Invité mercredi du Space live organisé par Stanis Bujakera Tshiamala, le professeur Tharcisse Loseke Nembalemba est revenu, dans le détail, sur l'échec des tractations de 2011 visant à obtenir une candidature unique de l'opposition face à Joseph Kabila, une négociation dont il affirme avoir été personnellement chargé auprès de Vital Kamerhe.
Selon son récit, tout serait parti de la modification constitutionnelle intervenue en janvier 2011, faisant passer l'élection présidentielle de deux à un seul tour, aussitôt après la désignation d'Etienne Tshisekedi comme candidat de l'UDPS lors du congrès de décembre 2010.
« Lorsque le camp du président Joseph Kabila a appris que Tshisekedi est réellement candidat, ils ont modifié la constitution en janvier pour passer des deux tours à un tour », affirme le professeur Loseke, y voyant une manœuvre délibérée pour compliquer la tâche de l'opposant historique face à une multiplication programmée des candidatures.
C'est dans ce contexte que le président Tshisekedi, sur conseil de personnalités extérieures dont Louis Michel, aurait décidé de rechercher le ralliement des autres candidats de l'opposition, notamment Léon Kengo wa Dondo et Vital Kamerhe. « Le président Tshisekedi a chargé notre frère Félix Tshilombo de s'occuper de Kengo wa Dondo pour obtenir son désistement. Et à moi, c'est maman Marthe qui m'a appelé tôt le matin [...] pour me confier une mission urgente », relate Tharcisse Loseke, précisant avoir été choisi en raison de sa proximité personnelle avec Kamerhe, dont il avait été le directeur de cabinet au ministère de l'Environnement.
Le professeur détaille ensuite un feuilleton diplomatique semé d'embûches : joint par téléphone à Addis-Abeba, Vital Kamerhe se serait dit favorable au principe d'un accord mais aurait souhaité le négocier en personne à Bruxelles, avant de reporter successivement chaque rendez-vous fixé, d'abord à Montréal, puis à Washington, invoquant à chaque fois des engagements pris en Afrique de l'Ouest. Entre-temps, un « draft », c'est-à-dire un pré-accord, aurait été paraphé entre les deux camps, par l'intermédiaire du député Miruho pour Kamerhe et de Tharcisse Loseke lui-même pour Tshisekedi. Ce texte prévoyait, selon lui, « le désistement de Vital Kamerhe en faveur du président Etienne Tshisekedi, et sa nomination comme premier ministre à l'issue d'une campagne électorale que lui ferait exclusivement à l'Est pour le compte du président Tshisekedi ».
Mais l'accord ne sera jamais scellé. À Washington, en l'absence de Kamerhe, c'est son émissaire Aimé Boji qui serait venu annoncer que Kamerhe ne se déplacerait pas et préférait le rencontrer à Kinshasa. « Le rapport que j'ai fait au président Etienne Tshisekedi est de lui dire que manifestement Vital ne veut pas se désister. Fallait pas y compter. Et qu'il devait compter sur les mêmes pour sa campagne personnelle », résume Tharcisse Loseke, qui qualifie sans détour cet épisode d'« échec ».
Un échec aux conséquences potentiellement historiques, selon lui : « Si on avait fait l'addition des voix d'Etienne Tshisekedi, de Vital Kamerhe, et de Kengo, Tshisekedi allait être largement au-dessus du président Kabila. Et il allait gagner les élections de 2011. » Quant à la réaction du « Sphinx de Limete » face à ce désistement avorté, le professeur Loseke la résume en une formule sans appel : « Il a mis Vital sur sa liste noire, c'est tout. »