EAC : à Arusha, le 25ᵉ sommet s’ouvre sans Tshisekedi ni Kagame

Félix Tshisekedi et Paul Kagame

Les chefs d'État de la Communauté d'Afrique de l'Est (CAE) se réunissent ce samedi 7 mars à Arusha, en Tanzanie, pour le 25ᵉ sommet ordinaire de la Communauté, placé sous le thème : « Approfondir l'intégration pour améliorer les conditions de vie des citoyens de la CAE ». Cette rencontre réaffirme l'engagement des États partenaires à faire progresser l'intégration régionale et le développement durable de la communauté.

Ce sommet a été précédé d'une réunion extraordinaire du Conseil des ministres de la CAE, principal organe décisionnel de la Communauté, chargé de préparer les questions soumises à l'examen et à la décision des chefs d'État. Cette réunion s'est tenue du 2 au 5 mars au siège de la CAE à Arusha. Le Conseil des ministres y a examiné les points clés de l'ordre du jour et les progrès accomplis dans la mise en œuvre des décisions des précédents sommets, avant de formuler des recommandations destinées au Sommet, qui devra les examiner et les adopter.

Selon un communiqué de la CAE, l’ordre du jour inclut également l’examen du rapport du Conseil pour la période du 30 novembre 2024 au 31 décembre 2025 ; les modalités de mise en œuvre de la directive du 24ᵉ Sommet des chefs d’État sur le financement durable du budget de la CAE, fondé sur une contribution égale de 65% et une contribution forfaitaire de 35 % ; ainsi que l’état d’intégration des États partenaires admis dans la Communauté entre 2016 et 2024.

Les chefs d'État doivent également nommer un nouveau secrétaire général de la CAE, des juges à la Cour de justice de l'Afrique de l'Est, renouveler les mandats des secrétaires généraux adjoints, nommer des commissaires à l'Autorité de la concurrence de la CAE, et donner leur assentiment aux projets de loi adoptés par l'Assemblée législative de l'Afrique de l'Est.

Sur place à Arusha, à l’exception du pays hôte, plusieurs chefs d'État membres de l'EAC sont déjà arrivés. Parmi eux figurent Yoweri Museveni, président de l'Ouganda, Évariste Ndayishimiye, président du Burundi et président en exercice de l'Union africaine, ainsi que William Ruto, président du Kenya et président en exercice de l'EAC, le président du Soudan du Sud, Salva Kiir, a délégué le ministre des Affaires étrangères, Semaya Kumba, pour le représenter. L'arrivée prochaine de Hassan Sheikh Mohamud, président de la Somalie, est également attendue.

Parmi les absences remarquables, celles de Paul Kagame, représenté par son Premier ministre Justin Nsengiyumva, et de Félix Tshisekedi, président de la RDC, qui a délégué son ministre de l’Intégration régionale, Floribert Anzuluni Isiloketshi, préférant se rendre aux États-Unis pour les obsèques du Révérend Jesse Jackson. Les relations entre les deux pays de la région restent tendues en raison d’accusations mutuelles : le Rwanda accuse la RDC de soutenir les FDLR, tandis que Kinshasa reproche à Kigali son appui à la rébellion de l'AFC/M23.

Ce nouveau Sommet intervient dans un contexte marqué par la détérioration continue de la situation sécuritaire dans l’Est de la RDC, l’un des pays membres de l’EAC. Cette dégradation est alimentée par de violents combats opposant les forces gouvernementales congolaises à la rébellion de l’AFC/M23, soutenue par le Rwanda. Parallèlement, les tensions diplomatiques entre Kinshasa et Kigali demeurent vives et continuent de s’exacerber sur fond d’accusations mutuelles, malgré les initiatives diplomatiques en cours, notamment les processus de Washington et de Doha.

Autre élément marquant coïncidant avec ce sommet : le malaise persistant entre Kinshasa et le bloc régional, souvent perçu comme une prise de distance de la RDC vis-à-vis de l'EAC, que les autorités congolaises soupçonnent régulièrement de ne pas adopter une position suffisamment équilibrée ni de s’impliquer pleinement dans la résolution de la crise sécuritaire à l’Est du pays. Cette perception avait été renforcée lors du 24ᵉ Sommet ordinaire des chefs d’État de l'EAC, tenu le 30 novembre 2024 à Arushaa qui avait porté le président kényan William Samoei Ruto à la présidence tournante de l’organisation, succédant à Salva Kiir Mayardit, président du Soudan du Sud.

Clément MUAMBA