RDC: "tout dialogue national sincère ne doit servir de blanchisserie ni d’opportunité pour fragiliser l’ordre constitutionnel établi"(Aimé Boji)

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Aimé Boji Sangara, Président de l'Assemblée nationale

Tout comme son collègue du Sénat, le président de l'Assemblée nationale, Aimé Boji Sangara, dit soutenir l'idée de tout dialogue capable de renforcer la cohésion nationale, de consolider les institutions et de préserver l'unité nationale. Ce point relatif au dialogue a été abordé lors de son discours, tenu ce lundi 16 mars 2026, à l'ouverture de la session ordinaire de mars 2026 au Palais du Peuple à Kinshasa.

Pour l'élu de Walungu, dans la province du Sud-Kivu, ce dialogue, tant réclamé par plusieurs acteurs sociopolitiques congolais, ne doit pas servir de blanchisserie ni constituer une opportunité de fragiliser l'ordre constitutionnel, ni remettre en cause les acquis démocratiques de la République démocratique du Congo.

"La perspective d’un dialogue national, évoquée par plusieurs acteurs de la vie politique et sociale, devra être examinée avec responsabilité et lucidité. Pour ma part, tout dialogue national sincère doit avoir pour objectif de renforcer la cohésion nationale, de consolider nos institutions et de préserver l’unité de la République. Il ne saurait en aucun cas servir de blanchisserie ni d’opportunité pour fragiliser l’ordre constitutionnel établi, encore moins pour remettre en cause les acquis démocratiques de notre pays. Dans cette perspective, l’Assemblée nationale accompagnera volontiers toute initiative de dialogue menée sur le sol congolais et engagé sous l’autorité du Président de la République, Chef de l’État, Son Excellence Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo, arbitre des institutions et garant de leur bon fonctionnement" a souligné le président de l'Assemblée nationale Aimé Boji Sangara

Si pour Kinshasa, la tenue d’un dialogue national inclusif ne semble pas constituer une urgence, privilégiant plutôt les initiatives internationales, notamment les processus de Washington et de Doha, des partenaires traditionnels de la RDC continuent d’insister sur la nécessité d’un dialogue entre Congolais afin d’accompagner les initiatives en cours menées par les États-Unis d’Amérique et l’État du Qatar, avec l’appui de l’Union africaine.

La dernière interpellation était du Groupe de contact international pour la région des Grands Lacs (ICG). S’exprimant ce jeudi 5 mars sur la situation sécuritaire dans l’Est de la RDC, la Belgique, le Danemark, l’Union européenne, la France, l’Allemagne, les Pays-Bas, la Suède, la Suisse, le Royaume-Uni et les États-Unis d’Amérique, membres de ce groupe, ont salué les consultations annoncées par l’Angola.

La République d’Angola avait officiellement reçu le mandat d’engager des consultations avec les différentes parties congolaises en vue de préparer un dialogue intercongolais. Il s’agissait de l’une des résolutions issues de la rencontre de Luanda, qui a réuni le président angolais João Lourenço, à l'époque président en exercice de l’Union africaine (UA), son homologue congolais Félix Tshisekedi, le chef de l’État togolais Faure Essozimna Gnassingbé, médiateur de l’UA dans la crise congolaise, ainsi qu’Olusegun Obasanjo, représentant les cinq anciens Chefs d’État désignés comme facilitateurs du processus de paix en RDC.

Dans une communication faite  mercredi 11 février 2026, la Présidence angolaise a fait le point sur cette recommandation. Luanda a promis de révéler, en temps voulu, le lancement de la phase préparatoire de ce dialogue tant attendu dans l’environnement sociopolitique congolais, en vue d’appuyer les processus de Washington ainsi que celui de Doha. Depuis cette annonce, il se constate que le processus reste au point mort sans un réel avancement du dossier

Les positions des acteurs politiques congolais divergent fortement. Le pouvoir défend un dialogue encadré, piloté par les institutions de la République, excluant toute remise en cause de l’ordre constitutionnel et toute forme d’impunité. À l’inverse, le parti Ensemble pour la République de Moïse Katumbi rejette un dialogue conduit par le pouvoir et estime qu’il ne peut être crédible que sous l’égide du tandem formé par la CENCO et l’ECC, à l’origine d’une feuille de route commune pour un dialogue national. Cette formation qualifie le schéma présidentiel de « simulacre de dialogue ». C’est aussi la position de Martin Fayulu qui insiste sur le rôle des églises.

Les confessions religieuses, en particulier la CENCO et l’ECC, défendent une approche inclusive du dialogue, tout en affirmant que l’inclusivité ne signifie pas l’impunité. Elles évoquent la possibilité de mécanismes de justice transitionnelle et appellent à un dialogue rapide afin d’éviter l’enracinement des groupes armés dans les zones occupées. D’autres acteurs de la société civile soulignent, à l’instar de responsables associatifs, que le dialogue « n’est pas une blanchisserie », tout en reconnaissant la nécessité d’un cadre de discussion pour sortir de l’impasse.

À ce stade, le dialogue national n’est toujours pas convoqué. Les initiatives diplomatiques parallèles, notamment les processus de Washington et de Doha, progressent sur le plan politique, mais sans résultats tangibles sur le terrain, où la situation sécuritaire demeure dégradée dans le Nord-Kivu et le Sud-Kivu. Le mandat confié à l’Angola apparaît ainsi comme la principale séquence opérationnelle en cours, dans un contexte de méfiance persistante et de divergences profondes entre les acteurs congolais.

Clément MUAMBA