Comme on pouvait s’y attendre au regard de la proximité entre les deux États, la crise sécuritaire dans l’Est de la République démocratique du Congo (RDC) marquée par des conflits armés et l’agression rwandaise via la rébellion de l’AFC/M23 qui occupe de vastes pans des provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, a occupé une place de choix au cœur des échanges entre le président Félix-Antoine Tshisekedi et son homologue tanzanienne, Samia Suluhu Hassan, en marge de sa visite de travail de 48 heures, du lundi 17 au mardi 18 août 2026 en Tanzanie.
À l’issue de cette visite, renseigne le communiqué final, les deux chefs d’État ont réaffirmé leur attachement à la souveraineté, à l’intégrité territoriale et à l’unité nationale de la République démocratique du Congo. Sans citer nommément l’armée rwandaise, accusée d’être à la base de l’occupation de territoires congolais aux côtés de l’AFC/M23, notamment dans plusieurs rapports des Nations unies et d’autres organisations internationales, les deux chefs d’État ont appelé au retrait des forces étrangères et à la cessation des hostilités, conformément aux différentes résolutions du Conseil de sécurité des Nations unies.
« Concernant la paix et la sécurité, les deux chefs d’État ont échangé leurs points de vue sur la situation dans l’est de la République démocratique du Congo. Ils ont réaffirmé leur attachement à la souveraineté, à l’intégrité territoriale et à l’unité nationale de la République démocratique du Congo et ont appelé à la pleine application, par tous les acteurs concernés, de toutes les résolutions pertinentes du Conseil de sécurité des Nations Unies, y compris la cessation des hostilités et le retrait des forces étrangères du territoire congolais », lit-on dans le communiqué final.
Cette position intervient alors que la situation sécuritaire dans l’Est de la RDC demeure au centre des préoccupations régionales et internationales. Kinshasa et Dodoma ont ainsi affiché leur volonté de privilégier les mécanismes diplomatiques et les initiatives de paix déjà engagées. Félix Tshisekedi et Samia Suluhu Hassan ont également exprimé leur soutien aux efforts conduits par l’Union africaine ainsi qu’aux processus de paix de Washington et de Doha.
« Ils ont par ailleurs exprimé leur soutien aux efforts menés par l’Union africaine et aux processus de paix de Washington et de Doha, et ont appelé à leur mise en œuvre cohérente, coordonnée et rapide. Les deux chefs d’État sont convenus d’intensifier leur coopération contre l’exploitation et le trafic illicites des ressources naturelles, notamment par le biais des mécanismes régionaux, et de renforcer la coopération bilatérale en matière de défense et de sécurité, notamment par le partage d’informations et le renforcement des capacités », précise le communiqué .
Les deux pays entendent par ailleurs intensifier leur coopération dans la lutte contre l’exploitation et le trafic illicites des ressources naturelles. Selon le communiqué, ils sont convenus de renforcer cette coopération « notamment par le biais des mécanismes régionaux » et d’accroître leur collaboration dans les domaines de la défense et de la sécurité, à travers notamment « le partage d’informations et le renforcement des capacités ».
« Les deux chefs d’État ont réaffirmé leur engagement en faveur d’une coordination plus étroite au sein de la Communauté d’Afrique de l’Est, de la Conférence internationale sur la région des Grands Lacs, de la Communauté de développement de l’Afrique australe, de l’Union africaine et des Nations Unies, en faveur de la paix, de la sécurité, de la lutte contre les changements climatiques, de l’intégration et du développement durable », ajoute le communiqué final.
Sur le plan diplomatique, la présidente Samia Suluhu Hassan a félicité la République démocratique du Congo pour son élection comme membre non permanent du Conseil de sécurité des Nations unies pour la période 2026-2027. En retour, le président Félix-Antoine Tshisekedi a réaffirmé le soutien de la RDC à la candidature de la République-Unie de Tanzanie pour la période 2029-2030.
« Son Excellence la Présidente Dr Samia Suluhu Hassan a félicité la République démocratique du Congo pour son élection comme membre non permanent du Conseil de sécurité des Nations Unies pour la période 2026-2027. Son Excellence le Président Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo a réaffirmé le soutien de la République démocratique du Congo à la candidature de la République-Unie de Tanzanie pour la période 2029-2030. Il a également félicité la Présidente Samia Suluhu Hassan pour son rôle de Championne de l'Union africaine pour la santé maternelle, infantile et reproductive », précise le communiqué final.
Cette rencontre intervient dans un contexte où, malgré la signature de l’accord de Washington entre Kinshasa et Kigali, sous les auspices des États-Unis d’Amérique, ainsi que le processus de Doha engagé entre Kinshasa et l’AFC/M23 sous l’égide du Qatar, les résultats escomptés tardent à se concrétiser sur le terrain. La poursuite des hostilités, les accusations réciproques de violations du cessez-le-feu et les divergences dans l’interprétation des engagements pris par les différentes parties continuent de compliquer la mise en œuvre des accords. Cette situation entretient la méfiance entre Kinshasa et Kigali et fragilise davantage les efforts diplomatiques engagés pour parvenir à une solution durable à la crise sécuritaire dans l’Est du pays.
Pendant ce temps, les populations civiles continuent de payer un lourd tribut à la guerre, alors que la situation humanitaire demeure particulièrement préoccupante dans plusieurs zones de l’Est de la République démocratique du Congo. Les déplacements de populations et l’insécurité persistante continuent ainsi d’alourdir les conséquences de cette crise. Dans ce contexte, les appels se multiplient, aux niveaux national, régional et international, pour exhorter les différentes parties à respecter les engagements pris dans le cadre des initiatives de paix. Jusqu’à présent, ces appels peinent toutefois à produire des effets significatifs sur le terrain.
Cette situation relance le débat sur le décalage persistant entre les avancées diplomatiques enregistrées sur le plan politique et la réalité sécuritaire dans les zones affectées par les violences. La réduction de cet écart demeure un défi majeur pour les différents processus de paix en cours. Chaque partie continuant de privilégier sa propre lecture des dispositions de l’accord de Washington, leur mise en œuvre demeure incertaine, tandis que la persistance des tensions sur le terrain continue de mettre à l’épreuve les engagements pris par Kinshasa et Kigali.
Clément MUAMBA