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RDC : à Kolwezi, des habitants traînent COMMUS et l’État congolais en justice pour pollution minière

Photo d'illustration

Une bataille judiciaire aux enjeux environnementaux et sanitaires majeurs s’ouvre à Kolwezi, dans la province du Lualaba. Des habitants vivant à proximité de la mine de cuivre et de cobalt exploitée par COMMUS ont décidé de saisir la justice pour obtenir réparation des préjudices qu’ils attribuent aux activités de cette entreprise minière contrôlée par le géant chinois Zijin Mining.

Au total, 27 personnes, parmi lesquelles figurent huit enfants, mettent en cause la responsabilité de COMMUS, mais également celle de l’État congolais et de l’Agence congolaise de l’environnement (ACE). Les plaignants reprochent notamment aux autorités leur insuffisance dans la surveillance des activités minières et l’application de la législation environnementale.

La première audience publique, tenue ce mardi 3 novembre devant le Tribunal de commerce de Kolwezi, a essentiellement porté sur des questions de procédure. Le fond du dossier n’a donc pas encore été examiné et l’affaire se poursuit.

Des habitants dénoncent la dégradation de leur environnement

Au cœur de cette procédure se trouvent les conditions de vie des populations installées aux abords du complexe minier de COMMUS. Les requérants affirment que leurs conditions d’existence se sont considérablement détériorées sous l’effet des pollutions qu’ils imputent aux activités de l’entreprise.

Marie, prénom d’emprunt, mère de huit enfants et l’une des plaignantes, décrit la transformation de son environnement depuis l’arrivée de la société minière.

« COMMUS nous a trouvés ici. Avant, nous vivions bien. Nous pêchions, des légumes poussaient naturellement le long du ruisseau et nous utilisions son eau pour cuisiner et nous laver. Mais COMMUS a pollué notre ruisseau, l’a obstrué et en a détourné le cours », témoigne-t-elle.

Elle évoque également les conséquences sur la vie quotidienne des familles riveraines : 

« Maintenant, nous ne trouvons plus de poissons parce que l’eau contient de l’acide, et nous laver avec cette eau provoque des problèmes de peau. Quand on sort prendre l’air, on ressent une irritation au visage. Nous avons demandé aux autorités de venir constater ce qui se passe, mais nous n’avons jamais reçu d’aide. »

Les habitants dénoncent par ailleurs leur manque d’accès aux informations relatives aux risques environnementaux de la mine. Ils affirment notamment ne pas avoir pu consulter l’étude d’impact environnemental et social (EIES) de COMMUS, alors que la législation minière congolaise prévoit l’accessibilité publique de ces documents.

Des études scientifiques mettent en évidence des niveaux élevés de pollution

Cette action judiciaire s’appuie notamment sur des études scientifiques indépendantes menées par l’ONG britannique RAID et l’organisation congolaise AFREWATCH, publiées en juin 2026.

Les recherches réalisées par les scientifiques de Source International ont relevé des niveaux préoccupants de pollution de l’air et de l’eau à proximité de COMMUS et d’autres exploitations minières industrielles de la région.

À l’école Galaxy, située près de la mine et fréquentée par environ 1 500 enfants, les mesures ont révélé des concentrations de particules fines PM2,5 proches de trois fois la limite journalière recommandée par l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Les poussières analysées présentaient également des concentrations élevées de cuivre et de cobalt, avec une signature chimique associée aux activités minières industrielles.

Les résultats d’un autre dispositif de surveillance installé en septembre 2026 dans le quartier Musonoi sont tout aussi préoccupants. Selon les données recueillies en septembre et octobre, les concentrations moyennes de PM2,5 dépassaient de plus de cinq fois la limite journalière recommandée par l’OMS. Une journée a même enregistré une moyenne quotidienne atteignant huit fois cette référence.

Les scientifiques ont également relevé une forte acidité de l’eau et des concentrations élevées de métaux dans un puits communautaire situé à proximité de l’installation de stockage des résidus miniers de COMMUS.

Près de 6,3 millions USD de réparations réclamées

Sur le plan judiciaire, les requérants sollicitent la reconnaissance de la responsabilité conjointe de COMMUS, de l’État congolais et de l’Agence congolaise de l’environnement pour les dommages qu’ils attribuent à la pollution minière.

Ils réclament près de 1,3 million de dollars américains en réparation des préjudices individuels, notamment les problèmes de santé, les frais médicaux, les pertes de revenus et le préjudice moral. À cette somme s’ajoutent 5 millions de dollars destinés à la restauration de l’environnement dégradé.

Au-delà des indemnisations financières, les habitants demandent au tribunal d’ordonner à COMMUS de mettre fin aux pollutions dommageables, de procéder à la dépollution des eaux et des sols, de garantir l’approvisionnement en eau potable des communautés et de financer une étude indépendante sur les effets de ses activités sur la santé des riverains.

Ils plaident également pour un renforcement du contrôle des autorités publiques et la publication des principales études environnementales ainsi que des données relatives au suivi de la pollution.

Pour Jean-Pierre Lwamba, directeur des programmes des droits humains d’AFREWATCH, cette procédure marque une nouvelle étape dans la recherche de justice pour les populations affectées par les activités minières.

« Les communautés vivant à proximité de ces mines expriment leurs préoccupations depuis des années, mais trop souvent elles n’ont reçu que peu ou pas de protection », déplore-t-il.

Il estime que les preuves scientifiques indépendantes permettent désormais aux habitants de porter leurs revendications devant les juridictions afin d’obtenir la dépollution des zones affectées et des mesures destinées à prévenir de nouveaux dommages. En attendant la réaction de COMMUS, la procédure reste en cours au niveau de la justice, à Kolwezi. 

José Mukendi


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