Madame Daddie Minaku, épouse de l’ancien président de l’Assemblée nationale et haut cadre du PPRD (Parti du Peuple pour la Reconstruction et la Démocratie) de Joseph Kabila, dénonce les conditions de détention dans lesquelles se trouve son mari au Conseil national de cyberdéfense (CNC). Dans une correspondance adressée à Jean-Claude Bukasa, coordonnateur de ce service spécialisé rattaché à la Présidence de la République, elle dresse le calvaire qu’elle endure pour voir et échanger avec son époux, détenu dans les installations de ce service de renseignement depuis près de quatre mois. La copie de la correspondance est réservée au chef de l’État Félix Tshisekedi, au vice-Premier ministre, ministre de l’Intérieur, sécurité, décentralisation et affaires coutumières Shabani Lukoo, ainsi qu’au ministre d’État, ministre de la Justice et garde des Sceaux Guillaume Ngefa.
L’épouse de Minaku relève un encadrement, excessif et permanent à ces visites un caractère profondément intimidant, incompatible avec la nature d’un moment familial. Selon elle, il prive ces échanges de toute intimité.
"Pour me rendre auprès de mon époux, je suis systématiquement conduite les yeux couverts à bord d'un véhicule du CNC, entourée d'un dispositif sécuritaire particulièrement lourd, comprenant plusieurs policiers, dont six agents prenant place dans le véhicule. À l'arrivée, les conditions de la rencontre sont tout aussi contraignantes : l'entretien se déroule sous la présence constante de cinq agents et policiers, positionnés dans la pièce à une distance d'environ deux mètres, et ce, durant toute la durée de l'échange. Un tel encadrement, excessif et permanent, confère à ces visites un caractère profondément intimidant, incompatible avec la nature même d'un moment familial. Il prive ces échanges de toute intimité, altère leur sincérité et place l'épouse que je suis dans une situation d'insécurité et de vulnérabilité difficilement acceptable", a déploré l'épouse de l'ancien président de l'Assemblée nationale.
Pour Mme Minaku, dans ces conditions, le droit à une visite familiale est non seulement entravé, mais substantiellement vidé de son contenu. Elle affirme que ces conditions constituent une atteinte aux garanties fondamentales relatives à la dignité humaine et à la protection de la vie familiale, en violation directe des articles 7, 10 et 17 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques, relatifs respectivement à l’interdiction des traitements inhumains ou dégradants, au traitement humain des personnes privées de liberté et à la protection de la vie familiale.
Dans la même correspondance, Daddie Minaku soulève également la question de l’état de santé de son époux, qui, selon elle, nécessite un suivi médical régulier et rigoureux. Elle rappelle qu’avant son interpellation, son état de santé faisait l’objet d’une surveillance constante, et que depuis le 18 janvier 2026, il ne bénéficie plus de conditions de prise en charge.
"Cette rupture dans la continuité des soins, dans un contexte de privation de liberté, constitue une source d'inquiétude majeure, en ce qu'elle l'expose à des risques réels pour sa santé et son intégrité physique. Une telle situation, caractérisée par l'absence de suivi médical approprié et la privation d'accès à son médecin traitant, constitue une mise en danger de la personne détenue, et peut être assimilée à des traitements inhumains et dégradants, au sens des normes constitutionnelles et des instruments internationaux relatifs à la protection des droits fondamentaux", a-t-elle souligné.
Elle invoque entre autres, l’article 5 de la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples, consacrant le droit au respect de la dignité humaine et interdisant les traitements inhumains ou dégradants, ainsi que les articles 1er et 16 de la Convention des Nations Unies contre la torture, qui définissent et prohibent les actes de torture et les traitements cruels, inhumains ou dégradants.
"Plus que jamais, l'état de mon époux requiert un suivi médical rigoureux, fondé sur la stabilité, l'attention constante et un encadrement spécialisé adapté à sa condition. L'absence de ces garanties essentielles, dans un contexte de privation de liberté, expose directement sa santé et son intégrité physique à des risques sérieux, et s'analyse, en droit, comme une forme de traitement inhumain par omission, dès lors que les autorités dépositaires de sa garde s'abstiennent de prendre les mesures nécessaires à la préservation de sa santé", a insisté Madame Daddie Minaku.
Créé par ordonnance présidentielle en 2023 et rattaché à la Présidence de la République en tant que service spécialisé, le Conseil national de cyberdéfense (CNC), dirigé par Jean-Claude Bukasa, est depuis quelque temps sous les projecteurs dans l’environnement sociopolitique congolais, à la suite d’interpellations et d’arrestations visant notamment des officiers supérieurs et généraux des Forces armées de la République démocratique du Congo, des acteurs sociopolitiques, ainsi qu’un nombre important d’opposants et d’autres personnalités. Son activisme coïncide avec un contexte marqué par la guerre d’agression rwandaise, menée par l’entremise de la rébellion de l’AFC/M23 dans l’Est de la RDC.
Dans un récent rapport, les Nations Unies, à travers leur Bureau conjoint des droits de l’homme (BCNUDH), ont révélé le maintien en détention, depuis janvier dernier, d’un total de quarante-deux membres de partis politiques, dont des opposants. Elles précisent que ces personnes, arrêtées par des services de renseignement et par la justice militaire dont la plupart sont issues des partis Ensemble pour la République de l’opposant en exil Moïse Katumbi et du PPRD de l’ancien président Joseph Kabila sont détenues dans la prison militaire de Ndolo, à Kinshasa, tandis que d’autres sont écrouées « dans de nombreux cachots clandestins gérés par le Conseil national de cyberdéfense » (CNC), une institution pointée du doigt pour de nombreux abus à l’encontre des opposants.
En janvier dernier, Emmanuel Ramazani Shadary, Aubin Minaku et Dunia Kilanga, respectivement secrétaire permanent, vice-président et secrétaire national chargé de la mobilisation du parti de Joseph Kabila, ont été arrêtés à leurs domiciles, selon des méthodes quasi similaires, par des hommes armés en uniforme et d’autres en tenue civile.
Malgré les appels pressants d’organisations nationales et internationales de défense des droits de l’homme à la clarification de leurs dossiers, voire à leur présentation devant leurs juges naturels, ces opposants restent, selon leurs proches et leurs familles politiques, détenus au secret, en violation de toutes les procédures judiciaires.
Clément MUAMBA