L’incendie de la salle Panacée, à Kinshasa, relance les interrogations sur la prévention des incendies dans les établissements recevant du public. Carmella Lydie Kukundama, experte en sécurité incendie, estime que de nombreux propriétaires attendent la fin des travaux, le passage des services de contrôle ou l’approche d’une inauguration avant de chercher à équiper leurs bâtiments. Elle appelle à intégrer la protection contre les incendies dès la conception des projets.
Carmella Lydie Kukundama dit avoir reçu les premières images de l’incendie une dizaine de minutes après le déclenchement du feu. Sa première réaction a été de s’interroger sur les équipements de sécurité disponibles dans cette salle de fête.
« C’est vraiment avec beaucoup de regret que j’ai vu une grande et très belle salle comme celle-là sans équipement de sécurité incendie », déclare-t-elle, en se fondant sur les vidéos diffusées après le drame.
Selon elle, les premières images montraient un feu qui aurait encore pu être maîtrisé avant qu’il ne prenne de l’ampleur.
« Quand on regarde les vidéos et les images, on voit que ce n’était pas d’abord un incendie. C’était un début de feu qui pouvait être maîtrisé s’il y avait eu un extincteur ou des personnes capables d’intervenir », estime l’experte.
Cette appréciation repose sur son observation des images disponibles. Elle affirme qu’une intervention immédiate et l’utilisation d’un équipement approprié auraient pu limiter la propagation du feu.
Carmella Lydie Kukundama évoque également la fumée, la bousculade et la panique observées pendant le sinistre. « Ce qui a tué, c’est la fumée, la bousculade, cette émotion, puis le feu qui prenait de l’ampleur pour devenir un incendie », affirme-t-elle.
Elle estime que les conséquences auraient pu être différentes si des moyens adaptés avaient permis de maîtriser le feu dès son déclenchement.
La sécurité incendie rarement prévue dès le départ
Au-delà du cas de la salle Panacée, l’experte pointe une difficulté plus générale dans la manière dont certains bâtiments sont conçus et équipés à Kinshasa.
D’après son expérience, peu de propriétaires intègrent la sécurité incendie dès le début de leur projet. La majorité attend que le bâtiment soit déjà construit.
« Ce n’est pas tout le monde. Il y a peu de personnes conscientes qui intègrent cette partie-là. Pour la majorité, cela vient après », constate-t-elle.
Les spécialistes sont notamment sollicités après le passage des services de contrôle.
« C’est lorsque les gens du contrôle passent que l’on vous appelle. On vous dit : nous avons déjà un bâtiment de trois ou quatre niveaux, qu’est-ce que vous pouvez faire ? », explique Carmella Lydie Kukundama.
Certains propriétaires attendent également l’approche de l’ouverture officielle du bâtiment pour rechercher des équipements de protection.
« Ils vous appellent pour dire : nous voulons ouvrir, ce sera bientôt notre inauguration, pouvez-vous venir nous équiper en matière de sécurité ? », rapporte-t-elle.
À ce stade, les solutions proposées peuvent nécessiter de nouveaux travaux. Lorsque le bâtiment est déjà achevé, certains propriétaires hésitent à engager les dépenses supplémentaires demandées.
« Si vous proposez des solutions qui nécessitent des travaux de construction, ils vous disent que c’est cher et vous demandent de mettre quelque chose de moins coûteux », explique-t-elle.
Ils se tournent alors vers des dispositifs plus simples, notamment les extincteurs portatifs et les détecteurs autonomes.
Un chantier équipé en amont
Carmella Lydie Kukundama relève néanmoins que certains promoteurs prennent en compte les risques d’incendie avant la fin de la construction.
Elle cite le cas d’un chantier constitué de deux immeubles jumelés, destinés à accueillir plusieurs activités, notamment des salles de fête, des appartements et un night-club.
Selon elle, le propriétaire a acquis le matériel de sécurité en amont. Cette anticipation permet aux techniciens de réaliser les travaux nécessaires pendant que les bâtiments sont encore en construction.
« Il a vraiment acheté les matériels. Nous sommes en train de faire de la plomberie industrielle pour un bâtiment qui va accueillir des salles de fête, des appartements, un night-club et d’autres activités », explique-t-elle.
Cet exemple illustre, selon l’experte, l’importance d’intégrer la protection contre les incendies dès la conception d’un immeuble, plutôt que de tenter d’adapter les installations après l’achèvement des travaux.
Des extincteurs pour véhicules à 25 ou 35 dollars
Le coût des équipements dépend du bien à protéger, de sa taille et du niveau de sécurité recherché.
Carmella Lydie Kukundama reconnaît que certains systèmes peuvent être coûteux, mais elle souligne que la protection peut être mise en place progressivement.
« Les gens ont tendance à dire que l’extincteur est cher, que la sécurité incendie est chère. Oui, effectivement, c’est cher, mais cela peut se faire palier par palier », explique-t-elle.
Pour illustrer son propos, elle prend l’exemple d’une voiture IST dont elle évalue le prix à environ 5 000 dollars.
Selon les tarifs qu’elle cite, un extincteur d’un kilogramme destiné à un véhicule coûte 25 dollars, tandis qu’un modèle de deux kilogrammes coûte 35 dollars.
« Tu dépenses 5 000 dollars pour ta voiture, mais tu es incapable de dépenser moins de 50 dollars pour un extincteur », déplore-t-elle.
Les prix mentionnés sont ceux communiqués par l’experte au cours de l’entretien. Ils ne constituent pas une évaluation générale de l’ensemble du marché kinois.
Un extincteur de six kilogrammes à 95 dollars pour une habitation
Pour les habitations, le montant dépend également de la configuration du logement.
Carmella Lydie Kukundama prend l’exemple d’une maison comprenant deux chambres et un salon. Pour ce type d’habitation, elle cite un extincteur à poudre de six kilogrammes vendu à 95 dollars.
« L’extincteur le moins cher en matière d’habitation coûte 95 dollars. C’est un extincteur de six kilos à poudre », précise-t-elle.
L’experte insiste cependant sur le fait que l’achat du matériel ne suffit pas. Les occupants doivent aussi savoir comment réagir et utiliser l’extincteur en cas de départ de feu.
« Tu peux avoir un extincteur et ne jamais savoir comment l’utiliser en cas de besoin », prévient-elle.
Elle indique que SPSI RDC SARLU, la structure spécialisée dans laquelle elle exerce, accompagne l’installation du matériel d’une initiation à son utilisation. Selon ses déclarations, l’installation et cette première formation sont proposées gratuitement lors de l’achat d’un extincteur auprès de la société.
L’extincteur, une solution parmi plusieurs
La protection d’un bâtiment ne se limite pas à la présence d’un extincteur portatif.
Carmella Lydie Kukundama mentionne également les détecteurs autonomes ainsi que les systèmes automatiques de détection et d’extinction. Certains de ces équipements peuvent se déclencher sans attendre l’intervention d’une personne.
« Il y a plusieurs solutions. L’extincteur n’en est qu’une. Il existe des systèmes automatiques de détection et même d’extinction, qui ne demandent pas la présence de l’homme pour réagir dans de telles situations », explique-t-elle.
Le dispositif nécessaire doit donc être choisi en fonction du bâtiment, de son utilisation, des personnes qui le fréquentent et des ris
« La prévention est très importante »
Depuis l’incendie de la salle Panacée, Carmella Lydie Kukundama dit avoir observé une multiplication des réactions sur les réseaux sociaux. Certaines personnes affirment désormais vouloir se rendre dans des salles de fête avec leur propre extincteur.
Pour l’experte, ces réactions traduisent une prise de conscience, mais la prévention ne devrait pas dépendre uniquement des initiatives individuelles prises après un drame.
« Nous profitons de l’occasion pour dire aux gens que la prévention est très, très importante », insiste-t-elle.
Elle appelle les propriétaires de véhicules, d’habitations et de bâtiments recevant du public à prévoir des équipements adaptés et à apprendre à les utiliser.
« Les gens négligent cela, alors que c’est quelque chose de très important. L’extincteur peut sauver une vie », conclut Carmella Lydie Kukundama.