A Beni, le forum de paix sur la problématique ADF met en place des stratégies, notamment la création d’une task force « local defense »

Une vue de la ville de Beni lors d'une manifestation de la population contre l'insécurité
Une vue de la ville de Beni lors d'une manifestation de la population contre l'insécurité

Un forum provincial de paix de trois jours sur la problématique des islamistes ADF s'est clôturé ce mercredi 25 février 2025 à Beni, chef-lieu provisoire du Nord-Kivu. Plusieurs politiques en majorité des ressortissants de la région, des experts, des diplomates, des leaders communautaires et les forces vives ont pris part à ces assises dont l’une des résolutions est la mise en place d’une task force « local defense » qui reste à définir, pour mettre fin à la nébuleuse ADF qui a fait allégeance, il y a quelques années, à l'état islamique. 

Les participants ont aussi opté pour la sensibilisation de la population sur la collaboration avec les Forces Armées de la République Démocratique du Congo (FARDC) et la rupture de la chaîne de ravitaillement en luttant contre la désinformation et le discours de haine. Ils ont aussi exigé la poursuite des opérations militaires conjointes (FARDC-UPDF).

« Pour le gouvernement provincial, les résolutions sont entre autres l'élaboration d'un plan provincial intégré de lutte contre les ADF, la mise en place d'une task force de lutte contre le terrorisme qui tient compte des aspects communautaires, politiques, économiques et militaires. Aussi, appuyer pour l'organisation des audiences pour les jugements supplétifs des enfants ex-otages afin d'éviter l’apatridie, placer les mécanismes d'alerte précoce, créer une cellule numérique locale de lutte contre la désinformation, former les communicateurs militaires spécialisés, communiquer rapidement après chaque opération », peut-on lire comme résolutions dans le communiqué finale du forum qui a appelé à la restauration du mariage civilo-militaire.

La Monusco qui est également co-organisatrice de ce forum est appelée à « renforcer la sensibilisation sur son mandat et ses réalisations, appuyer les initiatives des leaders locaux dans la sensibilisation contre le terrorisme et l'extrémisme violent ».

Les participants ont, en outre, plaidé pour l'élaboration d'un plan Marshall pour la relance économique, au-delà d'autres recommandations de « former l'auto-défense locale et impliquer les wazalendo dans la traque des ADF, construire une prison uniquement pour les terroristes et d'en doter un personnel formé et construire un centre de déradicalisation pour la détraumatisation des ex-otages ».

Politisation du phénomène ADF, l'appel à l'unité

Les participants à la rencontre se sont surtout questionnés sur les raisons de l’enlisement du phénomène ADF dans la région (plus de 10 ans des tueries) en dépit de nombreuses opérations militaires. L’une des raisons, beaucoup ont préféré ignorer le phénomène optant pour la politisation, jusqu’à opposer les acteurs locaux.

Pour le général Evariste Somo, gouverneur du Nord-Kivu, le forum permettra de coaliser les efforts dans la lutte contre cette nébuleuse qui « a réussi à nous opposer les uns contre les autres et entre-temps le califat s'installe petit à petit ».

« Les ADF ne sont pas un groupe rebelle comme les autres. Ce sont des terroristes qui ont muté. L'État islamique finance les ADF. Des milliers des dollars ont transité par plusieurs pays dont la Somalie, l'Afrique du Sud, le Kenya, l'Ouganda jusqu’aux ADF. Des connexions ont été établies avec la branche islamique mozambicaine. Pendant ce temps, dans le silence de nos forêts se déroulent des tragédies dont on parle trop peu. Des enfants sont recrutés de force, endoctrinés et transformés en machine à tuer. Les ADF recrutent jusqu'à Uvira au Sud-Kivu, à Kindu au Maniema, à Kalemie, en Tanzanie, au Rwanda même en Centrafrique. La menace est réelle et trop sérieuse...Nous avons longtemps travaillé en ordre dispersé. Face à l'ennemi qui a le financement extérieur, les collaborateurs payés pour trahir, nous devons être unis », a souligné le gouverneur militaire.

Ayant ouvert le cadre de réflexion, Aimé Boji Sangara, président de l'assemblée nationale affirme que l'activisme des ADF impose un devoir collectif, « celui d'agir avec lucidité, détermination et unité ».

« Nous sommes dans une province débout. La menace que présente les ADF appelle à une approche globale, intégrée et multisectorielle combinant les dimensions sécuritaires, judiciaires, humanitaires et sociales tout en renforçant la coopération régionale. Elle exige également un engagement renouvelé en faveur de la gouvernance locale, de la cohésion communautaire pour la protection effective de la population », a-t-il plaidé.

Des participants interrogés par Actualite.cd souhaitent voir la fin du phénomène ADF qui massacre des civils depuis plus de dix ans dans la région. Ils attendent, à la fin du forum, un cadre de stratégie efficace pour anéantir la menace des islamistes.

Ce forum autour de la problématique des ADF s'est tenu après un début d'année 2026 secoué par les attaques sanglantes dans les territoires de Beni, Lubero et Irumu où plus de 100 civils ont perdu la vie en quelques semaines. Il a connu également la participation des armées congolaise et ougandaise, et des responsables des wazalendo.  

Lire notre dossier: Activisme des ADF à Lubero: 11 facteurs pour comprendre l’enlisement

Dieubon Mughenze, à Beni