L’attaque visant une équipe engagée dans la riposte contre Ebola à Aru, dans le nord de la province de l’Ituri, épicentre de l’épidémie, suscite une vive préoccupation et une condamnation des Nations Unies. Des ambulances ont été vandalisées au cours de l’incident et un ambulancier a été blessé, démontrant à quel point la riposte est confrontée à d’énormes difficultés dans sa mise en œuvre dans cette partie de la République démocratique du Congo.
Dans une déclaration publiée mardi 18 août depuis Bunia, chef-lieu de la province de l’Ituri, Julien Harneis, Coordinateur principal des Nations Unies pour Ebola, a qualifié l’attaque d’« inacceptable » et a exprimé sa solidarité avec les équipes médicales et humanitaires engagées sur le terrain.
« L’attaque perpétrée hier à Aru, dans le nord de la province de l’Ituri, par un petit nombre de motards ciblant une équipe de la riposte contre Ebola est inacceptable. Des ambulances ont été vandalisées et un ambulancier a été blessé. Je lui souhaite un prompt rétablissement et j’exprime ma solidarité avec les équipes médicales et humanitaires qui poursuivent leur mission contre Ebola dans des conditions difficiles », a-t-il déclaré dans son message.
Pour les Nations Unies, la dégradation des ambulances constitue une menace directe pour l’accès aux soins. Ces véhicules jouent un rôle essentiel dans l’évacuation et la prise en charge rapide des personnes suspectées d’être infectées. Julien Harneis a insisté sur le fait que les équipes médicales et humanitaires travaillent dans un environnement particulièrement difficile et prennent quotidiennement des risques pour protéger les populations.
« Le personnel de santé et les acteurs humanitaires risquent chaque jour leur vie au service des communautés pour lutter contre une épidémie qui a déjà tué plus de 2 300 personnes, dont des centaines d’enfants de moins de 5 ans. La dégradation d’ambulances, déjà trop peu nombreuses, prive les communautés d’un service vital. J’en appelle au respect du droit international humanitaire. Les civils, le personnel de santé et les travailleurs humanitaires ne doivent jamais être pris pour cible », a-t-il fait savoir dans son message.
Poursuivant sa communication, Julien Harneis appelle les autorités locales, les leaders communautaires, les associations de motards et l’ensemble de la population de l’Ituri à soutenir les équipes engagées dans la lutte contre Ebola. Il les exhorte à « rejeter la violence » et à coopérer avec les mesures de santé publique afin de permettre aux équipes médicales d’atteindre les communautés et de prendre en charge les personnes malades ou exposées.
« J’appelle les autorités locales, les leaders communautaires, les associations de motards et la population de la province de l’Ituri à soutenir les équipes de la riposte, à rejeter la violence et à coopérer avec les mesures de santé publique. Ensemble, nous pouvons, nous devons mettre fin à cette épidémie d’Ebola », a-t-il ajouté dans son message.
La RDC fait ainsi face à sa 17ᵉ épidémie de maladie à virus Ebola, qui continue de progresser dans le pays avec six provinces déjà touchées. L’apparition de nouveaux cas dans plusieurs provinces a porté à six le nombre de zones provinciales affectées. Malgré l’expérience acquise par la RDC dans la gestion des précédentes flambées d’Ebola, la riposte reste confrontée à plusieurs obstacles, notamment dans les zones où les infrastructures sanitaires sont fragiles et où l’insécurité complique l’accès des équipes aux populations.
En Ituri, première province touchée et épicentre de l’épidémie, les mouvements de grève de certains prestataires engagés dans la riposte ont notamment perturbé certaines opérations. Les agents concernés dénoncent des retards dans le paiement de leurs primes ainsi que des conditions de travail difficiles. Des mouvements de grève ont notamment affecté des centres de traitement Ebola à Bunia. Les autorités gouvernementales ont reconnu les retards dans le paiement des primes et annoncé des mesures visant à régulariser la situation, notamment à travers la validation des listes du personnel et la digitalisation progressive du système de paiement.
À ces difficultés s’ajoute l’insécurité persistante dans plusieurs zones affectées. Les attaques contre certaines structures de santé et les déplacements de populations compliquent le travail des équipes chargées de la surveillance, de la recherche des contacts et de la prise en charge des malades. Cette situation est particulièrement préoccupante dans les zones de conflit de l’est du pays, où les mouvements de population peuvent favoriser la propagation du virus et rendre plus difficile le suivi des personnes ayant été en contact avec des cas confirmés.
Clément MUAMBA