Après ses consultations avec les forces socio politiques menées au Nord et au Sud-Kivu, ainsi que la sortie du mouvement socio politique "Sauvons la République Démocratique du Congo" à Nairobi (Kenya) et après une longue période de silence, l'ancien chef de l'État, Joseph Kabila Kabange, s'est une nouvelle fois exprimé sur les questions d'actualité, se montrant critique envers la gouvernance du pays sous la direction de son successeur l'actuel Chef de l'État Félix Tshisekedi.
Au cours d'une interview accordée la semaine dernière à un média belge, le Sénateur à vie Joseph Kabila Kabange a affirmé, au sujet de la situation sécuritaire actuelle du pays, que beaucoup évoquent la balkanisation, mais lui préfère parler de la “soudanisation” de la crise en République Démocratique du Congo. Selon le quatrième président de l’histoire de la RDC, il existe des points communs entre ce que traverse actuellement la RDC et ce qui a conduit à l’implosion du Soudan. La division du Soudan, officialisée le 9 juillet 2011, a séparé le pays en deux entités distinctes : la République du Soudan (Nord) et la République du Soudan du Sud, suite à un référendum d’autodétermination. Cette scission résultait de décennies de guerres civiles entre le Nord, majoritairement arabo-musulman, et le Sud, principalement chrétien et animiste.
Réagissant lors d'un briefing de presse mardi 24 mars 2026, en marge de la Conférence des gouverneurs, le porte-parole du gouvernement, Patrick Muyaya, considère cette sortie comme une nouvelle "revendication" des actes posés dans l'Est de la RDC par la rébellion de l'AFC/M23, appuyée par le Rwanda. En évoquant la “soudanisation”, Joseph Kabila démontre, selon Patrick Muyaya, "ses vraies intentions" concernant ce qu'il pense de la République Démocratique du Congo.
"Il n'appartient pas au gouvernement de réagir surtout que ce sont des déclarations qui ne sont pas nouvelles, ce ne sont pas seulement des déclarations mais ce sont des actes que vous-mêmes vous avez pris les soins de mentionner, le choix de date n'est pas non plus un choix anodin, on choisit de faire la communication le 23 mars, on est à Goma c'est comme une revendication des actes qui y sont posés et on veut dire aussi l'intention, le plan réel que nous avons. Moi, je vais interdire aux congolais patriotiquement congolais de ne pas répéter ce mot là c'est aussi une stratégie de manipulation, on veut inoculer le venin d'un nouveau mot pour que ce mot puisse se répandre", a déclaré le porte-parole du gouvernement Patrick Muyaya qui avait à ses côtés son collègue de l'intérieur, sécurité, décentralisation et Affaires coutumières mais aussi le gouverneur de la province du Kwilu.
Dans le même registre, le ministre de la Communication et des Médias, ainsi que porte-parole du gouvernement, Patrick Muyaya, a une nouvelle fois rejeté les allégations de mauvaise gouvernance avancées par le sénateur à vie. Selon Patrick Muyaya, les dirigeants actuels du pays s’attachent à apporter des solutions aux préoccupations de la population congolaise, préoccupations qui, selon lui, auraient dû être traitées dès l’époque où Joseph Kabila était au pouvoir. Or, cela n’a pas été fait, le sénateur ayant préféré, selon Muyaya, privilégier ses propres intérêts personnels.
"Tout ce que nous nous savons, c'est ce que nous nous sommes entrain de faire, l'essentiel, vous avez suivi par exemple l'allusion faite par le gouverneur en 18 ans, il y a six conferences gouverneurs alors que nous en fréquence, on en a plus au moins 2 par an et c'est la preuve justement que nous nous affairons à l'essentiel qui n'a pas pu être fait depuis autant d'années. Je me reserverai de faire quelques comparaisons pour ne pas aller plus loin mais si on me dit ici en 46 ans c'est avec le Président Félix Tshisekedi qu'on a vu des routes arrivées, des asphaltes mais alors que d'autres pour des domaines privées ( NDLR: Vallée de la Nsele dit Kingakati) pas loin d'ici, ont des routes qui dépassent les routes qui auraient pu couvrir toute cette ville mais faites votre choix, il est donc évident pour nous question : le chien aboie et la caravane passe", a souligné le porte-parole du gouvernement Patrick Muyaya.
Rappelons-le, sous la présidence de l’ancien chef de l’État Joseph Kabila, plusieurs responsables politiques et figures de la société civile congolaises s'étaient réunis du 14 au 15 octobre 2025 à Nairobi, au Kenya, pour un conclave sur « l’avenir du Congo ». À l’issue de ces travaux, ils ont annoncé la création d’un nouveau cadre politique baptisé « Mouvement Sauvons la RDC », destiné, selon eux, à « mettre fin à la tyrannie, restaurer la démocratie et favoriser la réconciliation nationale ».
Réunis autour d’un diagnostic jugé « alarmant » de la situation du pays, les participants ont dénoncé une « crise multiforme » en République démocratique du Congo, marquée, selon eux, par des dérives politiques, économiques et sociales. Dans leur déclaration finale, ils ont accusé le pouvoir en place d’avoir « violé la Constitution », « restreint l’espace démocratique » et « instrumentalisé la justice à des fins politiques »
Sous la conduite de Joseph Kabila, le conclave a également appelé à la tenue d’un dialogue inclusif et sincère, soutenu par les Églises catholique (Cenco) et protestante (ECC), afin de sortir de la crise politique et sécuritaire actuelle. Les signataires ont rejeté tout « monologue politique » initié par le président Félix Tshisekedi.
Le mouvement « Sauvons la RDC », également désigné sous plusieurs appellations dans les langues nationales Tobikisa Ekolo, Tuokowe Taifa, Tupandishayi Ditunga entend désormais coordonner les actions des partis et forces sociales opposés au régime. Le groupe prévoit aussi une offensive diplomatique pour sensibiliser les pays africains et les partenaires extérieurs à la situation du pays.
Clément MUAMBA, Envoyé spécial au Kwilu