Joseph Kabila conserve un poids politique réel, mais son discours pèche par un manque d'introspection. C'est l'analyse de Reagan Miviri, chercheur à l'institut Ebuteli, intervenu vendredi lors du Space live organisé par Stanis Bujakera Tshiamala, face au cadre de l'UDPS Peter Kazadi et à l'opposant Seth Kikuni.
Interrogé sur l'influence actuelle de l'ancien président, le chercheur a relevé l'intérêt que suscite toujours sa parole, « même quand il ne dit pas grand-chose ». Les Congolais, dit-il, veulent savoir ce qu'il dit et connaître son prochain pas : « sa parole compte toujours ». Il a toutefois renvoyé dos à dos les deux camps présents, estimant que leurs propos relevaient surtout « de l'ordre du discours », alors que les problèmes du pays sont bien réels.
Reagan Miviri a appelé à vérifier les affirmations des uns et des autres. Le bilan de Joseph Kabila en matière de droits de l'homme n'est pas, selon lui, « le plus élogieux qui puisse exister ». Les reproches adressés aujourd'hui à Félix Tshisekedi l'étaient déjà à son prédécesseur, a-t-il souligné, invitant à relire les rapports d'Amnesty International de l'époque, qui emploient « souvent les mêmes mots ». « Je ne vois pas de très grandes différences en termes d'actes », a-t-il tranché.
Le chercheur reproche à l'ancien président d'attribuer tous les maux du pays aux nouvelles autorités, alors que nombre de problèmes existaient de longue date. Il cite l'armée : les déficits d'équipement et de formation ne datent pas d'aujourd'hui. Il reconnaît néanmoins que certaines pratiques se sont « exacerbées » sous le pouvoir actuel, comme le recours aux mercenaires ou la sous-traitance de la sécurité à des groupes armés. Pour lui, l'essentiel est ailleurs : définir la voie à suivre et bâtir la cohésion nationale, sans considérer « qu'il y a un diable d'un côté et des saints de l'autre ». Il note d'ailleurs une profonde division, tant dans la compréhension du problème que dans les solutions proposées.
Sur le silence de Joseph Kabila au sujet de l'AFC/M23 et du Rwanda, Reagan Miviri y voit une volonté de cohérence : si le problème est Félix Tshisekedi, l'ancien président ne peut pas en désigner un autre. Or, rappelle-t-il, il y a deux parties au conflit, toutes deux engagées dans les combats et accusées de violations des droits de l'homme. « S'il choisit des faits et laisse les autres, c'est son choix », a-t-il commenté, ajoutant que l'opinion « n'est pas dupe ».
Enfin, à propos du message de Joseph Kabila sur l'accord de Washington, le chercheur s'est dit frappé par la référence à la « continuité de l'État ». Il rappelle que la Constitution prévoit une alternance en 2028 et qu'« il faudra avoir un nouveau président » si elle est respectée. La survie de l'accord à ce changement de pouvoir est, selon lui, « une question juste ». Il y lit aussi une volonté de Joseph Kabila de se positionner comme n'étant pas l'ennemi des engagements internationaux de la RDC.