Kabila, son épouse, Daddie Minaku, a saisi Jean-Claude Bukasa, coordonnateur du Conseil national de cyberdéfense (CNC), un service spécialisé rattaché à la Présidence de la République, afin d’y voir plus clair sur la détention prolongée de son mari par ce service.

Dans sa correspondance, dont un exemplaire est parvenu à la rédaction de ACTUALITE.CD  samedi 18 avril 2026, l’épouse d’Aubin Minaku dénonce une situation "d’une gravité exceptionnelle", marquée par une privation de liberté entourée d’"opacité", en dehors des garanties fondamentales prévues par la loi, ainsi que des conditions de détention "incompatibles", selon elle, avec les exigences de dignité humaine. Pour elle, il s’agit d’une atteinte "sérieuse" à l’intégrité physique et à l’état de santé de la personne détenue.

"Une restriction excessive et injustifiée des droits familiaux. Ces éléments révèlent un faisceau d'atteintes graves, continues et systématiques aux droits fondamentaux, constitutives de violations des normes constitutionnelles et internationales. Monsieur le Coordonnateur, je souhaite que vous mesuriez la gravité de la situation que traverse injustement mon époux, et la profonde inquiétude qui est la mienne en tant qu'épouse et celle de mes enfants, face à l'atteinte portée à sa santé et à sa dignité", a écrit Madame Daddie Minaku.

En l’absence de tout risque établi de fuite, ainsi que de toute matérialité clairement démontrée des faits qui lui sont reprochés, Daddie Minaku et ses enfants en appellent à la libération de l’ancien président de l’Assemblée nationale.

"À supposer qu'une procédure quelconque soit en cours, rien ne saurait justifier que mon époux soit enfermé au noir, dans une opacité indescriptible, et en dehors de tout cadre judiciaire régulier. En l'état, aucun élément ne permet d'établir qu'il aurait violé la loi de manière à justifier un traitement aussi extrême. Une telle situation est dès lors incompatible avec les principes les plus élémentaires de légalité et de justice. En tout état de cause, son maintien en détention, dans des conditions particulièrement éprouvantes, demeure à la fois humainement inacceptable, juridiquement injustifiable et légalement insoutenable", a-t-elle dénoncé.

Créé par ordonnance présidentielle en 2023 et rattaché à la Présidence de la République en tant que service spécialisé, le Conseil national de cyberdéfense (CNC), dirigé par Jean-Claude Bukasa, est depuis quelque temps sous les projecteurs dans l’environnement sociopolitique congolais, à la suite d’interpellations et d’arrestations visant notamment des officiers supérieurs et généraux des Forces armées de la République démocratique du Congo, des acteurs sociopolitiques, ainsi qu’un nombre important d’opposants et d’autres personnalités. Son activisme coïncide avec un contexte marqué par la guerre d’agression rwandaise, menée par l’entremise de la rébellion de l’AFC/M23 dans l’Est de la RDC.

Dans un récent rapport, les Nations Unies, à travers leur Bureau conjoint des droits de l’homme (BCNUDH), ont révélé le maintien en détention, depuis janvier dernier, d’un total de quarante-deux membres de partis politiques, dont des opposants. Elles précisent que ces personnes, arrêtées par des services de renseignement et par la justice militaire  dont la plupart sont issues des partis Ensemble pour la République de l’opposant en exil Moïse Katumbi et du PPRD de l’ancien président Joseph Kabila sont détenues dans la prison militaire de Ndolo, à Kinshasa, tandis que d’autres sont écrouées « dans de nombreux cachots clandestins gérés par le Conseil national de cyberdéfense » (CNC), une institution pointée du doigt pour de nombreux abus à l’encontre des opposants.

En janvier dernier, Emmanuel Ramazani Shadary, Aubin Minaku et Dunia Kilanga, respectivement secrétaire permanent, vice-président et secrétaire national chargé de la mobilisation du parti de Joseph Kabila, ont été arrêtés à leurs domiciles, selon des méthodes quasi similaires, par des hommes armés en uniforme et d’autres en tenue civile.

Malgré les appels pressants d’organisations nationales et internationales de défense des droits de l’homme à la clarification de leurs dossiers, voire à leur présentation devant leurs juges naturels, ces opposants restent, selon leurs proches et leurs familles politiques, détenus au secret, en violation de toutes les procédures judiciaires.

Clément MUAMBA