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Mines/Lualaba : le ministre Watum face au défi de l’équilibre entre près d’un million de creuseurs artisanaux et les miniers industriels

Photo d'illustration

La pression de l’exploitation minière artisanale sur les activités industrielles reste un défi majeur au Lualaba. Avec près d’un million de creuseurs artisanaux dans la province, la question de l’organisation des activités et du partage des retombées minières s’impose au cœur des relations entre les communautés locales et les entreprises industrielles. C’est l’un des sujets abordés mercredi 28 octobre à Kolwezi, lors d’une rencontre entre le ministre des Mines, Louis Watum Kabamba, et les opérateurs miniers industriels.

Pour le ministre, les entreprises ne peuvent pas fonctionner en marge des réalités sociales qui entourent leurs installations. « En tant qu’industriels, nous ne devons pas penser que vous évoluez dans un îlot complètement isolé de tout ce qui se passe autour de vous », leur a-t-il rappelé.

Au-delà de la sécurisation des investissements, Louis Watum a insisté sur la nécessité de mieux intégrer les populations locales aux retombées de l’exploitation minière. Il a notamment évoqué le contraste entre les richesses produites par le secteur et les conditions de vie des communautés riveraines. « Après 120 ans de mining dans ce pays, chaque site minier continue à demeurer un îlot de prospérité pour une élite liée à l’investisseur, mais est entouré des misères, des pauvres, des désespoirs pour des millions de Congolais », a-t-il déclaré.

Le ministre a également mis en garde les opérateurs contre les conséquences d’une marginalisation persistante des communautés. Selon lui, l’absence de réponses aux préoccupations sociales pourrait provoquer des tensions susceptibles de perturber leurs activités. Il a ainsi estimé que les forces de sécurité ne pourraient pas, à elles seules, contenir une éventuelle mobilisation massive des creuseurs.

Pour prévenir ces tensions, plusieurs pistes ont été évoquées : la viabilisation des zones d’exploitation artisanale (ZEA), l’accompagnement technique et financier des coopératives minières, la formation professionnelle et le développement d’activités économiques alternatives. Le gouvernement appelle ainsi les entreprises industrielles à contribuer davantage à l’encadrement de l’exploitation artisanale.

La participation des Congolais au capital, un autre point de tension

La rencontre a également porté sur la participation des Congolais au capital des entreprises minières. Louis Watum a rappelé que cette disposition figure dans le Code minier révisé de 2018 et qu’elle ne relève pas d’une nouvelle décision de son ministère. « Ce n’est ni une invention du ministre des Mines ou un changement de direction du gouvernement de l’État congolais, c’est un prescrit de la loi depuis le Code révisé de 2018 », a-t-il insisté.

Le ministre a reconnu que les opérateurs avaient soulevé des préoccupations, notamment sur les conséquences financières et les aspects juridiques de cette mesure. Il a toutefois estimé que ces réserves ne devaient pas empêcher son application. Un projet de décret, élaboré à l’issue des discussions avec les parties prenantes, a été transmis à la Chambre des mines pour d’éventuels amendements.

Louis Watum a indiqué qu’un délai supplémentaire pourrait être accordé aux entreprises pour poursuivre les discussions, tout en affirmant que le processus devait désormais avancer vers son aboutissement.

Les exigences environnementales également en débat

Autre dossier abordé : le respect des normes environnementales. Présente à cette rencontre, la ministre de l’Environnement, du Développement durable et de la Nouvelle Économie du Climat, Marie Nyange Ndambo, a également interpellé les opérateurs sur leurs obligations en matière de protection de l’environnement.

« Si nous devons strictement appliquer le règlement minier, regardez la conformité du point de vue environnemental, je pense que la quasi-totalité des entreprises vont être trouvées en défaut », a-t-elle déclaré, soulignant ainsi l’ampleur des défis de conformité auxquels le secteur reste confronté.

Cette réunion s’est tenue en présence de la gouverneure du Lualaba, Fifi Masuka Saini, des représentants de la Chambre des mines, de la Fédération des entreprises du Congo (FEC), des services étatiques et du président de la commission interservices chargée de l’assainissement du secteur minier.

Au-delà des engagements annoncés, les discussions mettent en évidence trois défis étroitement liés : mieux organiser l’exploitation artisanale, renforcer la participation des Congolais aux retombées du secteur et améliorer le respect des obligations environnementales. Reste désormais à traduire ces échanges en mesures concrètes, aussi bien pour les populations que pour les entreprises opérant dans la province.

Timothée Prince ODA