Dans un contexte marqué par des divergences de vues et des tensions persistantes, plus d’un an après la signature de l’accord de Washington entre Kinshasa et Kigali, sous les auspices des États-Unis d’Amérique, la République démocratique du Congo poursuit son offensive diplomatique autour de son plan de désarmement, de démobilisation et de réintégration des Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR).
Ce plan a une nouvelle fois été au centre des échanges entre la République démocratique du Congo (RDC), le Rwanda et leurs partenaires internationaux, lors de la sixième réunion du Mécanisme conjoint de coordination de la sécurité (MCCS), tenue les 12 et 13 août à Genève, en Suisse, dans le cadre de l’accord de Washington.
La rencontre a réuni des représentants de la RDC et du Rwanda, ainsi que des États-Unis, du Qatar, du Togo, agissant en qualité de médiateur de l’Union africaine, et de la Commission de l’Union africaine. Les travaux se sont déroulés à la Mission américaine à Genève. Au cours de cette réunion, la RDC a présenté son plan de désarmement, de démobilisation et de réintégration (DDR) des FDLR. Cette présentation intervient dans le cadre des engagements sécuritaires pris par Kinshasa et Kigali en vue d’accompagner la mise en œuvre de l’accord de paix.
« La RDC a présenté son plan de désarmement, démobilisation et réintégration (DDR) des Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR) et a répondu aux questions des membres du JSCM (NDLR : Joint Security Coordination Mechanism ou Mécanisme conjoint de coordination de la sécurité), organe bilatéral clé chargé de surveiller, de vérifier et de superviser l’application de l’Accord de Washington », renseigne le communiqué final.
Après l'intervention de Kinshasa, les membres du JSCM se sont rapprochés de la Mission de l’Organisation des Nations unies pour la stabilisation en République démocratique du Congo (MONUSCO), afin de bénéficier de son expérience opérationnelle en matière de désarmement, de démobilisation et de réintégration.
« À la suite de cette présentation, le JSCM a tenu une session virtuelle avec la Mission de l’Organisation des Nations unies pour la stabilisation en RDC (MONUSCO) afin de tirer parti de son expérience opérationnelle en matière de DDR dans la région », ajoute le communiqué final.
Par ailleurs, les gouvernements de la RDC et du Rwanda ont exprimé leur gratitude aux États-Unis, au Qatar, au Togo et à la Commission de l'Union africaine pour leur soutien tout au long du processus de paix. Selon le communiqué final toujours, les parties ont convenu de se réunir à nouveau pour la prochaine réunion conjointe du Conseil supérieur de la coopération en matière de sécurité (JSCM) les 16 et 17 septembre à Genève.
Depuis plusieurs décennies, l’Est de la République démocratique du Congo demeure confronté à l’activisme de groupes armés locaux et étrangers, dont les FDLR. La présence de ce mouvement constitue l’une des principales préoccupations sécuritaires invoquées par Kigali, tandis que Kinshasa est parallèlement confrontée à l’activisme du M23/AFC et à d’autres groupes armés.
L’accord de paix entre la RDC et le Rwanda, signé à Washington le 27 juin 2025 sous facilitation américaine, a placé la neutralisation des FDLR au cœur des engagements sécuritaires. Il prévoit également la levée des mesures défensives prises par le Rwanda, impliquant notamment le retrait de ses forces du territoire congolais.
Le nouveau protocole de désarmement, de démobilisation et de cantonnement des FDLR annoncé par Kinshasa est toutefois contesté par Kigali. Les autorités rwandaises estiment que cette démarche n’est pas conforme aux dispositions des accords de Washington. Kigali qualifie cette initiative de « non-événement » et accuse Kinshasa de ne pas vouloir respecter ses engagements. Pour Kinshasa, au contraire, cette démarche vise notamment à priver Kigali de tout prétexte susceptible de justifier le maintien de ses forces sur le territoire congolais.
Cette initiative intervient dans un contexte où deux engagements clés de l’accord de Washington la neutralisation des FDLR par le gouvernement congolais et la levée des mesures défensives, impliquant le retrait des forces rwandaises du sol congolais n’ont pas enregistré d’avancées significatives, plus d’un an après la signature de l’accord. Washington, par l’entremise de Massad Boulos, conseiller de l’administration Trump pour les affaires africaines, avait d’ailleurs reconnu cette difficulté devant le Conseil de sécurité des Nations unies et appelé les deux parties à respecter leurs engagements découlant de l’accord.
Malgré la signature de l’accord de Washington, la situation ne semble pas évoluer dans le sens escompté, au regard de la poursuite des hostilités sur le terrain, des accusations mutuelles de violations du cessez-le-feu et des interprétations divergentes des engagements pris par les deux parties.
Ces divergences rendent la mise en œuvre de l’accord particulièrement complexe et alimentent la méfiance entre Kinshasa et Kigali. Pendant ce temps, les populations civiles continuent de payer un lourd tribut à cette guerre, alors que la situation humanitaire demeure particulièrement préoccupante dans plusieurs zones de l’Est de la République démocratique du Congo.
Clément MUAMBA