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Swan-Kabila à Goma : le FRN accuse Kinshasa de multiplier les opérations militaires sur plusieurs fronts en violation des engagements de Doha

James Swan et Joseph Kabila

La direction du mouvement politico-militaire Front pour la refondation de la nation (FRN) dirigé par l’ancien président de la République Joseph Kabila a reçu ce mardi 3 novembre à Goma, chef-lieu de la province du Nord-Kivu, une délégation de la Mission de l’Organisation des Nations unies pour la stabilisation au Congo (MONUSCO), conduite par son chef, l’ambassadeur James Swan. Au centre des échanges figuraient notamment la situation sécuritaire dans l’Est de la RDC, le processus de paix de Doha, le mécanisme de suivi du cessez-le-feu ainsi que les préoccupations du mouvement concernant l’avenir de la Constitution congolaise.

Selon le compte rendu présenté à la presse par Bertrand Bisimwa, vice-président du FRN, la délégation du mouvement, composée notamment de Joseph Kabila, de Corneille Nangaa et de Moïse Nyarugabo, a fait part à son interlocuteur onusien de ses inquiétudes face à ce qu’elle considère comme une multiplication des opérations militaires des forces gouvernementales sur plusieurs lignes de front, en violation des engagements pris dans le cadre du processus de paix de Doha.

« Nous avons également parlé de l’activisme militaire du régime de Kinshasa sur toutes les lignes de front aujourd’hui, où nous avons non seulement la reprise des attaques sur les lignes de front, mais où il crée également de nouvelles zones de tension, de nouvelles attaques à de nouveaux endroits. À ce niveau-là, nous avons tenu à parler, par exemple, de l’axe Kaziba, où la coalition militaire FARDC, wazalendo, l’armée burundaise ainsi que les mercenaires sont très actives », a dénoncé Bertrand Bisimwa.

Les zones concernées par les violences sont dans les territoires de Fizi, Mwenga, Shabunda, Walungu, Uvira et Kalehe (Sud-Kivu), Masisi, Walikale, Lubero (Nord-Kivu.

« Il y a l’axe Katogota et Luvungi, où, depuis quatre ou cinq jours, ils sont en train d’amasser de nouvelles troupes et ont déjà commencé les attaques. L’axe Mwenga et Kasika, par exemple, où les attaques sont en cours depuis quelque temps. Il y a aussi l’axe Shabunda, l’axe Bunyakiri, la route du parc, où, ce matin encore, il y a eu des attaques. L’axe Walikale, côté Kinyumba, l’axe Pinga-Mpeti, l’axe Lubero-Katondi. Là, c’était calme depuis un certain temps, mais, depuis ce matin déjà, il y a des attaques aux drones et des troupes au sol », a fait savoir Bertrand Bisimwa.

Et de poursuivre :

« Il y a l’axe Minembwe. Vous savez déjà que Point Zéro et Rugezi sont en train d’être attaqués depuis toute la nuit d’hier jusqu’à aujourd’hui. Il y a eu des bombardements aux drones et les attaques se poursuivent même jusqu’à maintenant. Axe Masisi, axe Kalehe. Évidemment, tout cela est suivi par la propagande du régime de Kinshasa, où il assume ses actes, il assume ses actions et il ne compte pas les arrêter. »

Face à cette situation, Bertrand Bisimwa estime que pour Kinshasa, le processus de paix ne signifie rien. Il accuse le gouvernement congolais de ne pas respecter ses engagements et de privilégier les opérations militaires au détriment des négociations, dans le but de reconquérir les villes de Goma (Nord-Kivu) et de Bukavu (Sud-Kivu).

La situation humanitaire dans les hauts plateaux du Sud-Kivu, particulièrement dans la région de Minembwe, a également occupé une place importante dans les préoccupations présentées à James Swan, chef de la MONUSCO.

« Il rêve de prendre Goma, il rêve de prendre Bukavu. Donc, pour lui, le processus de paix ne veut rien dire. Ce qu’il a signé à Doha, les engagements qu’il a pris, il ne les respecte pas. Nous avons informé nos interlocuteurs que le FRN était dans la logique de la paix, mais qu’il ne supporterait pas ces attaques. Vous savez que cela fait déjà presque un mois ou plus qu’ils ont rétabli le blocus autour de Minembwe, ou à Minembwe. Maintenant, au moment où je vous parle, jusqu'à ce matin, des gens continuent à mourir de faim. Les malades meurent parce qu’il n’y a pas de médicaments », a fait savoir Bertrand Bisimwa.

Au cours de cette rencontre, le FRN a souhaité que les préoccupations exprimées lors des échanges soient portées à la connaissance du Conseil de sécurité des Nations unies et de l’ensemble de la communauté internationale. Pour Bertrand Bisimwa, le chef de la MONUSCO constitue un interlocuteur privilégié pour faire entendre ces préoccupations auprès des instances internationales.

« Les bombardements qu’il y a eu, par exemple, toute la nuit d’hier à aujourd’hui, ont fait autant de morts et de blessés. Les blessés sont en train de mourir parce qu’ils ne peuvent pas accéder aux médicaments. Ils n’ont aucun soutien médical. Nous n’attendrons pas que tous ces morts se comptent pour qu’on vienne nous dire que voilà, nous avons été incapables de sauver nos concitoyens. Nous avons donc exprimé tout cela à l’ambassadeur Swan et nous pensons qu’il est le canal le plus approprié pour informer également le Conseil de sécurité et toute la communauté internationale », a affirmé M. Bisimwa

Cette rencontre intervient dans un contexte de poursuite des initiatives diplomatiques visant à mettre fin aux violences dans l’Est de la RDC. Elle s’inscrit également dans la continuité des contacts entre la MONUSCO et l’ancienne coalition AFC/M23, notamment autour de la protection des civils, de l’accès humanitaire et du mécanisme de vérification du cessez-le-feu. Il s’agit de la première rencontre entre la mission de l’ONU en RDC et cette rébellion, appuyée par le Rwanda, sous sa nouvelle appellation de FRN.

Clément MUAMBA