Le gouvernement congolais durcit le ton face aux fraudes présumées dans la gestion des effectifs engagés dans la riposte contre Ebola. Lors du briefing presse de mardi 18 août à la RTNC, le ministre de la Santé publique, Hygiène et Prévoyance sociale, Samuel Roger Kamba, a affirmé que des listes de bénéficiaires comporteraient une proportion importante de personnes fictives et a dénoncé ceux qui chercheraient à tirer profit financièrement de l’épidémie.
« Nous essayons toujours de tricher, d’ajouter. Par exemple, nous avons payé la semaine passée ou il y a deux semaines plus de 1 000 personnes et 15 à 20 %, ce sont des fictifs. On vous donne des listes aujourd’hui, vous validez les listes, vous commencez à payer, vous vous rendez compte qu’il y a des personnes fictives », a affirmé Samuel Roger Kamba.
Pour lutter contre ces pratiques, le gouvernement a décidé de renforcer le contrôle physique et biométrique des personnes inscrites sur les listes de paiement. Le ministre a raconté le cas d’un centre qui avait déclaré 240 personnes, alors que l’équipe envoyée sur place n’en avait enregistré que 40 après 48 heures.
Roger Kamba estime que ces irrégularités alimentent ensuite les contestations sur les paiements. Des personnes non enregistrées ou écartées des listes peuvent, selon lui, se retrouver à crier publiquement qu’elles ne sont pas payées alors que le problème réside dans la vérification des effectifs.
« Nous avons envoyé une équipe pour dire : on va enregistrer de manière biométrique tout le monde. Comme ça, on te connaît, on t’enregistre et on va te payer. Figurez-vous qu’un centre nous dit : nous avons 240 personnes. On envoie l’équipe, l’équipe reste 48 heures et n’enregistre que 40 personnes », a poursuivi le ministre.
Le contrôle des effectifs intervient dans un contexte où le gouvernement cherche précisément à reprendre la main sur les paiements et à harmoniser les rémunérations des personnels de la riposte. Roger Kamba soutient que l’argent destiné à payer les intervenants est disponible et que les difficultés rencontrées sur le terrain relèvent notamment des manipulations des listes.
Le ministre a également dénoncé "Ebola business" et accuse certains acteurs de considérer l’épidémie comme une occasion de générer des revenus, alors que les ressources mobilisées doivent être consacrées à la riposte.
« Ce n’est pas un problème d’argent. Il y a beaucoup de manipulations sur place, il y a beaucoup de tricheries sur place et il y a beaucoup de gens qui essayent chacun de faire Ebola business. Les gens se disent : il y a l’argent, on entend des sommes incroyables. Donc on doit nous payer », a lancé Samuel Roger Kamba.
Le gouvernement entend désormais s’appuyer sur l’identification biométrique, l’harmonisation des rémunérations et la centralisation du paiement pour limiter les détournements et les effectifs fictifs. Cette volonté de centralisation avait déjà été défendue par Roger Kamba, qui demandait aux partenaires de regrouper les informations financières de la riposte au sein d’un dispositif de coordination unique.
Kuzamba Mbuangu