À la 81e session de l’Assemblée générale des Nations Unies, la République démocratique du Congo a choisi de placer l’investissement dans la population au cœur de son message. Représentée par la Première ministre Judith Suminwa Tuluka, mandatée par le président Félix-Antoine Tshisekedi, la RDC a présenté mercredi 23 septembre 2026, ses politiques sociales comme l’une des traductions concrètes de la transformation appelée de ses vœux par le thème de cette session : « Rétablir la confiance, gérer la transformation : une Organisation des Nations Unies au service de tous ».
Le thème de cette 81e session met l’accent sur la restauration de la confiance dans le multilatéralisme et sur la capacité des institutions à accompagner les grandes transformations mondiales. C’est dans ce cadre que le message porté par la cheffe du gouvernement congolais établit un lien direct entre la transformation à l’échelle internationale et les transformations engagées au niveau national.
« Vous l’aurez compris, la transformation que nous appelons de nos vœux à l’échelle de notre organisation, nous avons choisi de l’engager d’abord chez nous, avec la conviction qu’en investissant dans notre population, première richesse de notre Nation, nous parviendrons à bâtir les fondements d’une confiance retrouvée et d’une prospérité durable », a fait remarquer la cheffe du gouvernement, Judith Suminwa.
L’éducation constitue l’un des principaux exemples avancés par la Première ministre. Depuis la généralisation de la gratuité de l’enseignement primaire public en 2019, plus de cinq millions d’enfants supplémentaires ont intégré le système éducatif. Cette évolution s’est également traduite par une forte progression des effectifs du primaire.
« Engagée depuis 2019, la gratuité de l’enseignement primaire a permis à plus de 5 millions d’enfants supplémentaires d’accéder à l’école. Au cours de l’année scolaire 2023-2024, plus de 21 millions d’enfants fréquentaient le cycle primaire, contre quatorze millions sept cent mille quatre ans auparavant. Cette avancée quantitative doit désormais se traduire en qualité », a affirmé Judith Suminwa Tuluka.
Le propos de la Première ministre ne s’arrête donc pas à la progression des statistiques scolaires. Il insiste également sur les conditions dans lesquelles les enfants apprennent. Cette exigence concerne notamment les filles, les enfants en situation de handicap, les enfants déplacés ainsi que ceux dont la scolarité est perturbée par les violences.
« Nous poursuivons la construction et la réhabilitation des écoles, et avons récemment lancé le déploiement des cantines scolaires. Car l’accès ne suffit pas : chaque enfant doit pouvoir apprendre dans une école sûre, inclusive, équipée et ouverte aux outils de son temps. Cette exigence vaut tout particulièrement pour les filles, les enfants en situation de handicap, les enfants déplacés et ceux dont la scolarité est menacée par les conflits », a ajouté Judith Suminwa Tuluka.
Par ailleurs, la cheffe du gouvernement a indiqué que cette même démarche est appliquée au secteur de la santé. À l’en croire, la RDC poursuit progressivement la mise en œuvre de la Couverture santé universelle, avec un accent particulier sur la santé maternelle et néonatale. Judith Suminwa a cité parmi les priorités la gratuité de la maternité, l’amélioration des soins maternels et néonatals, la vaccination, l’accès aux médicaments essentiels, le renforcement du personnel soignant ainsi que l’élargissement de la protection sociale.
« La même ambition guide notre politique de santé. Nous poursuivons l’extension progressive de la couverture santé universelle, notamment à travers la gratuité de la maternité, l’amélioration des soins maternels et néonatals, la vaccination, l’accès aux médicaments essentiels, le renforcement du personnel soignant et l’élargissement de la protection sociale », a affirmé Judith Suminwa Tuluka.
Il sied de noter qu’à travers son intervention, la RDC cherche ainsi à présenter une même logique sur plusieurs fronts de la vie nationale : transformer les engagements en réalisations, investir dans la population et faire de l’action publique un instrument de confiance. À l’heure où l’ONU réfléchit elle-même à la manière de restaurer la confiance dans le multilatéralisme, Kinshasa entend donc rappeler qu’une transformation durable commence aussi par les citoyens : par l’enfant qui accède à l’école, par la mère qui bénéficie de soins, par la famille qui accède aux services essentiels et, plus largement, par la capacité de l’État à convertir ses engagements en résultats concrets.
La consolidation des acquis de la gratuité de l’enseignement de base, qui a permis depuis sa mise en œuvre en 2019 à des millions d’enfants de reprendre le chemin de l’école, fait partie des objectifs assignés par le gouvernement au ministère de l’Éducation nationale et de la Nouvelle Citoyenneté, conformément aux dispositions de l’article 43 de la Constitution. Cette mesure a toutefois été remise en cause pour la première fois au cours de l’année scolaire 2025-2026 dans les territoires sous contrôle de la rébellion de l’AFC/M23, soutenue par le Rwanda. Dans un arrêté daté du 30 août 2025, le gouverneur du Nord-Kivu proche de l’AFC/M23 avait décrété le paiement obligatoire de frais scolaires pouvant atteindre 30 000 francs congolais par élève et par trimestre.
Cette mesure avait été qualifiée d’« illégale » par Kinshasa, qui estimait qu’elle risquait d’asphyxier davantage les parents et les élèves dans un contexte sécuritaire et économique déjà difficile. Ainsi, au-delà des chiffres et des engagements annoncés, la question de la consolidation de la gratuité de l’enseignement demeure liée à la capacité des pouvoirs publics à garantir son application effective sur l’ensemble du territoire national. Pour Kinshasa, l’investissement dans l’éducation, la santé et la protection sociale constitue dès lors un volet essentiel de la transformation du pays et de la construction d’une confiance durable entre les institutions et la population conformément aux six engagements du chef de l'État Félix Tshisekedi contenus dans le programme d'actions du gouvernement (PAG 2024-2028).
Clément MUAMBA