La décision du gouvernement congolais d’accueillir “temporairement”, dès ce mois d’avril courant, des migrants expulsés des États-Unis, dans le cadre des accords conclus entre Kinshasa et Washington, nourrit des vives réactions de l’opposition et de la société civile. Le mouvement citoyen Lutte pour le changement (Lucha) y voit une aberration au moment où Kinshasa peine «à protéger ses citoyens».
Dans un communiqué, Lucha condamne cette décision du régime de Kinshasa, et critique une coopération internationale aux velléités de transformer la République démocratique du Congo en un «espace de relégation pour des populations rejetées ailleurs, dans le cadre d'un marchandage opaque dicté par des intérêts étrangers obscures».
«Le régime de Kinshasa se spécialise dans l'art d'abandonner son peuple pour servir les puissances étrangères en multipliant les gestes de soumission diplomatique pendant que les Congolais vivent dans un état de précarité sans pareil caractérisée par les inondations, l'absence des services sociaux de base (manque d'eau, d'électricité et d'infrastructure...) une insécurité persistante ainsi que l'incapacité de l'État à protéger les populations à l'Est et presque partout ailleurs», déplore Lucha.
Ce mouvement citoyen dénonce, par cet accord, la logique dangereuse des américains, de sous-traitance des politiques migratoires des puissances étrangères vers des États fragiles, à l’instar du «partenariat controversé» Rwanda-Royaume-Uni.
Lucha appelle à l’annulation dudit accord, rejetant à la fois « toute tentative de faire de notre pays une zone de transit ou un instrument au service d’intérêts géopolitiques étrangers».
Pour lui, les priorités au pays sont connues. Elles sont : la sécurité à l’Est, dont une partie demeure sous occupation de la rébellion du M23 soutenue par le Rwanda, l’accès à l’eau, à l’électricité, infrastructures dignes, et l’État congolais doit s’y consacrer sans détour.
À travers le communiqué du dimanche 5 avril, le gouvernement a précisé que ce dispositif, défini conjointement avec les autorités américaines, s’inscrit dans le respect de la souveraineté nationale en matière de gestion de l’accès et du séjour des étrangers, ainsi que dans les engagements internationaux et régionaux du pays en matière de protection des droits des migrants.
Kinshasa souligne également que la prise en charge logistique et technique sera assurée par le gouvernement américain, via des structures spécialisées, et qu’« aucune charge financière » ne sera supportée par le Trésor public congolais.
En effet, les personnes concernées seront accueillies dans des sites situés dans la ville-province de Kinshasa, avec un encadrement administratif, sécuritaire et humanitaire, selon le communiqué.
Lire aussi: RDC : le parti ENVOL dénonce un « projet obscur » sur l’accueil de migrants liés aux États-Unis
Samyr LUKOMBO