Les membres du Groupe d'experts des Nations unies sur la RDC, dont le mandat est prorogé d'une année supplémentaire par le Conseil de sécurité, dressent un bilan mitigé des initiatives diplomatiques engagées dans le cadre de la résolution de la crise sécuritaire dans l'est de la RDC, ainsi que des tensions récurrentes entre Kinshasa et Kigali dans la région des Grands Lacs.
Citant notamment l'Accord de Washington et le processus de Doha, le rapport adressé au président du Conseil de sécurité, dont un exemplaire est parvenu à la rédaction de ACTUALITE.CD ce mercredi 1er juillet, relève une mise en œuvre limitée de ces initiatives diplomatiques, un an après leur lancement. Au-delà de ces processus, les experts constatent également que la résolution 2773 (2025) du Conseil de sécurité est restée largement inappliquée.
« Les initiatives diplomatiques menées dans le cadre des accords de Washington et de Doha ont connu une mise en œuvre limitée et les tentatives d'harmonisation des efforts de médiation parallèles n'ont pas progressé. Les initiatives de cessez-le-feu successives n'ont pas tenu, les parties violant leurs engagements et intensifiant les affrontements armés. Les dispositions de la résolution 2773 (2025) du Conseil de sécurité sont restées lettre morte », indique le rapport du Groupe d'experts des Nations unies.
Par ailleurs, le document note que le conflit s'est intensifié depuis janvier 2026, notamment avec un recours accru à la guerre aérienne. Selon les experts, des attaques de drones menées par l'AFC/M23 et les RDF ont ciblé l'aéroport stratégique de Bangoka, à Kisangani, dans la province de la Tshopo, une plateforme logistique essentielle pour les opérations aériennes des FARDC. Dans le même temps, des frappes de drones des FARDC ont visé des positions ennemies, des dirigeants, des axes routiers stratégiques ainsi que des sites liés à des activités économiques illicites au Nord-Kivu et au Sud-Kivu.
Concernant la mise en œuvre des engagements entre les parties, le rapport rappelle que le plan prévoyait des mesures coordonnées pour désamorcer les tensions, notamment des engagements relatifs à la souveraineté et à l'intégrité territoriale, le désengagement du Rwanda des zones définies dans l'Est de la RDC, les efforts de Kinshasa pour neutraliser les Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR), des restrictions sur les frappes de drones ainsi que la protection des civils sans discrimination.
Le plan prévoyait également le retrait du « personnel et du matériel » des RDF et de l'AFC/M23 ainsi que l'engagement du Rwanda à faire pression sur l'AFC/M23 pour qu'elle cesse ses attaques contre les positions des FARDC, selon le rapport, ce qui, d'après les experts, confirme l'existence d'un commandement et d'un contrôle exercés par le Rwanda sur l'AFC/M23.
Toujours selon le document, le plan identifiait six zones d'intérêt dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu correspondant à la présence signalée des FDLR. Les parties avaient convenu d'entreprendre des actions séquentielles : le Rwanda devait repositionner son personnel et son matériel avant fin mars à partir des zones identifiées, tandis que les FARDC devaient lancer des opérations pour neutraliser les FDLR. Cette neutralisation était conditionnée au retrait complet des forces AFC/M23 et RDF des zones concernées.
Toutefois, note le rapport, les deux parties ont poursuivi leurs objectifs stratégiques malgré la persistance des hostilités. Pour les experts, les retraits des Forces de défense rwandaises (RDF) et des éléments de l'AFC/M23 des lignes de front au Nord-Kivu ont débuté le 23 mars, mais n'ont pas respecté les conditions et les délais convenus. Ces retraits, qui n'ont dépassé que de 15 à 20 kilomètres, représentaient selon eux, des concessions stratégiques et territoriales limitées.
Les mouvements observés ont davantage constitué un repositionnement tactique et un renforcement d'autres zones stratégiques. Le personnel des RDF, l'artillerie lourde et des équipements sophistiqués (brouillage, leurrage et autres systèmes de défense aérienne) auraient été redéployés de Lubero vers l'axe Masisi-Walikale, en violation de l'engagement du Rwanda de retirer son personnel et son matériel vers son territoire.
« Au moment de la rédaction du présent document, les RDF et l'AFC/M23 conservaient le contrôle de la plupart des localités désignées pour le retrait et maintenaient leurs opérations concentrées sur Pinga et Walikale. En avril, de violents affrontements pour le contrôle territorial persistaient le long de la frontière Walikale-Masisi entre l'AFC/M23 et les RDF d'une part, et les FARDC, les Volontaires pour la défense de la patrie (VDP)/Wazalendo et les FDLR d'autre part », note le rapport.
Le document précise également que les RDF poursuivaient leurs opérations contre les FDLR dans la chefferie de Bwito, en territoire de Rutshuru, afin de les déloger de leurs bastions. Au Sud-Kivu, aucun retrait de troupes des RDF ou de l'AFC/M23 n'a été documenté et les combats se sont poursuivis. Des renforts supplémentaires des RDF en provenance du Rwanda seraient arrivés en avril, notamment avec des armements sophistiqués et des systèmes portables de défense aérienne. Des frappes de drones attribuées aux RDF auraient ciblé des positions des FARDC, notamment entre le 10 et le 19 avril 2026.
« Des sources proches des autorités rwandaises et de l'AFC/M23, ainsi que des déclarations publiques du président rwandais Paul Kagame, selon lesquelles les "mesures défensives" incluaient également le déploiement de troupes en République démocratique du Congo, ont indiqué que le Rwanda n'avait pas l'intention de se désengager et, en l'absence d'une issue favorable par le dialogue, était prêt à intensifier les hostilités par "tous les moyens nécessaires". Les représentants de l'AFC/M23 ont annoncé qu'aucun retrait n'était en cours, qualifiant les mouvements de rotations de troupes de routine », souligne le rapport.
Dans un autre registre, le document rappelle que, le 29 mars 2026, les FARDC ont annoncé le lancement d'une opération visant à neutraliser les FDLR autour de Pinga-Walikale et ont déployé des troupes supplémentaires de Kisangani vers Walikale à cette fin. Toutefois, le rapport relève qu'aucune opération n'a effectivement été lancée contre les FDLR.
« L'engagement des FARDC restait douteux, car, au moment de la rédaction, aucune opération anti-FDLR n'avait eu lieu et les FDLR restaient engagées dans des opérations contre l'AFC/M23 et les RDF à Masisi et Walikale. Des sources des FDLR ont indiqué avoir reçu des assurances de certains officiers des FARDC qu'elles ne seraient pas attaquées », ajoute le rapport du Groupe d'experts des Nations unies.
Alors que la situation sécuritaire dans l'Est de la République démocratique du Congo était à l'ordre du jour d'une session du Conseil de sécurité des Nations unies à New York, aux États-Unis d'Amérique, cette instance de l'ONU, chargée de la responsabilité principale du maintien de la paix et de la sécurité internationales, a auditionné ce vendredi 26 juin 2026 Massad Fares Boulos, conseiller principal des États-Unis pour les affaires africaines, très impliqué dans la recherche d'une solution à la crise dans la région des Grands Lacs.
Cette séance, qui a coïncidé avec le premier anniversaire de la signature de l'Accord de Washington au niveau ministériel entre Kinshasa et Kigali, a permis au « Monsieur Afrique » de l'administration Trump de dresser un bilan. À l'instar des experts de l'ONU, ce proche collaborateur de Donald Trump estime que le constat est sans appel : ni Kinshasa ni Kigali n'ont respecté les engagements pris dans le cadre de l'Accord de Washington.
Cette déclaration a été l'occasion pour celui qui a piloté ces discussions jusqu'à la signature de l'Accord de Washington d'adresser un avertissement ferme aux deux parties au nom des États-Unis d'Amérique. Pour Massad Fares Boulos, les excuses ne sont désormais plus acceptables en ce qui concerne le respect des engagements pris. Il a exhorté Kinshasa et Kigali à honorer pleinement les obligations auxquelles ils ont souscrit, estimant que le temps est désormais à la mise en œuvre concrète de l'accord plutôt qu'aux justifications.
Clément MUAMBA