À Popokabaka, dans la province du Kwango, le patrimoine culturel repose notamment sur une tradition d’accueil et de cohabitation qui, selon les acteurs locaux, constitue l’une des principales caractéristiques de l’identité du territoire. Malgré cette richesse, certaines pratiques culturelles tendent à disparaître sous l’effet des mutations sociales, de la mondialisation et des difficultés économiques.
« Le patrimoine culturel de Popokabaka, d’abord, c’est l’accueil et le vivre-ensemble », explique Didier Mababeni, président du cadre de concertation de la société civile de Popokabaka.
Selon lui, le territoire se distingue par une culture favorisant la cohabitation entre les populations locales et les personnes qui y séjournent, au-delà des tensions ou clivages politiques.
Sur le plan économique, la population pratique principalement le commerce, l’agriculture et l’élevage. Didier Mababeni relève toutefois une forte présence de fonctionnaires et d’agents de l’État parmi les actifs du territoire.
Cette dépendance à l’emploi public est, selon lui, fragilisée par les difficultés liées au paiement des salaires. Certains agents, affirme-t-il, peuvent accumuler des périodes d’attente avant de percevoir leur rémunération, y compris à l’approche de leur départ à la retraite.
Des pratiques culturelles menacées
Les transformations des modes de vie affectent également certaines pratiques traditionnelles, notamment les rites funéraires. Dans la culture Yaka, les veillées funèbres étaient traditionnellement accompagnées de tam-tams, de chants, de danses et de rassemblements communautaires.
Aujourd’hui, ces pratiques sont progressivement remplacées par des formes plus modernes de célébration.
« C’est devenu compliqué aujourd’hui avec la dépravation des mœurs, puisque quand quelqu'un meurt dans un clan, avant la culture Yaka réunissait des gens autour des tam-tam, il y avait de feu et consort, mais actuellement, il y a une radio où l’on met de la musique. Même la danse folklorique qui devait s’exhiber dans de tels lieux par des personnes physiques qui ont des tam-tams passe à travers une radio », témoigne Didier Mababeni.
Il estime que cette évolution contribue à l’érosion de certaines expressions culturelles et à un éloignement progressif des jeunes générations de leurs pratiques ancestrales. Il faut toutefois distinguer, dans cette évolution, les effets de la mondialisation des difficultés plus larges liées à la transmission intergénérationnelle du patrimoine.
Un potentiel touristique freiné par l’accessibilité
Popokabaka dispose également d’un potentiel touristique lié à ses paysages naturels et à son patrimoine local. Le territoire compte notamment des espaces riverains, des plages qui apparaissent à certaines périodes de l’année, des villages, des vergers ainsi que des sites agricoles et d’élevage susceptibles d’accueillir des visiteurs.
Pour Didier Mababeni, le principal obstacle demeure cependant l’accessibilité. « Le grand problème d’abord, c’est l’accessibilité. Et s'il y a amélioration, des voies d’accès permettrait de mieux valoriser ces espaces », insiste-t-il.
Le tourisme communautaire pourrait constituer une piste de valorisation du territoire. Il permettrait notamment de mettre en avant l’artisanat, la gastronomie locale, les pratiques culturelles et la vie quotidienne des communautés, tout en créant des retombées économiques pour les villages ainsi que pour les coopératives de femmes et de jeunes.
À travers la randonnée, l’immersion communautaire, la découverte du patrimoine, l’artisanat et l’observation de la nature selon les saisons, Popokabaka dispose ainsi de plusieurs atouts pour développer une offre touristique fondée sur la participation des communautés locales.
Mais la valorisation durable de ce potentiel suppose de préserver les pratiques culturelles encore vivantes, de renforcer leur transmission et d’améliorer l’accessibilité du territoire.
Avec une richesse naturelle, les traditions Yaka et hospitalité revendiquée par ses habitants, le territoire de Popokabaka dispose d’un patrimoine susceptible de soutenir son développement, à condition que celui-ci soit mieux documenté, préservé et valorisé.
James Mutuba, envoyé spécial à Popokabaka