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Kinshasa : « Ya Mado », un phénomène qui refait surface?

À Kinshasa, le phénomène « Ya Mado » prend de l'ampleur depuis quelques années. Des femmes et des  jeunes filles ont recours aux produits pharmaceutiques, aux plantes médicinales et même aux ingrédients de cuisine pour avoir des rondeurs. Vendeuses, clientes,  simples observatrices, des femmes s’expriment sur ce phénomène.

« J'habite à Lemba. Pour rencontrer mes clientes, je propose des rendez-vous dans un espace à Kintambo. Nous avons commencé à offrir nos services aux clientes de Kinshasa en 2016. Nous proposons une boîte de 30 suppositoires à 40 dollars, une plaquette de 10 comprimés à 25 dollars. La crème et  les huiles de massage coûtent 25, 30 et 40 dollars selon le nombre de grammes Nos produits sont vendus à toutes les femmes de plus de 18 ans» confie Getou qui  est le point focal à Kinshasa d'une maison brazzavilloise spécialisée dans la vente de ces produits. 

Le mode de fonctionnement est simple, tout se passe via les réseaux sociaux. On trouve un numéro de téléphone sur la page Facebook des vendeuses. Cela va faire trois ans que Getou organise des rencontre avec ses clientes kinoises. Elle explique comment s’y prendre pour avoir des résultats probants en une courte durée.  « Pour atteindre des bons résultats, chaque cliente doit prendre deux fois le même produit en 10 jours d’intervalle. Nos colis proviennent  d'Abidjan en Côte d'Ivoire et des États-Unis.»

Ce que les femmes en disent

En dehors des produits vendus par certaines maisons spécialisées, certaines n’hésitent pas à utiliser des ingrédients de cuisine, chose que déplore Antho Bongando, agent de l'Etat.  «Toutes ces pratiques nuisent à la santé des utilisatrices. Ces cubes que nous utilisons pour la cuisine, des jeunes filles commencent à les utiliser pour élargir leurs bassins. Quelques années après, le cancer va certainement affecter leurs parties intimes

Bijoux, est vendeuse, elle raconte ce qu’elle a pu observer dans une pharmacie.  « Il faut que les autorités interdisent ces pratiques à Kinshasa. Un jour dans une pharmacie, j'ai rencontré une jeune femme. Elle venait d'acheter quelques produits sous forme de sirop et comprimé. Elle a tout mélangé sur place, elle a vite avalé avant de s'en aller. Le pharmacien m'a dit qu'elle le faisait pour prendre du poids (...) Je connais aussi des femmes qui utilisent des suppositoires. Plus tard, elles ne sauront pas contrôler les fuites urinaires et fécales. Toute contrefaçon de la nature amène toujours des conséquences néfastes » s’offusque-t-elle.

 

Les produits pharmaceutiques partagent la vedette avec les produits naturels auxquels certaines femmes font recours. Nombreuses sont celles qui en soutiennent l’usage, c’est le cas de Astrid Amba. « Quand nous étions jeunes, on utilisait des produits naturels. La médecine traditionnelle soigne plusieurs maladies et ne s'accompagne presque pas de conséquences néfastes. Ce que les usines fabriquent contiennent des éléments chimiques. Si une femme fait recours aux produits traditionnels, il n'y aura pas de conséquences » déclare cette mère de famille.

Suivre de près les instructions

« Nous vendons des produits en liquide, poudre, des savons, les noix de cola et des plantes médicinales. De 100 francs à 10.000 francs congolais. Pour l'élargissement du bassin, nous proposons des pommades, des pilules et comprimés en provenance du Nigéria à 10.000 francs et 5.000 francs,”. explique Olga Kimbwe en  poursuivant « nos produits n'ont aucune conséquence lorsque la cliente suit de près nos instructions (respecter la cure et les intervalles, revenir auprès de la vendeuse de temps en temps, savoir que les anticorps peuvent résister dans un premier temps..). Depuis que je me suis engagée dans ce commerce, je n'ai enregistré aucune plainte » rassure-t-elle.

En dehors des plantes, des produits naturels et autres éléments cités précédemment, certaines femmes et jeunes filles ont recours aux « boudchous », un nouveau qualificatif pour s’ajouter des  fesses et avoir des rondeurs.

Prisca Lokale