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Mapendo ou l’art de se reconstruire après un viol

Mardi 30 juillet 2019 - 19:34
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Mapendo, se reconstruire apres le viol

Habitant le territoire de Rutshuru, l’une des régions assiégées par des groupes armés dans l’Est de la RDCongo, Mapendo a été violée, il y a trois ans, par deux hommes armés. Les faits se sont déroulés  alors qu’elle labourait son champ non loin de l’agglomération de Kiwanja, dans la province du Nord-Kivu.

Aujourd’hui, Mapendo tente de se reconstruire mais elle explique qu’elle souffre toujours de ces horreurs et  affirme qu’elle réapprend à vivre après l’épreuve traumatisante qu’elle a traversée. «Avoir été violée est un évènement extrêmement douloureux, mais je cherche à reconstruire ma vie…et cela en exprimant mes émotions et en exerçant en même temps des petites activités économiques pour la survie de ma famille », explique-t-elle, accroupie devant son étalage.

La cinquantaine, elle fait savoir que son mari l’a abandonnée après avoir appris qu’elle avait été violée. Mapendo explique qu’elle a eu une double peine : celle de subvenir aux besoins de sa famille et ensuite prendre soin d’elle-même après le viol. « Cela n’a donc fait que raviver une plaie qui me faisait tellement souffrir, mais je n’avais pas de choix », se morfond-elle.

Malgré les regards et la stigmatisation au sein de sa communauté, elle a décidé de parler de sa situation à une autre femme qu’elle estimait plus sage dans son quartier. « Cette femme m’a beaucoup aidé. Elle devait aussi s’occuper de sa famille parce qu’elle avait été abandonnée par son mari… elle m’a sûrement appris à dire ce que je ressentais et à supporter les séquelles du viol sans en souffrir plus», confie Mapendo avant d’ajouter « petit à petit, j’ai commencé à fréquenter les gens et surtout des groupes solidaires comme des associations villageoises d’épargne et de crédit. C’est ainsi que j’ai pu réaliser des petites activités commerciales »

Mapendo a certainement mis du temps, mais elle estime que « son combat pour revivre » commence à porter des fruits bien que ses conditions de vie n’aient pas beaucoup changer. Dans son quartier, elle est actuellement connue « la vendeuse des braises et des épices ». Et finalement, avoue-t-elle à Actualite.CD, « j’ai décidé de partager mon témoignage pour aider d’autres femmes victimes de violence sexuelle, à guérir de leur traumatisme et à se reconstruire

Joseph Tsongo