Le gouverneur de la Banque centrale du Congo (BCC), André Wameso a fait état du niveau élevé de dollarisation du système bancaire congolais. Lors d’une conférence organisée vendredi 9 octobre 2026 à Kolwezi, chef-lieu de la province du Lualaba, il a révélé qu’à fin septembre 2026, les dépôts libellés en devises représentaient 87,6 % de l’ensemble des dépôts bancaires, contre seulement 12,4 % pour ceux constitués en francs congolais.
Selon le gouverneur de la BCC, cette forte prédominance des devises étrangères limite l’efficacité des instruments de politique monétaire et freine le développement des financements à long terme en monnaie nationale.
« À fin septembre 2026, les dépôts libellés en devises représentaient 87,6 % de l’ensemble des dépôts bancaires, contre seulement 12,4 % pour ceux constitués en francs congolais. Cette configuration limite la portée des instruments de politique monétaire et entretient une dépendance structurelle à l’égard des devises étrangères. Elle réduit également notre capacité à développer, dans la monnaie nationale, des financements de long terme adaptés aux besoins des entreprises et des ménages », a déclaré André Wameso.
Abordant les relations entre l’industrie minière et l’économie nationale, le gouverneur de la BCC a souligné que la réforme envisagée ne visait pas à méconnaître les contraintes spécifiques auxquelles sont confrontées les entreprises du secteur extractif. Il a notamment rappelé que l’industrie minière est fortement capitalistique, qu’elle mobilise des financements internationaux considérables et qu’elle dépend d’équipements importés ainsi que de chaînes de valeur mondiales.
« Je voudrais être parfaitement clair : il ne s’agit pas de méconnaître les exigences propres à l’industrie minière. Nous savons que ce secteur est fortement capitalistique. Nous savons qu’il mobilise des financements internationaux considérables, qu’il repose sur des équipements importés et qu’il s’inscrit dans des chaînes de valeur mondiales. Nous savons également que les engagements financiers contractés par les entreprises doivent être honorés », a-t-il indiqué.
Toutefois, André Wameso estime que ces contraintes ne doivent pas empêcher la RDC de renforcer ses capacités financières nationales à mesure que sa production minière se développe. Pour lui, l’enjeu consiste à mieux articuler les impératifs de compétitivité du secteur minier avec les objectifs de stabilité macroéconomique et de développement du système financier congolais.
« Mais ces réalités économiques, aussi légitimes soient-elles, ne doivent pas nous conduire à considérer comme inévitable une situation dans laquelle l’expansion de notre production minière ne se traduirait que marginalement par un renforcement de notre capacité financière nationale. Il ne saurait y avoir de contradiction durable entre la compétitivité de notre industrie minière et la solidité de notre économie nationale. La question n’est donc pas de choisir entre l’attractivité de notre secteur minier et la consolidation de notre économie », a souligné le gouverneur de la BCC.
Pour le gouverneur de la Banque centrale, la lutte contre la dollarisation excessive et le renforcement du rôle du franc congolais passent notamment par une réglementation des changes mieux adaptée aux réalités économiques du pays. Selon lui, cette réglementation ne doit pas être réduite à un simple ensemble de procédures administratives. Elle constitue un instrument essentiel pour organiser les relations financières de la RDC avec l’extérieur, encadrer les mouvements de devises et préserver la stabilité monétaire.
Le gouverneur a également insisté sur la nécessité d’adapter le dispositif réglementaire aux évolutions de l’économie, aux transformations des marchés et aux exigences de transparence des opérations internationales, tout en veillant à sa cohérence avec les dispositions du Code minier.
« Elle doit être adaptée aux réalités économiques, aux transformations des marchés et aux exigences de transparence des opérations internationales. C’est dans cet esprit que la Banque centrale du Congo a entrepris la refonte de la réglementation du change de 2014, en veillant à son articulation avec les dispositions du Code minier de 2018 », a précisé le gouverneur.
Cette conférence a été précédée par la session ordinaire du Comité de politique monétaire (CPM) qui a décidé de maintenir le taux directeur à 12,5 % ainsi que par la Conférence des entités provinciales de la Banque centrale du Congo (CONFEP 2026). Les travaux de cette dernière ont notamment porté sur la proximité provinciale, la souveraineté monétaire, la stabilité financière, l’inclusion financière, la digitalisation et la gestion des risques.
L’ensemble de ces activités, organisées dans la province du Lualaba, s’inscrit dans le cadre de la mise en œuvre du Plan stratégique 2026-2030 de la Banque centrale du Congo, qui vise à renforcer la proximité, la performance et l’impact de l’institution sur l’ensemble du territoire national.
Clément MUAMBA, Envoyé spécial à Kolwezi