À Kinshasa, les déclarations du journaliste Yves Abdallah Makanga continuent de susciter une vive polémique. Lors d’une intervention sur les antennes de la Radio Télévision Nationale Congolaise (RTNC), celui-ci a tenu des propos incitant les Congolais de la diaspora à s’en prendre à l’épouse et aux filles de l’ancien président de la Commission électorale nationale indépendante (CENI), Corneille Nangaa.
Dans ses propos tranchants, le journaliste a appelé la communauté congolaise vivant en Belgique, au Canada, en France où vivent la femme et les enfants de Nangaa d’etre intraitable avec elles. « La femme de Corneille Nangaa habite au Canada. Elle s’appelle Yvette, elle a trois filles. À Goma, on viole, tandis que ses enfants vivent tranquillement au Canada. Donc, on peut aussi violer la fille de Nangaa au Canada », a-t-il déclaré. Des propos choquants, que le journaliste a ensuite tenté de justifier en affirmant qu’il s’exprimait « en tant que simple citoyen » et non comme acteur politique.
Ces déclarations ont provoqué une onde de choc sur les réseaux sociaux, où de nombreux internautes dénoncent une incitation à la haine, à la violence et au crime. Pour recueillir l’avis de la population kinoise, le Desk Femme de ACTUALITE.CD s’est rendu dans les communes de Ngaliema et de Mont Ngafula.
À Mama Kona, dans la commune de Ngaliema, Edith Mubabi, mère de famille, se dit profondément choquée.
« Je n’ai pas aimé ces propos. Chaque personne doit répondre de ses propres actes. Cela ne concerne ni les enfants de Nangaa, ni sa femme, ni sa famille, qui sont innocents. C’est Nangaa seul qui doit rendre des comptes. Sa famille ne doit pas subir des violences », dit-elle.
Même son de cloche chez Chanchan Mutupa, journaliste à Educ TV. Pour lui, ces propos sont tout simplement inacceptables.
« C’est inconcevable pour quelqu’un qui se réclame de la presse officielle. Ce qu’il a dit à la télévision nationale est un appel à la haine et une incitation au crime, ce qui est puni par le droit national et international. Un journaliste ne peut pas appeler à la violence. Il doit être sanctionné par sa corporation, notamment l’UNPC. Le CSAC doit également agir, comme il l’a déjà fait par le passé en suspendant certaines émissions », souligne-t-il.
Il rappelle par ailleurs que le même journaliste avait déjà été suspendu de la RTNC après une émission au cours de laquelle le porte-parole des FARDC, le général Sylvain Ekenge, avait tenu des propos controversés sur les femmes tutsies.
À Mont Ngafula, Joséphine Kakese, informaticienne, condamne elle aussi fermement ces propos.
« C’est vraiment grave. On doit s’en prendre à Corneille Nangaa, pas à sa famille. Qu’est-ce qui prouve qu’il est toujours en couple avec sa femme ? Est-ce qu’il est en contact avec ses enfants ? Ce genre de discours peut provoquer des révoltes. Certaines personnes, surtout à l’étranger, peuvent passer à l’acte », craint-elle.
Dans la même commune, le couple Mushemuka partage ce point de vue.
« Il y a une différence entre Nangaa, sa femme et ses enfants. Un mari peut poser des actes sans consulter sa femme. Dire qu’on peut s’en prendre à ses enfants ou à son épouse, c’est mal parler. Au contraire, ils doivent être protégés. La Bible nous enseigne que la faute est individuelle », affirme-t-il.
Deborah Misser Galanga, stagiaire