Alors que la République démocratique du Congo fait face à une crise sécuritaire persistante, marquée par l’agression rwandaise à travers la rébellion de l’AFC/M23, ainsi qu’à de fortes tensions politiques, la convocation d’un dialogue national inclusif, selon plusieurs acteurs sociopolitiques congolais, s’impose comme une étape décisive pour tenter de restaurer la cohésion nationale et refonder le consensus républicain.
À la suite des manœuvres diplomatiques orchestrées par João Lourenço, président angolais et président en exercice de l’Union africaine, en prélude à un dialogue en gestation, l’archevêque Israël Dodo Kamba, représentant légal des Communautés unies du Réveil (CUR), qui soutient cette initiative, estime que tout dialogue politique intégrant des personnes ayant pris les armes en dehors du cadre constitutionnel devrait être précédé par la mise en place d’une Commission vérité et réconciliation.
Au cours d’un entretien accordé à la presse le mardi 13 janvier 2026, le représentant légal des Communautés unies du Réveil (CUR), Israël Dodo Kamba, a affirmé que cette démarche permettrait à la République démocratique du Congo d’éviter la création d’un fâcheux précédent consistant à légitimer la voie des armes comme un moyen acceptable de présenter ses revendications et de faire entendre sa voix dans le pays. Selon lui, le dialogue demeure la meilleure opportunité pour fédérer les différentes opinions.
"Je l'ai dit plusieurs fois, le dialogue reste une voie pacifique et la meilleure pour converger les vues et mettre les gens ensemble. Fédérer, s'il faudrait le dire comme ça, de force, de faiblesse, c'est tout ce qu'on peut avoir. L'essentiel, faire avancer le pays. Mais dans l'entrée de temps, j'ai toujours été conséquent et réaliste. C'est là où j'ai dit, je veux bien qu'il y ait le dialogue, mais j'ai pensé à un préalable d'abord. Il y en a plusieurs, mais un préalable majeur que j'ai proposé, j'ai proposé qu'il y ait une mise en place d'une commission que j'appelle commission de vérité et réconciliation. Ici, nous parlons des gens qui, jusqu'à présent, retiennent d'autres territoires sous leur contrôle. Il n'y a pas d'entente", a fait savoir le représentant légal des Communautés unies du Réveil (CUR), Israël Dodo Kamba.
Pour l’archevêque Israël Dodo Kamba, la publication de la feuille de route, telle qu’effectuée par le duo CENCO-ECC et d’autres confessions religieuses, ne suffit pas. Selon lui, il faudra s’appuyer sur ses faiblesses afin d’en dégager un document plus consistant et plus solide.
"La feuille des routes qui avait été publiée, j'ai dit que c'était un piège simplement parce qu'il y avait beaucoup de faiblesse dedans. Il y avait beaucoup de choses qui pouvaient causer du tort au pays. Par exemple, quand ils ont parlé de l'opposition armée, cela n'est pas pris en charge par la constitution du pays. On ne peut pas parler d'une opposition armée. L'opposition a toujours été un acte démocratique qui n'a rien à voir avec les armes. Le problème, c'est que nous créons un mauvais précédent. C'est-à-dire que pour que quelqu'un fasse entendre sa voix et ses revendications, il faudrait qu'il touche aux armes. Et c'est là où ça fâche. Il faudrait voir l'avenir du pays", a ajouté l’archevêque Israël Dodo Kamba
Cet entretien a été l’occasion pour Israël Dodo Kamba de revenir sur l’importance de cette Commission ainsi que sur les différentes composantes appelées à y siéger
"De cette commission, il faudrait qu'il y ait une représentation de membres de la société civile. Nous parlons des confessions religieuses et quelques organisations de la société civile. Il y aura également quelques traditionnels et autres. Et sous la facilitation, l'accompagnement de l’union africaines et la MONUSCO, pour effectuer des déplacements vers ceux-là qui ont commis ces forfaits, la plupart des personnes que l'on cite derrière les armes. Alors, on les conscientise. On établit d'abord le fait et les responsabilités. Les gens qui ont tué. Ce n'est pas à applaudir… La voie à suivre, c'est de les conscientiser, établir les responsabilités, leur donner le moyen de réparer", a-t-il expliqué lors de son intervention
S’agissant des accords de Washington signés sous les auspices de l’administration Trump, et plus particulièrement du partenariat stratégique avec les États-Unis, si le président de la CENCO, Fulgence Muteba, s’est montré critique, Israël Dodo Kamba, pour sa part, s’est montré prudent, préférant encourager la coopération entre les deux États. Il a estimé que, s’il y avait des suggestions à formuler, celles-ci devraient intervenir après une analyse approfondie menée par leurs experts, sans verser dans la critique.
"Je n'ai pas eu d'éléments probants qui puissent prouver cette accusation. Mais à ce que je sache, de tout ce qui est à ma connaissance, ça a été une voie de remonter le niveau de notre pays. Absolument. C'est une question des intérêts. Entre nations, il n'y a pas d'amitié forcément. Ce n'est qu'une question des intérêts. Je crois que conséquemment de tout ce qui avait été proposé, le Congo sera en train de gagner en ce qui lui concerne. Parce qu'aujourd'hui, on ne peut pas se voiler la face, le Congo a plus besoin de l'Amérique que l'Amérique pour le Congo. Nous savons que ce que nous proposons, nous aurons en contrepartie les choses qui construisent notre pays. Et les Américains venir faire la guerre chez nous, ce n'est pas ça l'idéal", a fait savoir Israël Dodo Kamba
Et de poursuivre :
"Ils peuvent venir nous former. Ils ont assez d'expérience. Ils peuvent former notre armée, aider les Congolais à pouvoir être de taille face aux agressions d'autres pays. Et aussi, nous fournir les armes, nous faciliter quant à l'acquisition de certaines armes pour la défense de notre pays. Donc ça, ce sont des éléments stratégiques au niveau, n'est-ce pas, de la défense qu'on peut exhiber pour profiter au maximum.Honnêtement, honnêtement,... Vous savez, le Président, aujourd'hui, doit être conséquent. Moi, je le dis. Les accords qu'il est en train de signer, aussi longtemps que ça peut profiter à notre pays, nous apporter la paix, pour l'instant, on en a besoin. Je n'entre pas dedans parce qu'il n'y a pas assez d'éléments qui puissent vraiment nous alarmer sur cette question. Sinon, nos experts sont en train d'étudier cette question, au fait de ces rapports, les rapports des échanges et des accords qui ont été signés. Et si nous trouvons dedans des faiblesses, vous savez, on peut toujours prodiguer certains conseils pour pouvoir revoir d'autres articles s'il le faudrait. Je ne peux pas, c'est malveillant, c'est malpoli carrément d'envoyer un message à un autre chef religieux par la télévision".
Par ailleurs, Dodo Kamba estime que même les opposants ont un rôle à jouer dans le développement du pays et méritent également d’être écoutés. Selon lui, ils ne doivent pas être considérés comme des ennemis de la République.
"Ce sont des cerveaux. J'ai toujours cru en leur savoir-faire, à leurs capacités. Je ne pense pas. Tous peuvent apporter quelque chose. Je crois fermement à leur savoir-faire. Katumbi a fait preuve d'un citoyen qui aime son pays. Et Martin Fayulu , on n'en parle même pas. Delly Sesanga, j'ai eu l'occasion d'échanger avec lui. C'est un homme qui est plein d'idées, plein d'initiatives. Matata Ponyo a apporté quelque chose dans ce pays, nous savons que quand on parle de la bancarisation à un certain niveau, des fonctionnaires et tout ça… ce sont des gens, je dois le dire, qui doivent être consultés à un certain niveau", a indiqué Dodo Kamba
Et d'ajouter :
"Mais je pense, je pense qu'on peut toujours aider les gens à converger leurs idées, pour pouvoir reconstruire ensemble. Je crois que c'est possible que ceux qui tiennent les armes trouvent les bonnes raisons de les abandonner. J'ai dit bien les bonnes raisons de les laisser. Il ne faudrait pas les intimider et suivre une voie qui crée d'obstacles. En fait, ici, je dis, lorsqu'on établit des responsabilités. Et là, je propose une justice transitionnelle"
Appelé à poser des actes d’État pour convoquer un dialogue national à la suite de la publication de la feuille de route par les confessions religieuses, conçue pour appuyer les initiatives diplomatiques internationales menées par les États-Unis d’Amérique et le Qatar, le chef de l’État, Félix Tshisekedi, maintient sa position selon laquelle aucun dialogue ne peut être organisé en dehors de son initiative.
Sur la scène internationale, les initiatives diplomatiques progressent sur le papier, mais peinent à produire des résultats concrets sur le terrain, dans un contexte de tensions persistantes entre Kinshasa et Kigali, ainsi qu’entre Kinshasa et l’AFC/M23. Face à ce statu quo, l’AFC/M23 continue d’administrer de vastes pans du territoire national dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu.
Clément MUAMBA