Quatre mois après la déclaration de la 17ᵉ épidémie de maladie à virus Ebola en République démocratique du Congo, le professeur Jean-Jacques Muyembe revient de Bunia, chef-lieu de la province de l’Ituri, avec un message d’espoir, tout en appelant à maintenir les efforts de riposte. Le directeur général de l’Institut national de recherche biomédicale (INRB) s’est rendu à Bunia pour évaluer de près la situation épidémiologique et le fonctionnement de la riposte contre la maladie à virus Ebola sur le terrain.
Pour le directeur général de l’INRB, la visite de plusieurs structures de prise en charge à Bunia lui a permis de constater une évolution qu’il juge encourageante. Il explique avoir visité notamment les centres de traitement de Rwampara et de Lita, le Centre médical évangélique, Samaritan’s Purse, l’Hôpital général de Bunia et le centre de traitement Elikia. Il précise toutefois qu’il s’agit d’une première impression de terrain et non d’une conclusion définitive.
« Moi, je suis habitué aux épidémies de maladie à virus Ebola. J’étais plutôt agréablement surpris de n’entendre qu’un cri de pleurs des femmes. Je n’ai pas vu les corbillards, je n’ai pas vu d’ambulance dans tous ces centres. Alors, je me demandais : où est l’épidémie en question ? Ce qui veut dire que le nombre de décès a baissé dans ces hôpitaux. C’est la conclusion que j’ai tirée. Elle est peut-être fausse, mais, en tout cas, c’est la première impression que j’ai eue. C’est une surprise », a déclaré Dr Jean-Jacques Muyembe.
Autre élément relevé par le professeur Muyembe : le comportement des personnes identifiées comme contacts dans les communautés. Selon lui, des contacts se sont présentés spontanément dans les structures de prise en charge, particulièrement dans les centres de prophylaxie. « Nous avons constaté que les contacts dans les communautés viennent d’eux-mêmes au centre de traitement et surtout au centre de prophylaxie. Ça également, c’est un bon signe. »
Le virologue dit également avoir constaté une organisation plus structurée de la riposte sur le terrain.
« Et nous avons tenu une réunion à la coordination et nous avons constaté vraiment quelque chose de très organisé, qui s’intéresse à toutes les régions ou les provinces qui sont affectées. Et donc, l’Incident Manager, qui est là-bas, qui a été nommé par le ministre, a autour de lui tous les partenaires, à commencer par l’OMS, Africa CDC. Et ici, tous les partenaires travaillent en harmonie avec l’Incident Manager, qui est le professeur Ahuka », a fait savoir Dr Muyembe.
Il dit également avoir constaté une amélioration de plusieurs indicateurs de surveillance. Il estime toutefois que la riposte doit encore progresser pour atteindre les objectifs fixés.
« Par exemple, les listages exhaustifs des contacts sont là et le suivi des contacts est parti de moins de 40 % à maintenant plus de 80 %. Donc, plus de 80 % des contacts de cas positifs sont réellement suivis pendant 21 jours. En principe, il faut arriver jusqu’à 85-100 %. Mais déjà, on est parti de 40 % à 80 %. », a-t-il réjoui.
Le directeur général de l’INRB a également évoqué l’évolution des capacités de diagnostic dans le pays. « Quand nous prenons d’autres facteurs comme les laboratoires, nous sommes partis de deux laboratoires, un ici à Kinshasa, un autre à Bunia. Maintenant, nous avons 24 laboratoires », a-t-il fait remarquer.
Par ailleurs, le virologue rappelle qu’au cours des anciennes épidémies, certaines analyses devaient être envoyées à l’étranger, notamment aux États-Unis, ce qui pouvait considérablement rallonger les délais d’obtention des résultats.
« Et je vous dis qu’à l’époque, quand nous avions commencé la lutte, les analyses de laboratoire étaient faites à l’étranger. Donc, on prélève des échantillons, on les envoie au CDC en Amérique, puis on attend une semaine, deux semaines pour recevoir les résultats. Bien sûr, à ce moment-là, la prise en charge devient compliquée. Mais maintenant, en pleine brousse, là, nous mettons les laboratoires de PCR pour détecter la maladie à virus Ebola. Donc, nous sommes partis de 2 à 24 laboratoires ».
Autre indicateur cité par le directeur général de l’INRB : le taux de positivité des échantillons prélevés sur des cas suspects. Selon les chiffres, ce taux serait passé d’environ 60 % au début de l’épidémie à 20-25 % actuellement. Pour Jean-Jacques Muyembe, l’observation directe de la situation à Bunia justifie un message d’espoir.
« Et le taux de positivité des échantillons, c’est-à-dire sur 100 échantillons prélevés chez les malades suspects, sur 100 échantillons, au début, c’était 60 % de positivité. Et aujourd’hui, sur 100 échantillons, c’est entre 20 et 25 % de positivité. Donc, ça montre qu’il y a quelque chose qui change. Il y a une nette amélioration dans la gestion de l’épidémie et une nette amélioration des paramètres de l’épidémie. »
La République démocratique du Congo fait face à sa 17ᵉ épidémie de maladie à virus Ebola, provoquée par le virus Bundibugyo. Déclarée officiellement en mai 2026 dans la province de l’Ituri, cette nouvelle flambée a déjà fait plus de 3 300 morts et s’est progressivement étendue à plusieurs provinces du pays. Selon les autorités sanitaires et leurs partenaires, sept provinces et plus de 60 zones de santé sont désormais touchées, faisant de cette épidémie une crise sanitaire d’ampleur nationale.
La progression du virus intervient dans un contexte particulièrement difficile, marqué par l’insécurité, les déplacements de populations, d’importants mouvements de personnes et des capacités limitées dans certaines structures de santé. À ces difficultés s’ajoutent les problèmes de confiance et d’adhésion de certaines communautés aux interventions sanitaires, susceptibles de compliquer la surveillance épidémiologique, le suivi des contacts, l’identification rapide des cas et la prise en charge des personnes infectées.
Clément MUAMBA