Patrick Muyaya, porte-parole du gouvernement, a déclaré mercredi 4 novembre, que la rébellion du Front pour la refondation de la nation (FRN) avec à sa tête, l’ancien président de la République Joseph Kabila, n’arrivera pas à Kinshasa, capitale du pays. Ce, alors que l'implication, désormais claire, de M. Kabila fait craindre au sein d’une certaine opinion, une conquête rapide de terrain par la rébellion qui contrôle déjà de vastes territoires dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu.
Le ministre estime par contre que l’officialisation de Kabila à la tête du FRN constitue une preuve que le conflit se dirige vers sa fin, au regard des dispositifs mis en place par le gouvernement pour faire face à cette crise sécuritaire.
« J’ai envie de vous rassurer qu’ils n’arriveront pas à Kinshasa. Parce que ce conflit, nous l'avons toujours vécu comme une forme d’humiliation, parce que c’est inacceptable que cette situation perdure. Avec le président Tshisekedi, nous avons monté une stratégie qui nous permet aujourd’hui d’atteindre le point final de ce conflit. Si vous avez vu la sortie du président honoraire, en réalité, il sort comme un joker. Quand on sort le joker, c’est qu’on est arrivé à bout », a déclaré Patrick Muyaya qui s’exprimait devant des congolais vivant à Londres à l’occasion du sommet Royaume Uni-RDC.
Pour le porte-parole du gouvernement, Joseph Kabila a pour mission de congoliser la rébellion qui est soutenue par le Rwanda depuis 2021.
« Parce que le président rwandais, lorsqu’il commence ses conflits en novembre 2021, il n’y a aucun Congolais qui apparaît. Plus nous montions dans notre stratégie, plus il voulait avoir des apparents. Il a pris celui qui était à la tête de la CENI (NDLR : Corneille Nangaa). Ensuite, il a recruté celui qu’il a recruté pour penser que l’agression allait changer de statut. Ce que vous devez savoir, c’est qu’il n’y a pas de rébellion en RDC. C’est bel et bien une agression rwandaise. C’est clair. Ensuite, le président honoraire qui est apparu, en réalité, pour nous, il était déjà là. C’est le fils aîné ».
Par ailleurs, M. Muyaya note que l'entrée en jeu de Joseph Kabila intervient dans un contexte où Kigali éprouve déjà d'énormes difficultés, notamment avec les sanctions qui lui sont imposées.
Alors que la rébellion actuelle est parfois justifiée par les velléités du régime de Félix Tshisekedi de vouloir changer la Constitution, Patrick Muyaya voit les choses autrement, rappelant que cette crise a surgi en 2021, à une époque où il n'y avait pas encore de débats sur la réforme constitutionnelle.
« Le président honoraire qui arrive, il n’a pas d’armée. Il va compter sur l’armée rwandaise. Tout ce qu’il a, c’est l’argent pris au Congo, dont il veut se servir pour tuer des Congolais. J’entends les débats sur la Constitution, lorsque cette guerre a commencé en 2021, il n’y avait pas de débat sur la Constitution. La guerre qu’on nous fait ici, c’est une guerre économique pour maintenir le processus de pillage qui a commencé depuis 30 ans », a fait savoir Patrick Muyaya.
En République démocratique du Congo (RDC), un nouveau mouvement politico-militaire dénommé Front pour la refondation de la nation (FRN) a vu le jour lundi 12 octobre 2026 à Goma, chef-lieu de la province du Nord-Kivu. Ce mouvement, appuyé par le Rwanda et qui succède à l’AFC/M23 est désormais présidé par Joseph Kabila Kabange, ancien président de la République. Il est secondé par Corneille Nangaa et Bertrand Bisimwa, tous deux nommés vice-présidents.
Selon la composition annoncée, Emmanuel Sultani Makenga conserve ses fonctions de chef d’état-major général de la branche armée, avec rang de vice-président. Freddy Kaniki occupe le poste de secrétaire général, tandis que Benjamin Mbonimpa, chargé des négociations de l’AFC/M23 dans le cadre du processus de paix de Doha, devient secrétaire général adjoint. Enfin, Désiré Rukomera est nommé secrétaire permanent du Collège des fondateurs.
Cette mutation de l’AFC/M23 en FRN intervient dans un contexte où, malgré les initiatives diplomatiques en cours, les processus de Washington et de Doha, appuyés par l’Union africaine, peinent à produire les résultats escomptés sur le terrain. Parallèlement, des divergences de vues persistent avec Kinshasa autour de l’initiative du dialogue national pour la paix, la stabilité et la refondation de la nation.
Clément MUAMBA