La séquence militaire observée cette semaine dans le territoire de Masisi confirme la fragilité du cessez-le-feu proposé par l’Angola et accepté par Kinshasa il y a tout juste une semaine.
Jeudi 26 février, une frappe de drone de l’armée congolaise visant une position de l’AFC/M23 à Nyabiondo a fait trois blessés graves parmi des civils, selon plusieurs sources locales contactées par ACTUALITE.CD. Le même jour, les villages de Chugi, Katobo et Kaniro, considérés comme stratégiques car verrouillant l’accès à la cité minière de Rubaya, sont repassés sous contrôle de l’AFC/M23 après de violents affrontements avec les milices Wazalendo.
Ces événements interviennent deux jours après la frappe qui a tué Willy Ngoma, porte-parole militaire de l’AFC/M23, près de Rubaya. Selon plusieurs rapports et sources diplomatiques cités par l’analyste Jason Stearns, l’attaque aurait fait au moins huit autres morts.
Pour Jason Stearns, conseiller stratégique d’Ebuteli, la portée politique de cette frappe est claire : “La conclusion la plus évidente est peut-être que le cessez-le-feu (…) semble déjà obsolète.” Il rappelle qu’au moins huit cessez-le-feu ont été déclarés depuis 2021 et que “rares sont ceux qui ont duré plus de quelques semaines”. Il l’a dit dans une chronique diffusée sur le site d’Ebuteli.
Le constat s’inscrit dans une dynamique plus large. En avril 2025, l’AFC/M23 et le gouvernement congolais avaient convenu de suspendre les combats jusqu’à la fin des pourparlers de Doha, toujours en cours près d’un an plus tard. Un accord de paix entre Kigali et Kinshasa a été signé à Washington en juillet 2025 puis réaffirmé en décembre. Parallèlement, une déclaration de principes puis un accord-cadre avaient été conclus à Doha entre le gouvernement congolais et l’AFC/M23.
Selon Jason Stearns, cette dynamique s’est effondrée début décembre lorsque, alors que les présidents Paul Kagame et Félix Tshisekedi se rendaient à Washington, les troupes rwandaises et celles du M23 ont lancé une nouvelle offensive majeure, rejoignant leurs alliés Twirwaneho dans les Hauts plateaux du Sud-Kivu et s’emparant d’Uvira. Les 31 janvier et 5 février, des drones ont également visé l’aéroport de Bangboka, à Kisangani.
Kinshasa a ensuite lancé fin janvier 2026 des attaques à grande échelle contre des positions du M23 et de l’armée rwandaise dans les Hauts plateaux du Sud-Kivu, avec l’appui des Wazalendo et de l’armée burundaise, manquant de peu de reprendre Minembwe. La frappe ayant tué Willy Ngoma s’inscrivait, selon l’analyste, dans une autre offensive menée dans le territoire de Masisi.
Malgré les accords signés en 2025, les points centraux du conflit n’ont pas avancé : l’accord RDC-Rwanda devait déboucher sur des opérations contre les FDLR et le retrait des troupes rwandaises. “Aucune de ces deux mesures n’a été mise en œuvre”, et le mécanisme conjoint de coordination de la sécurité ne s’est pas réuni depuis novembre. À Doha, seuls un protocole sur le cessez-le-feu, violé à de nombreuses reprises, et un autre sur l’échange de prisonniers politiques ont été signés, sans mise en œuvre. Les questions de fond, notamment l’avenir du M23 et le retour des réfugiés, n’ont pas été abordées.
Dans ce contexte, la reprise des combats à Masisi et l’intensification de la guerre des drones ne constituent pas un incident isolé, mais s’inscrivent dans une séquence de rupture engagée depuis décembre. Le cessez-le-feu apparaît ainsi moins comme un cadre stabilisé que comme un instrument diplomatique sans traduction militaire durable sur le terrain.