Crise humanitaire dans l’Est de la RDC : en janvier, 40 personnes dont des déplacés sont mortes faute de soins de santé au village Namisha (Fizi)

Le bureau administratif du territoire de Fizi
Le bureau administratif du territoire de Fizi

À Namisha, village situé le long de la route nationale numéro cinq (RN5) au Sud-Kivu, 40 personnes sont décédées en janvier dernier faute d'accès aux soins de santé, a appris ACTUALITE.CD des sources sanitaires locales. Ce village enclavé du territoire de Fizi accueille des milliers de déplacés qui fuient des entités devenues théâtre de combats entre les Forces Armées de la République Démocratique du Congo appuyées par les wazalendo et les milices alliées aux rebelles de l’AC/M23.

La plupart des morts sont des déplacés de guerre qui hésitent à se rendre au poste de santé local faute de moyens financiers, confie, Faustin Kabembekwa Namugema, l'Infirmier titulaire du centre de santé Paopmi. La structure sanitaire manque d'appui, l’IT sollicite l'intervention du gouvernement congolais et ses partenaires pour juguler la crise sanitaire qui tue à petit feu. 

"Nous n'avons ni assistance des humanitaires ni une quelconque aide. Nous lançons une alerte car nous sommes fréquemment en rupture de stock de médicaments. La situation empire avec l'arrivée des déplacés. En un seul mois de janvier, nous avons enregistré 40 cas de décès communautaires dont des enfants et des femmes enceintes. Ils meurent coincés dans leurs maisons n'ayant pas les moyens de prendre en charge leurs soins médicaux. Ces morts sans diagnostic, c'est un danger pour toute la communauté. Pour arrêter cette hémorragie, il faut un appui pour la prise en charge gratuite des malades", a signifié à ACTUALITE.CD, l’Infirmier titulaire du poste de santé local. 

Dans ce poste de santé de trois chambres, poursuit-il, "le personnel soignant n’est même pas pris en charge". "Ici, nous sommes débordés. Pour quatre lits, nous avons présentement une dizaine de patients. Certains dorment à même le sol", a-t-il fait savoir, fustigeant le non paiement des services médicaux par les membres des groupes armés wazalendo et parfois leurs dépendants.

Il y a quelques jours, révèle le chef du village, Itabi Tsonga Songo, trois déplacés de guerre dont deux enfants ont trouvé la mort par manque de prise en charge médicale. 

"Les déplacés traversent des moments pénibles dans ce village. Ils n'ont ni à manger ni l'accès aux soins de santé encore moins l'eau potable. Ils se contentent parfois de petites plaquettes de comprimés achetées dans des pharmacies. En plus, nos deux structures sanitaires du village ont été récemment dévalisées par des porteurs d'armes pour des raisons non connues", a témoigné cette autorité coutumière.

Le village de Namisha qui arbore la vue de loin de la chaîne des montagnes de Mitumba reflète l'ampleur de la crise humanitaire dans le Fizi comme dans plusieurs autres entités. Sans source d'eau potable, les habitants se contentent des ruisseaux et l'économie locale vacille suite aux conflits armés persistants.

Pendant ce temps, la communauté humanitaire fait face à un déficit critique de financement, et est contrainte de prioriser strictement sa réponse cette année. Un appel urgent de 1,4 milliard USD a été lancé fin janvier afin de répondre aux besoins humanitaires dans le pays en 2026.

Selon les humanitaires et le gouvernement, ces ressources sont indispensables pour venir en aide à des millions de Congolaises et de Congolais pris au piège de l’une des crises humanitaires les plus prolongées et les plus négligées à travers le monde. À défaut de financements suffisants, la réponse humanitaire en 2026 sera recentrée sur 7,3 millions de personnes, parmi près de 15 millions ayant des besoins vitaux en assistance et en protection.

Lire: Fizi: l’escalade des tensions en décembre a provoqué d’importants mouvements de populations, affectant plus de 144 700 personnes déplacées et l’insécurité persistante retarde la fourniture d’une assistance vitale aux populations affectées (OCHA)

Dieubon Mughenze, envoyé spécial à Fizi