Coupe du Monde : Martin Fayulu met en garde contre toute « récupération » politique des performances des Léopards

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Les Léopards

Les Léopards de la République démocratique du Congo ont fait une entrée remarquée à la Coupe du monde 2026 en accrochant le Portugal de Cristiano Ronaldo (1-1), l’un des favoris à la victoire finale. Alors que cette performance suscite un fort élan patriotique, l’opposant Martin Fayulu appelle à ne pas utiliser les succès sportifs de l’équipe nationale pour détourner l’attention des défis politiques, sécuritaires et sanitaires auxquels le pays reste confronté.

Dans une déclaration, le président du parti Engagement pour la Citoyenneté et le Développement (ECiDé) estime que les performances de la sélection nationale doivent être célébrées pour ce qu’elles représentent : le mérite des joueurs et la fierté collective de la nation. Il met toutefois en garde contre ce qu’il qualifie de « récupération populiste grossière » de ces exploits.

« Quand les Léopards excellent, c’est le Congo qui gagne »

Dans son message, Martin Fayulu souligne d’emblée que les résultats de l’équipe nationale constituent une victoire pour l’ensemble du pays. Mais il oppose cette satisfaction sportive à plusieurs préoccupations majeures qui continuent, selon lui, de fragiliser la nation. Il évoque notamment l’occupation d’une partie du territoire national par des groupes armés, les défis liés à l’épidémie d’Ebola ainsi que les inquiétudes concernant le respect de l’ordre constitutionnel.

« Quand une partie de notre territoire est occupée, qu’Ebola sévit et que l’ordre constitutionnel est menacé, c’est le Congo qui perd », écrit-t-il.

Cette déclaration intervient dans un contexte marqué par la poursuite de la crise sécuritaire dans l’Est de la RDC, où plusieurs localités demeurent sous le contrôle du M23, un mouvement rebelle appuyé par l’armée rwandaise. 

Sans mentionner explicitement le président Félix Tshisekedi ou son gouvernement, Martin Fayulu développe un discours centré sur la responsabilité des dirigeants dans la gestion des affaires publiques. Pour lui, le patriotisme ne saurait se limiter à l’exaltation des victoires sportives. Il doit avant tout se traduire par des actions concrètes en faveur de la souveraineté nationale, de la sécurité des populations et du renforcement des institutions.

« Le patriotisme ne consiste pas à récupérer les exploits de nos sportifs. Il consiste à protéger la souveraineté nationale et l’intégrité territoriale, à assurer la sécurité des personnes et des biens, à renforcer nos institutions et à améliorer les conditions de vie de nos concitoyens », écrit-il.

L’opposant salue par ailleurs les performances et l’attitude des Léopards, qu’il présente comme un modèle de discipline, d’engagement et d’esprit collectif. Selon lui, les joueurs incarnent les valeurs qui devraient inspirer l’ensemble de la société.

« Nos joueurs honorent le drapeau sur le terrain. Malheureusement, certains le déshonorent dans l’exercice du pouvoir », déclare-t-il.

À travers ce message, Martin Fayulu invite les Congolais à s’inspirer de la détermination et de la cohésion démontrées par l’équipe nationale. Il appelle également à davantage de responsabilité dans la gestion des affaires publiques et à un renforcement de l’unité nationale.

« Nous avons besoin d’unité et de cohésion nationale, de responsabilité et de sérieux dans la gestion des affaires publiques. Pas de faux-fuyants. Pas de récupération populiste grossière », insiste-t-il.

Un contexte politique sensible

Cette publication intervient alors que la scène politique congolaise reste marquée par de vifs débats autour de plusieurs questions nationales, notamment la situation sécuritaire dans l’Est du pays et les discussions relatives à une éventuelle réforme constitutionnelle.

Depuis plusieurs mois, les formations de l’opposition accusent le pouvoir de vouloir modifier certaines dispositions de la loi fondamentale afin de consolider son emprise politique. La majorité présidentielle, de son côté, rejette ces accusations et soutient que toute réflexion institutionnelle vise avant tout à adapter les textes aux réalités du pays.

Réunis au sein de la coalition C64, en référence à l’article 64 de la Constitution, plusieurs partis et figures de l’opposition ont lancé une série d’actions de contestation. Le 3 juin 2026, ils avaient notamment appelé à une journée ville morte à travers le pays. Puis, le 12 juin, ils ont tenté d’organiser un sit-in devant le Palais du peuple à Kinshasa, dispersé par les forces de l’ordre. 

Le 9 juin, l’Assemblée nationale a adopté, à une très large majorité, la proposition de loi relative à l’organisation du référendum, avec 348 voix pour, 2 contre et une abstention. Ce texte revêt une importance particulière dans la mesure où il définit le cadre juridique de la tenue d’un référendum, un mécanisme susceptible d’être mobilisé en cas de révision ou de changement de la Constitution. Son adoption intervient alors que le second et dernier mandat du président Félix Tshisekedi doit prendre fin en 2028.

Dans ce climat de tension, les récentes performances des Léopards lors de la première journée de la Coupe du monde apparaissent comme un rare sujet capable de rassembler une grande partie de l’opinion publique au-delà des clivages politiques.

James Mutuba