Deux fosses communes ont été découvertes dans la ville d’Uvira, chef-lieu provisoire de la province du Sud-Kivu, dans l’Est de la République démocratique du Congo. Cette information ressort d’une note d’information du Vice-Premier ministre, ministre de l’Intérieur, de la Sécurité, de la Décentralisation et des Affaires coutumières, Jacquemain Shabani, à la suite de sa mission dans cette partie du pays, où il a notamment procédé à la supervision de la frontière entre la RDC et le Burundi.
Selon l’exposé du patron de la territoriale lors de la 80ᵉ réunion du Conseil des ministres, tenue vendredi 27 février 2026 à la Cité de l’Union africaine, sous la direction du Président de la République, Félix Tshisekedi, ces fosses communes ont été mises au jour dans le quartier Kavinvira ainsi que sur un autre site situé à Kilomoni, tous deux dans la ville d’Uvira, au Sud-Kivu.
"Le Conseil a été informé de la découverte de fosses communes à Uvira. La première fosse a été découverte à proximité du bureau du Programme alimentaire mondial, sur l’axe routier menant vers Kavimvira. Selon les sources locales, ce site contiendrait environ 35 corps. Un second site a été signalé dans le quartier de Kilomoni, toujours dans la ville d’Uvira. Au cimetière communal, des acteurs de la société civile évoquent la présence de dizaines de corps enterrés de manière irrégulière", rapporte le compte rendu de la réunion.
Cette découverte des autorités gouvernementales intervient après le retrait de la rébellion de l’AFC/M23, appuyée par le Rwanda, qui avait occupé la ville d’Uvira à la suite d’une offensive menée au mois de décembre de l’année dernière, soit quelques jours après l’entérinement des accords de Washington par les Présidents Félix Tshisekedi de la République démocratique du Congo et Paul Kagame du Rwanda, en présence de Donald Trump, Président des États-Unis d’Amérique et médiateur dans la crise opposant la RDC au Rwanda.
Selon le ministre Jacquemain Shabani, des équipes spécialisées sont déjà déployées sur le terrain afin d’assurer la sécurisation des différents sites concernés. Ces équipes ont pour mission de procéder à la récupération des corps et d’approfondir les investigations nécessaires, dans le strict respect des procédures en vigueur.
"Des équipes spécialisées ont été déployées sur les différents sites afin de sécuriser les lieux et recouvrir les corps exposés. Toutefois, aucune exhumation officielle n’a encore été menée et l’identité des auteurs ainsi que celle des victimes demeure inconnue", précise le gouvernement dans le compte rendu de la réunion.
Pour sa part, le gouvernement provincial du Sud-Kivu va plus loin dans un communiqué rendu public le samedi 28 février 2026. Selon ce document, les constats préliminaires établis par l’autorité provinciale indiquent que cent cinquante-et-une (151) personnes civiles ont été inhumées dans ces fosses communes, dont cent vingt-et-une (121) au cimetière de Kavinvira et trente (30) dans un enclos situé au quartier Kilomoni.
Toujours selon le gouvernement provincial, ces exécutions sont intervenues à la veille du retrait forcé, le 18 janvier 2026, des éléments de l’AFC/M23, appuyés par les Rwanda Defence Force (RDF), dont la présence et le soutien opérationnel dans cette zone ont été largement documentés. Le caractère massif de ces exécutions, leur organisation apparente ainsi que leur inscription dans un contexte de violences répétées contre les populations civiles de l’Est de la République démocratique du Congo constituent de graves violations du droit international humanitaire.
Le gouvernement provincial du Sud-Kivu estime que ces actes constituent des crimes de guerre au sens de l’article 8 du Statut de Rome de la Cour pénale internationale. Par leur ampleur, leur caractère systématique et leur insertion dans une attaque dirigée contre des populations civiles, ils relèveraient également de la qualification de crimes contre l’humanité, notamment au titre du meurtre et de l’extermination, conformément à l’article 7 du même Statut.
Enfin, le gouvernement provincial considère que ces massacres s’inscrivent dans une dynamique prolongée de violences planifiées et coordonnées visant des populations civiles congolaises. Le caractère massif des exécutions et leur répétition dans le temps constituent, selon lui, des éléments graves appelant un examen approfondi au regard de la Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide de 1948.
Ville stratégique dans le dispositif sécuritaire du gouvernement congolais au Sud-Kivu, Uvira était passée sous le contrôle de l’AFC/M23, renforçant ainsi l’emprise de la rébellion dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu. À la suite de fortes pressions exercées par les États-Unis d’Amérique sur Kigali, considéré comme le parrain de la rébellion de l’AFC/M23 et accusé d’avoir violé l’Accord de Washington, le mouvement rebelle s’était retiré de la ville.
Ce verrou sécuritaire est perçu comme un point clé, susceptible de faciliter une avancée vers l’espace du Grand Katanga, considéré comme le poumon économique de la République démocratique du Congo.
Clément MUAMBA