Communication
Kinshasa, le 6 juillet 2026 – À la suite de ma participation à la table ronde organisée par le UN Global Compact sur la masculinité positive, j’ai souhaité prolonger la réflexion en partageant quelques considérations personnelles inspirées par les échanges, mais aussi par notre réalité quotidienne en tant qu’hommes, pères, frères, collègues et citoyens.
Une question continue à me tarauder :
Nous a-t-on menti au sujet des hommes ou nous a-t-on simplement raconté une vérité incomplète ?
Depuis notre plus jeune âge, beaucoup d’entre nous ont grandi avec une image bien définie de l’homme. Un homme fort. Un homme qui ne pleure pas. Un homme qui endure. Un homme qui porte ses fardeaux en silence.
Dans nos langues et nos cultures, ces messages nous ont été transmis avec les meilleures intentions. Ils nous ont appris le courage, la responsabilité, le sens du devoir et la protection des nôtres. Ces valeurs demeurent précieuses et constituent une part importante de notre héritage.
Cependant, avec le temps, une autre réalité apparaît.
À force de demander aux hommes d’être toujours forts, nous avons parfois oublié de leur permettre d’être humains. Nous avons créé des hommes capables de tenir debout à l’extérieur, mais parfois épuisés à l’intérieur. Des hommes qui souffrent sans le dire. Des hommes qui hésitent à demander de l’aide parce qu’ils craignent d’être jugés faibles.
C’est pourquoi je pense aujourd’hui que nous ne devons pas rejeter l’héritage que nous avons reçu, mais plutôt le compléter.
Nous devons conserver les valeurs qui élèvent l’homme : le courage, l’honneur, la responsabilité et la protection. Mais nous devons y ajouter d’autres dimensions tout aussi essentielles : la parole, l’écoute, l’empathie, le soin de soi et la capacité de solliciter de l’aide lorsque cela est nécessaire.
Cette vision n’est pas étrangère à nos traditions. Dans la culture bantoue notamment, l’homme n’est pas uniquement perçu comme un être dur ou silencieux. Il est aussi considéré comme un garant de l’équilibre communautaire, un porteur de sagesse et un bâtisseur de liens. Sa force véritable se manifeste autant dans sa capacité à protéger que dans sa capacité à dialoguer, à comprendre et à prendre soin des autres.
C’est précisément cela que j’entends par masculinité positive.
La masculinité positive ne cherche pas à opposer les hommes aux femmes ni à affaiblir les qualités traditionnellement associées à l’homme. Elle invite plutôt à exercer ces qualités autrement : avec responsabilité, respect et humanité.
Être un homme fort ne signifie pas dominer.
Être un leader ne signifie pas écraser.
Être un protecteur ne signifie pas posséder.
Au contraire, la véritable force réside souvent dans la maîtrise de soi, dans le respect de l’autre et dans la capacité à construire des relations saines à tous les niveaux.
Nous en retiendrons trois pour besoin d’illustration :
Une responsabilité qui commence dans la famille
Je suis convaincu que la transformation de nos sociétés commence au sein des familles.
Les enfants apprennent davantage de ce qu’ils voient que de ce qu’ils entendent. Lorsqu’un père participe à l’éducation de ses enfants, partage certaines responsabilités du foyer et fait preuve de respect envers son épouse ou son entourage, il transmet bien plus qu’un comportement : il transmet une vision du monde.
Nos garçons doivent comprendre que la force et la vulnérabilité ne sont pas incompatibles.
Nos filles doivent grandir dans un environnement où le respect mutuel est une évidence.
Si nous parvenons à transmettre ces valeurs dès le plus jeune âge, nous réduirons naturellement les comportements qui alimentent les inégalités et les violences.
Entreprise : bannir le sexisme et promouvoir le respect
Lors de la table ronde, j’ai également eu l’occasion de présenter l’expérience d’Airtel Congo RDC SA dans la promotion d’un environnement de travail respectueux et inclusif.
L’entreprise a mis en place plusieurs mécanismes destinés à prévenir et sanctionner toute forme de harcèlement, notamment moral, sexuel ou numérique.
Parmi ces dispositifs figurent :
un mécanisme confidentiel de signalement accessible à l’ensemble des collaborateurs ;
des procédures d’escalation et de traitement des plaintes clairement définies ;
des politiques de recrutement, de promotion et d’évaluation fondées sur des critères objectifs et transparents ;
des programmes réguliers de sensibilisation sur le respect au travail, la communication non violente et la prévention des comportements abusifs.
Cette démarche s’inscrit dans une conviction simple :
protéger sans dominer, diriger sans écraser et réussir sans se détruire.
Devenir des alliés du changement dans la société
Au-delà de la famille et de l’entreprise, la question de la masculinité positive concerne l'ensemble de la société.
Les violences basées sur le genre demeurent une réalité préoccupante. Face à cette situation, les hommes ne peuvent être de simples observateurs. Ils doivent devenir des alliés engagés du changement.
Nous devons apprendre à nos jeunes générations que :
protéger est différent de posséder ;
parler est préférable à exploser ;
réussir ne doit pas se faire au détriment de soi-même ou des autres ;
les femmes ne sont pas des adversaires mais des partenaires de développement ;
l’empathie, le respect et l’intelligence émotionnelle sont des forces et non des faiblesses.
Une vision à transmettre
Au terme de cette réflexion, je reste persuadé qu’un homme positif n’est pas un homme parfait.
C’est un homme présent.
Un homme qui assume ses responsabilités.
Un homme capable d’apprendre, de se remettre en question et de faire grandir ceux qui l’entourent.
Son influence ne se mesure pas au pouvoir qu’il exerce sur les autres, mais à l’impact positif qu’il laisse derrière lui.
Si nos enfants voient ces valeurs vécues au quotidien, nous n’aurons peut-être plus besoin de longues discussions sur la masculinité positive. Ils la vivront naturellement.
C’est cette vision de l’homme, fondée sur l’empathie, le respect, l’équité et l’intelligence émotionnelle, que nous devons continuer à enrichir et à transmettre au sein de nos familles, de nos organisations et de nos communautés.
Georges Lumbayi, L’Institution !