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RDC-Mines: 93,2 milliards USD d’exportations entre 2023 et 2025 dont 54,4 milliards rapatriés mais seulement 3,8 milliards de dépôts supplémentaires en devises

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Le gouverneur de la Banque centrale du Congo (BCC), André Wameso Nkualoloki, a exprimé son inquiétude face à la faible progression des dépôts en devises dans le système bancaire congolais, au regard du volume des exportations du pays. Entre 2023 et 2025, les exportations totales de la République démocratique du Congo (RDC) ont atteint 93,2 milliards de dollars, alors que les dépôts en devises n’ont augmenté que de 3,8 milliards de dollars. Un décalage qui, selon lui, soulève la question de la contribution effective des richesses minières au financement de l’économie nationale.

C’est le constat dressé par le gouverneur de la BCC lors d’une conférence organisée le vendredi 9 octobre 2026 à Kolwezi, chef-lieu de la province du Lualaba. Les échanges avec comme thème « La stabilité du cadre macroéconomique en RDC : secteur minier, de la rente à la transformation », se sont tenus en présence du vice-gouverneur du Lualaba, Clément Mufundji Tshinat Karl, a réuni des scientifiques ainsi que des représentants de la Fédération des entreprises du Congo (FEC), de la Chambre des mines et de l’Association congolaise des banques (ACB). 

Dans son intervention, André Wameso a consacré une partie de son discours à une question qu’il considère comme déterminante pour l’avenir économique du pays : la capacité de la RDC à transformer les revenus générés par ses exportations minières en ressources financières mobilisables au sein de son économie. 

« Comment expliquer qu’un pays qui figure parmi les plus grands producteurs mondiaux de minerais stratégiques continue à faire face à des contraintes aussi importantes dans la mobilisation des ressources financières destinées à son propre développement ? Comment expliquer que l’importance de nos exportations ne se traduise pas davantage par un approfondissement de notre système bancaire, une mobilisation accrue de l’épargne et un financement plus abondant de notre économie ? », s’est interrogé le gouverneur de la BCC.

Pour étayer son argumentaire, M. Wameso s’est appuyé sur les données relatives aux exportations nationales et aux dépôts en devises dans le système bancaire congolais au cours des trois dernières années. Selon les chiffres présentés, les exportations totales de la RDC ont atteint 93,2 milliards de dollars américains entre 2023 et 2025. Sur la même période, les déclarations de rapatriement des recettes d’exportation se sont élevées à 54,4 milliards de dollars, tandis que les dépôts en devises dans le système bancaire n’ont progressé que de 3,8 milliards de dollars.

« Tenez, au cours des trois dernières années, 2023, 2024 et 2025, les exportations totales de notre pays ont atteint 93,2 milliards de dollars américains. Et sur cette même période, à la faveur du Code minier, les déclarations de rapatriement des recettes d’exportation se sont élevées à 54,4 milliards de dollars. Pourtant, les dépôts en devises dans notre système bancaire n’ont augmenté que de 3,8 milliards de dollars. Je voudrais que nous prenions collectivement la mesure de ces chiffres : 93 milliards exportés, 54 milliards rapatriés et 3,8 milliards de dépôts au sein du système bancaire », a-t-il fait remarquer.

Pour André Wameso, ce contraste soulève des interrogations sur la circulation et la rétention des ressources financières issues de l’activité exportatrice du pays. Il estime que la faible progression des dépôts en devises appelle une analyse approfondie des mécanismes financiers liés aux exportations, notamment la destination des recettes, les paiements effectués à l’étranger, les mécanismes de préfinancement, ainsi que les relations financières entre les entreprises minières et leurs partenaires.

« La faiblesse des dépôts en devises au sein de notre système bancaire soulève donc une interrogation fondamentale sur la circulation et la rétention des ressources financières issues de notre activité exportatrice. Elle appelle une analyse approfondie de la destination économique de ces exportations, des paiements extérieurs, des mécanismes de préfinancement et des relations financières entre les entreprises minières et leurs partenaires », a expliqué le gouverneur de la BCC.

André Wameso Nkualoloki a également exprimé ses préoccupations quant à la capacité du pays à retenir une part suffisante de la richesse générée par ses exportations pour financer durablement son développement. 

« Le constat auquel nous devons nous confronter est celui-ci : notre pays produit une richesse minière considérable, mais il ne parvient pas encore à en retenir une part suffisante pour renforcer durablement les capacités de financement de son économie. Oui, cette situation n’est pas soutenable. Je dirais même qu’elle est intenable à long terme. Elle ne l’est ni pour la solidité de notre système financier, ni pour l’efficacité de notre politique monétaire, ni pour l’ambition de transformation structurelle de notre économie. Elle est aggravée par le niveau élevé de dollarisation de notre système bancaire ».

Ces préoccupations s’inscrivent dans le cadre de la réflexion engagée par la Banque centrale du Congo sur la réforme de la réglementation du change. Cette réforme vise notamment à améliorer le rapatriement des recettes d’exportation, à renforcer la traçabilité des flux financiers et à promouvoir l’utilisation du franc congolais dans les transactions domestiques. Pour le gouverneur de la BCC, la richesse minière de la RDC ne doit pas uniquement se mesurer à l’importance des volumes extraits et exportés. Elle doit également contribuer au renforcement des capacités financières du pays, à la consolidation du système bancaire et au financement des activités productives

La conférence de Kolwezi a ainsi mis en lumière l’un des principaux défis auxquels la RDC reste confrontée : mieux convertir ses ressources minières en capacités de financement, en investissements productifs et en retombées économiques durables pour l’ensemble du pays

Clément MUAMBA, Envoyé spécial à Kolwezi