Arrestations et interpellations dénoncées par l’opposition : « Tout citoyen qui enfreint la loi doit en répondre » (Guillaume Ngefa)

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Guillaume Ngefa

L’environnement sociopolitique congolais est marqué, depuis plusieurs mois, par une série d’arrestations de figures politiques de l’opposition. Ces interpellations, qualifiées par certains sympathisants d’« enlèvements », sont attribuées aux services spécialisés de l’État. Si, de manière générale, les motifs de ces arrestations restent méconnus du grand public, plusieurs hypothèses circulent, évoquant notamment des soupçons d’atteinte à la sûreté de l’État. La durée prolongée de certaines détentions alimente également les critiques.

Interrogé à ce sujet lors d’un briefing de presse tenu le jeudi 8 janvier 2025, le ministre d’État, ministre de la Justice et garde des Sceaux, Guillaume Ngefa, a d’emblée rappelé l’importance du respect strict des textes légaux. Concernant les arrestations des opposants, il a assuré qu’il veille personnellement à ce qu’elles se déroulent dans le strict respect de la loi et des procédures prévues par la législation congolaise.

« Nous sommes dans un État de droit. Chaque citoyen qui enfreint la loi doit en répondre. Nous avons également une législation sur le numérique. Aujourd’hui, certains se permettent d’insulter, de calomnier et de diffuser n’importe quoi sur les réseaux sociaux. Or, lorsqu’on pose un acte, il faut être conscient des conséquences. En ce qui concerne les opposants, nous appliquons la politique du pays dans l’administration de la justice. Nous veillons à ce que toute procédure soit légale », a déclaré Guillaume Ngefa.

Abordant la question des arrestations liées à des soupçons d’atteinte à la sûreté de l’État, le ministre a évoqué l’existence de détentions administratives, applicables pendant la phase d’enquête. Sans citer de noms, il a indiqué que certains généraux interpellés pour les mêmes motifs ont déjà franchi cette étape. Ces derniers ont été transférés à la prison militaire de Ndolo, en attendant l’ouverture de leurs procès.

« Lorsqu’il s’agit de questions liées à la sécurité de l’État, il existe des détentions administratives. Les enquêtes peuvent prendre du temps, mais nous, au niveau de la justice, veillons toujours à ce que la situation soit régularisée. À titre d’exemple, certains généraux sont aujourd’hui détenus à la prison militaire de Ndolo, après de longues enquêtes, et ils seront jugés », a-t-il précisé.

Poursuivant son intervention, Guillaume Ngefa a rappelé le rôle consultatif de son ministère auprès du gouvernement.

« Nous sommes les conseillers juridiques du gouvernement. Notre rôle est d’attirer l’attention et de donner des conseils afin que seule la légalité prévale. Certains parlent d’enlèvements, mais, dans bien des cas, il s’agit d’arrestations suivies d’enquêtes. Plusieurs personnes sont d’ailleurs libérées, mais cela est rarement relayé. Nous suivons tous ces dossiers. Nous ne pouvons pas nous interférer dans le travail des officiers de police judiciaire, mais nous nous assurons qu’en l’absence de preuves, les personnes soient libérées, et qu’en présence de preuves, les affaires soient portées devant les juridictions compétentes », a-t-il ajouté.

Ces déclarations interviennent dans un contexte de tensions politiques. Plusieurs membres de l’opposition, notamment du Parti du peuple pour la reconstruction et la démocratie (PPRD), ont été interpellés par les services de renseignement. Le parti de l’ancien président Joseph Kabila est accusé de soutenir la rébellion de l’AFC/M23.

Un collectif d’avocats, conduit par Me Jean Mbuyu — cadre du PPRD et ancien conseiller spécial de Joseph Kabila en matière de sécurité — a saisi le ministre de la Justice pour réclamer la libération d’Emmanuel Shadary, de Dunia Kilanga et de Kamizelo. Le groupe s’est réuni à l’esplanade du Palais de justice, à proximité du cabinet du ministre, pour une déclaration publique.

Par ailleurs, plusieurs hauts officiers des Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC) ont été transférés cette semaine à la prison militaire de Ndolo, à Kinshasa, à l’issue d’une enquête de six mois menée par les experts du Conseil national de cyberdéfense (CNC), qui affirme disposer de preuves irréfutables.

Parmi les personnes poursuivies figurent le lieutenant-général Franck Buamunda Ntumba, ancien chef de la Maison militaire du président Félix Tshisekedi, le général-major Christian Ndaywel Okura, les généraux de brigade Benjamin Katende Batubadila et Antoine Longondjo Lobandji, alias « Lolo », ainsi que le colonel Jules Boele Bagolome et le major Jean-Lambert Embole Ngondili. Des civils sont également cités, notamment Jean Marcel Kabeya Mbuyi, John Safari Bigarura, John Mbu-Letang et le lieutenant-colonel Ada Sebakungu.

Ils sont poursuivis pour plusieurs chefs d’accusation, notamment association de malfaiteurs, complot contre le chef de l’État, tentative d’assassinat, trahison par intelligence avec une puissance étrangère, violation des consignes, clientélisme, diffusion de fausses informations, offense au président de la République, incitation à la rébellion et tribalisme.

Cette affaire s’inscrit dans un contexte de réorganisation et de purges au sein de la hiérarchie militaire, amorcées depuis l’année 2025.

Clément Muamba