Dans les ruelles aurifères de Mongbwalu, dans la province de l’Ituri, le socio-anthropologue Alain Alithum, mobilisé par l'OMS, livre un combat quotidien qui transcende la simple sensibilisation. Confronté à une épidémie de la maladie à virus Bundibugyo dont le taux de létalité tourne autour de 48 %, il parcourt les foyers pour écouter les peurs, briser les tabous et convaincre les familles récalcitrantes de se rendre au Centre de traitement Ebola (CTE).
Briser le mythe du « mouroir »
Dans une communauté où l'ambulance est souvent perçue comme un corbillard, l'écoute patiente d'Alain s'est révélée décisive pour sauver des vies, à l'instar de Francine Mave, convaincue qu'on ne revenait jamais vivant du CTE. Grâce à un dialogue de proximité, il a personnellement favorisé la prise en charge des dizaines de personnes, transformant d'anciens réticents en de véritables ambassadeurs de la santé.
« J’interviens sur les situations les plus difficiles et stratégiques qui ne trouvent pas de solution. Je ne fais pas de sensibilisation de masse. Mais je suis chaque jour dans la communauté », explique Alain Alithum.
Une légitimité locale au service de vie
Grâce à sa connaissance intime du terrain et à son ancrage dans cette région minière, Alain bénéficie d'une confiance précieuse qui lui permet de désamorcer les tensions et de mobiliser les leaders locaux (chefs d'avenue, guéris, tradipraticiens) pour sauver des vies, tissant parfois des liens indéfectibles au cœur du drame.
« J’ai perdu ma femme et mon fils, mais j’ai gagné un frère. Ebola passera, mais notre amitié restera », témoigne Gashamba Mugisha Muzungu, un habitant sauvé de justesse après l'acharnement bienveillant du socio-anthropologue.
Huit provinces de la RDC sont touchées par l’épidémie d’Ebola : Ituri, Tshopo, Nord-Kivu, Sud-Kivu, Haut-Uele, Bas-Uele, Sud-Ubangi et Nord-Ubangi. Au 2 novembre, 5 165 décès étaient enregistrés, selon les chiffres officiels.
Freddy Upar, à Bunia