RDC-AFC/M23 :"aucune puissance, aucun groupe armé, aucune administration parallèle ne pourrait effacer nos lignages, nos chefferies, nos droits coutumiers" (Félix Tshisekedi)

Félix Tshisekedi
Félix Tshisekedi

Alors que la rébellion de l’AFC/M23 continue d’administrer de vastes pans des provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, dans l’Est de la République démocratique du Congo, dans un contexte marqué par une détérioration persistante de la situation sécuritaire, le chef de l’État, Félix Tshisekedi, a dénoncé ce qu’il qualifie d’entreprise pernicieuse, visant la substitution des chefs coutumiers " légitimes " par des individus imposés, étrangers aux traditions locales. Selon lui, cette manœuvre, attribuée à cette rébellion soutenue par le Rwanda, vise à mieux asseoir une logique d’occupation et de prédation dans cette partie du pays.

Félix Tshisekedi a fait cette dénonciation à l’ouverture des travaux du Forum national des affaires coutumières (FNAC), qui se tient du 2 au 5 mars à Kinshasa, sous le thème : " le renforcement du rôle de l’autorité coutumière, gage de la stabilité, du développement, de la sécurité et de la cohésion des communautés en RDC ". Ce forum est perçu comme un cadre national de réflexion, de concertation et d’orientation stratégique consacré à la gouvernance coutumière, à l’intégration des peuples autochtones pygmées (PAP), ainsi qu’à l’élaboration d’une politique nationale du secteur.

" Nous tenons cette rencontre dans un contexte sécuritaire grave que nul n'est censé ignorer. Notre pays est victime d'une agression injuste menée par un pays voisin à travers le mouvement terroriste du M23/AFC et d'autres groupes armés qui se sont rendus coupables d'occupation illégale, de déplacement massif de nos populations et des violences inacceptables. Parmi les méthodes utilisées par ces forces négatives figurent une entreprise particulièrement pernicieuse la tentative de substitution des chefs coutumiers légitimes par des individus imposés, étrangers aux traditions locales pour mieux asseoir une logique d'occupation et de prédation. Comme j'ai eu l'occasion de le dire à d'autres occasions, je le répète encore solennellement aujourd'hui : aucune puissance, aucun groupe armé, aucune administration parallèle ne pourrait effacer nos lignages, nos chefferies, nos droits coutumiers ", a prévenu Félix Tshisekedi dans son discours devant les membres du gouvernement, gouverneurs de provinces, chefs coutumiers et d'autres personnalités. 

Pour Félix Tshisekedi, les terres ancestrales de la RDC ne doivent en aucun cas devenir des terrains de manœuvres géopolitiques, mais plutôt constituer le fondement même de la souveraineté nationale et de l’identité congolaise. À l’en croire, la présence des participants à ces assises ne relève pas d’une simple participation formelle, mais s’apparente davantage à un véritable acte de résistance et de patriotisme, visant à défendre la légitimité des autorités coutumières.

" Les terres de nos ancêtres ne sont pas des terrains de manœuvres géopolitiques, mais le fondement même de notre souveraineté et de notre identité. C'est pourquoi, je considère votre présence à ce forum non pas comme une simple participation, mais plutôt comme un acte de résistance et de patriotisme, en défendant la légitimité des autorités coutumières, nous défendons la continuité de l'État, la pérennisation de l'âme de notre nation, l'intégrité de notre territoire et la dignité de nos communautés ", a souligné Félix Tshisekedi. 

Depuis l’occupation de vastes pans des provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, le gouvernement congolais ne cesse de dénoncer la mise en place, par le Rwanda et la coalition AFC/M23, d’une administration parallèle. Cette administration parallèle se traduit notamment par la nomination d’animateurs des entités sous leur contrôle, y compris des chefs coutumiers, en violation de la résolution 2773 du Conseil de sécurité des Nations unies. Le gouvernement affirme poursuivre la documentation de l’ensemble des crimes et violations des instruments juridiques internationaux ratifiés, en vue de saisir, le moment venu, les instances internationales compétentes.

À travers l’organisation de ces assises, l’Exécutif central entend mettre de l’ordre dans le secteur des Affaires coutumières en République démocratique du Congo. La mauvaise gestion de ce secteur constitue l’une des principales sources de conflits intercommunautaires, souvent liés à des litiges fonciers, à des successions coutumières ou à des manipulations opérées par certains leaders politiques ou religieux. D’autres tensions trouvent également leur origine dans l’intolérance de certaines personnes considérées comme des notables locaux.

L’organisation de ces travaux a été entérinée lors de la réunion du Conseil des ministres tenue le vendredi 30 mai 2025, à la suite de la présentation d’une note d’information portée par le Mwami Jean-Baptiste Ndeze, vice-ministre de l’Intérieur en charge des Affaires coutumières.

Clément MUAMBA