Face à la persistance des attaques attribuées aux Forces démocratiques alliées (ADF) dans l’est de la République démocratique du Congo, Kinshasa a plaidé à l’ONU pour une réponse globale combinant sécurité, justice, prévention de l’extrémisme violent et prise en compte des causes profondes des conflits.
La position congolaise a été exprimée mercredi 5 août 2026 lors de la 10 205e séance du Conseil de sécurité des Nations unies, sous la présidence du Danemark. La déclaration a été prononcée par Jocelyne Kabengele Lukundula, représentante permanente adjointe de la RDC auprès des Nations unies.
La diplomate a notamment dénoncé les exactions commises contre les populations civiles dans l’est du pays et appelé à renforcer la coopération internationale contre les groupes terroristes, leurs réseaux de financement et leurs soutiens.
Les femmes et les jeunes filles particulièrement exposées
La RDC a particulièrement insisté sur les conséquences du terrorisme sur les femmes et les jeunes filles, victimes notamment d’enlèvements, de violences sexuelles, de mariages forcés et de traite.
« Les femmes et les jeunes filles continuent de payer un tribut particulièrement lourd au terrorisme. Dans de nombreuses régions touchées par les conflits, elles demeurent les premières victimes des enlèvements, des violences sexuelles, des mariages forcés, de la traite des êtres humains et d’autres formes d’exploitation utilisées comme instruments de terreur », a déclaré Jocelyne Kabengele Lukundula.
Kinshasa estime par ailleurs que la lutte contre l’extrémisme violent ne peut reposer uniquement sur les opérations militaires. La RDC appelle à agir également sur les facteurs qui favorisent l’implantation des groupes armés, notamment la pauvreté, les inégalités, la marginalisation des jeunes, les faiblesses de la gouvernance et l’absence de perspectives économiques.
« Au-delà de la réponse sécuritaire, indispensable pour protéger les populations, une stratégie durable doit également s’attaquer aux causes profondes de l’extrémisme violent », a souligné la représentante congolaise, citant également la nécessité de renforcer la résilience des communautés, l’engagement des jeunes et la réintégration des personnes désengagées des groupes terroristes.
Kinshasa réclame davantage de coopération judiciaire
La RDC a également plaidé pour un renforcement de la coopération judiciaire internationale afin de lutter contre l’impunité. Kinshasa souhaite notamment que les auteurs, commanditaires et financiers des actes terroristes puissent être poursuivis, tout en appelant à la poursuite des efforts internationaux en vue d’une définition juridique universellement acceptée du terrorisme.
« Les auteurs, commanditaires, financiers et soutiens des actes terroristes doivent répondre de leurs actes, tandis que les victimes doivent pouvoir accéder à la justice dans le respect des principes de l’État de droit », a affirmé Jocelyne Kabengele Lukundula.
La diplomatie congolaise a également réaffirmé son soutien à la Stratégie antiterroriste mondiale des Nations unies ainsi qu’aux mécanismes internationaux de lutte contre le terrorisme et son financement.
Les ADF toujours actifs dans l’est de la RDC
Cette prise de position intervient alors que les ADF continuent de mener des attaques dans plusieurs zones du Nord-Kivu et de l’Ituri. Le groupe, affilié à l’État islamique sous l’appellation Province d’Afrique centrale de l’État islamique (ISCAP), est régulièrement accusé de massacres de civils, d’enlèvements, d’incendies et de déplacements forcés.
Pour Kinshasa, cette menace s’ajoute à la crise sécuritaire provoquée dans l’est du pays par la rébellion de l’AFC/M23, que les autorités congolaises accusent d’être soutenue par le Rwanda.
L’opération Shujaa face à la persistance des violences
La lutte contre les ADF comporte également une dimension régionale. La proximité de leurs zones d’activité avec la frontière ougandaise a conduit Kinshasa et Kampala à renforcer leur coopération militaire dans le cadre de l’opération Shujaa.
Les forces congolaises et ougandaises mènent ainsi des opérations conjointes destinées à réduire les capacités des ADF et à empêcher leur implantation dans les zones frontalières.
Malgré cette coopération, la persistance d’attaques contre les civils alimente les critiques de certaines communautés affectées et organisations de la société civile, qui estiment que les résultats militaires restent insuffisants au regard de l’ampleur de la menace.
Pour Kinshasa, seule une approche combinant action sécuritaire, justice, développement, bonne gouvernance et prévention de l’extrémisme violent permettra de répondre durablement à la menace terroriste dans l’est de la RDC.
Clément MUAMBA