La neutralisation des Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR) et la levée des mesures défensives, autrement dit le retrait des troupes rwandaises, figurent parmi les deux principaux engagements sécuritaires pris par la République démocratique du Congo et le Rwanda dans le cadre de l’accord de Washington, signé sous les auspices des États-Unis d’Amérique.
Alors qu’une année après la signature de cet accord, ces engagements peinent à être pleinement mis en œuvre, la RDC a annoncé la signature d’un protocole d’accord portant notamment sur le désarmement, la démobilisation et le cantonnement des FDLR. Pour Kinshasa, il s’agit notamment d’honorer les engagements pris dans le cadre de ce processus piloté par les États-Unis d’Amérique, sous l’administration Trump.
Si ce protocole est contesté par Kigali, qui l’estime non conforme à l’accord de Washington, il est, en revanche, salué par certains partenaires des deux États impliqués dans les efforts visant à rétablir la paix dans l’Est de la RDC et, par ricochet, dans l’ensemble de la région des Grands Lacs.
À l’instar du Groupe international de contact pour la région des Grands Lacs (GIC), qui regroupe les États-Unis, la Belgique, le Canada, le Danemark, l’Union européenne, la France, l’Allemagne, les Pays-Bas, la Suède, la Suisse et le Royaume-Uni, qui a dit « prendre bonne note » de cet engagement, la présidente tanzanienne, Samia Suluhu Hassan, et le président de la RDC, Félix-Antoine Tshisekedi, en ont également pris acte lors de leur rencontre.
Les deux chefs d’État ont, à cette occasion, souligné l’importance de la mise en œuvre effective de cet engagement, tout en insistant sur la nécessité de promouvoir la justice transitionnelle et la redevabilité.
« Les deux chefs d’État se sont félicités des efforts déployés pour neutraliser les forces négatives, notamment les Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR), et ont pris note des engagements pris en faveur de leur désarmement et de leur dissolution. Ils ont souligné l’importance d’un désarmement, d’une démobilisation, d’un rapatriement ou d’une réintégration effectifs, selon le cas, ainsi que de la mise en œuvre de la justice transitionnelle et de la redevabilité, conformément au droit national et aux obligations internationales applicables » lit-on dans le communiqué final sanctionnant le séjour de travail de 48 heures du président Félix-Antoine Tshisekedi en Tanzanie, du lundi 17 au mardi 18 août 2026
Après l'annonce et présenté lors des travaux du 46e sommet de la SADC, le plan de désarmement, de démobilisation et de réintégration (DDR) des Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR) a de nouveau été au centre des discussions entre la République démocratique du Congo (RDC), le Rwanda et leurs partenaires internationaux.
La question a notamment été abordée lors de la sixième réunion du Mécanisme conjoint de coordination de la sécurité (MCCS), organisée les 12 et 13 août à Genève, en Suisse, dans le cadre de la mise en œuvre de l’accord de Washington. Cette rencontre a réuni des représentants de la RDC et du Rwanda, ainsi que des délégations des États-Unis, du Qatar, du Togo en tant que médiateur de l’Union africaine et de la Commission de l’Union africaine. Les échanges se sont tenus à la Mission américaine à Genève.
Au cours de cette réunion, Kinshasa a présenté son plan de désarmement, de démobilisation et de réintégration des FDLR. Cette démarche s’inscrit dans les engagements sécuritaires pris par la RDC et le Rwanda afin de favoriser la mise en œuvre de l’accord de paix et de répondre aux préoccupations sécuritaires qui opposent les deux pays.
Depuis plusieurs décennies, l’est de la RDC reste confronté à l’activisme de nombreux groupes armés, tant locaux qu’étrangers, parmi lesquels figurent les FDLR. Pour Kigali, la présence de ce mouvement constitue l’une des principales menaces sécuritaires dans la région. De son côté, Kinshasa fait face à l’offensive du M23/AFC ainsi qu’à l’activité de plusieurs autres groupes armés dans l’est du pays. Pour Kinshasa, cette démarche derrière ce protocole vise notamment à priver Kigali de tout prétexte susceptible de justifier le maintien de ses forces sur le territoire congolais.
Malgré la signature de l’accord de Washington et les différents engagements pris par les deux parties, la situation sur le terrain demeure préoccupante. Les combats se poursuivent dans certaines zones, tandis que Kinshasa et Kigali s’accusent mutuellement de violations du cessez-le-feu et continuent d’avoir des interprétations divergentes concernant leurs obligations respectives.
Ces désaccords compliquent davantage la mise en œuvre de l’accord de paix et entretiennent un climat de méfiance entre la RDC et le Rwanda. Pendant ce temps, les populations civiles restent les principales victimes de cette crise, confrontées aux violences, aux déplacements forcés et à une situation humanitaire toujours alarmante dans plusieurs régions de l’est de la République démocratique du Congo.
Clément MUAMBA