Les structures sanitaires continuent de payer un lourd tribut aux violences armées dans l’Est de la République démocratique du Congo. Dans son rapport 2025 présenté vendredi 24 juillet 2026 à Kinshasa, capitale de la RDC, Médecins Sans Frontières (MSF) dénonce la multiplication des attaques et incidents de sécurité ayant affecté les hôpitaux, le personnel médical et les patients dans plusieurs provinces du pays.
Selon l’organisation humanitaire, les établissements de santé sont régulièrement exposés aux combats, avec des conséquences dramatiques pour les populations civiles. Au cours des premiers mois de l’année 2025, plusieurs civils ont été tués ou blessés devant l’hôpital général de Masisi, dans la province du Nord-Kivu, lors d’affrontements armés pour le contrôle de la ville.
MSF indique également avoir été directement touchée par cette insécurité. Plusieurs membres de son personnel ont été blessés, tandis qu’un employé a perdu la vie après avoir été atteint par une balle perdue. Quelques semaines plus tard, un autre membre de l’organisation a été tué à son domicile par un homme armé. Au total, trois employés de MSF ont perdu la vie en 2025 dans le Nord-Kivu.
Le rapport relève aussi plusieurs autres incidents enregistrés au cours de l’année. En octobre, deux centres de santé soutenus par MSF ont notamment été touchés par des balles perdues durant la même semaine dans les territoires de Masisi et de Rutshuru.
Dans plusieurs zones de l’Est du pays, les équipes de MSF ont fait face à des situations similaires. Des coups de feu ont été signalés dans et autour des structures médicales, des ambulances ont été empêchées de circuler, tandis que des installations de l’organisation ont été endommagées ou cambriolées.
À Goma, en avril 2025, des violences à l’hôpital de Kyeshero ont causé la mort d’une personne et fait plusieurs blessés. À Walikale, des véhicules et la base opérationnelle de MSF ont été endommagés. À Uvira, des tirs ont été signalés à l’intérieur d’un hôpital, illustrant les risques auxquels sont confrontés les patients et les soignants.
Un système de santé fragilisé par des années de conflit
Pour MSF, cette insécurité vient aggraver une situation sanitaire déjà précaire dans l’Est de la RDC. L’organisation estime que des décennies de conflits armés, combinées à un manque chronique d’investissements dans le secteur de la santé, ont fortement réduit l’accès aux soins pour des millions de personnes.
« L’ampleur des violences dans l’est de la RDC continue d’affaiblir un système de santé déjà fragilisé par des années d’insécurité et de sous-investissement », explique Emmanuel Lampaert, Représentant de MSF en RDC en 2025.
Selon lui, les conséquences humaines sont considérables pour les populations vivant dans les zones affectées par les combats.
« C’est une tragédie pour des communautés entières qui sont constamment sur les routes, sans accès aux services de santé, à la nourriture ou à l’eau », poursuit-il.
Le rapport souligne également que de nombreux professionnels de santé ont été contraints de quitter les zones de conflit en 2025. Dans plusieurs territoires, le personnel médical n’arrive plus à rejoindre les patients, tandis que ces derniers sont empêchés d’accéder aux centres de soins à cause des affrontements.
Face à cette situation, MSF appelle à la protection des structures sanitaires et du personnel médical, conformément aux principes du droit international humanitaire. L’organisation insiste sur la nécessité de garantir un accès sécurisé aux soins pour les populations civiles affectées par les violences dans l’Est de la République démocratique du Congo.
Alors que la crise se prolonge et que les hostilités persistent malgré la signature des Accords de Washington et l’ouverture du processus de Doha, les appels à la désescalade et au respect des engagements pris se multiplient aux niveaux national, régional et international. Les différentes parties prenantes sont régulièrement exhortées à mettre en œuvre les dispositions prévues par ces mécanismes de paix.
Toutefois, ces démarches diplomatiques n’ont pas encore produit de résultats tangibles sur le terrain. Cette persistance des tensions met en évidence le décalage qui subsiste entre les avancées enregistrées dans les négociations et la réalité sécuritaire dans les zones de conflit. Réduire cet écart demeure l’un des principaux défis à relever.
Chaque acteur continue de défendre sa propre interprétation des engagements contenus dans les Accords de Washington, ce qui complique leur application et entretient les incertitudes quant à leur mise en œuvre effective.
Clément MUAMBA